Les 20 et 21 juin 2002, une conférence internationale s'est tenue à l'hôtel Montana et au Ritz Kinam II, à Port-au-Prince, sous le thème : " la Diaspora : un partenaire indispensable pour le développement économique d'Haïti", à l'initiative du projet FORUM 2000 du Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED) et de ses partenaires : la Inter-American Foundation (IAF), la UNITRANSFER et la USAID-Haiti, sponsor officiel du projet.
Par la richesse des informations véhiculées par l'ensemble des seize (16) conférenciers locaux et étrangers, et par la profondeur des débats engagés par les quelque deux cents
(200) participants sur l'ensemble des deux jours, la conférence a tenu ses promesses.
Ce sont les grandes idées débattues lors de ce colloque.
Le moins que l'on puisse dire est que l'on ne connaît pas le nombre exact d'Haïtiens et de descendants d'Haïtiens en terre étrangère. Entre les données communiquées par le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) par la voix de son titulaire, Monsieur Leslie Voltaire et celles de Margarita Mooney, il y a un fossé énorme. La différence vient sans doute d'hypothèses différentes utilisées dans le cadre de chacune des estimations. De fait, la notion de diaspora est complexe. Jusqu'à quel point est-on considéré comme membre de la diaspora ? Quand cesse t-on d'en faire partie ? Ces questions, introduites par Nathalie Liautaud, Coordonnatrice du projet Forum 2000, sont évocatrices de la difficulté de cerner le concept. Selon Manuel Orozco qui avait la tâche de conceptualiser la diaspora, seul le temps permettra de déterminer jusqu'à quand la connexion diaspora/ mère patrie durera.
Quoi qu'il en soit, voici les estimations du MHAVE par rapport à la taille de la diaspora haïtienne dans certains espaces géograhiques :
Etats-Unis : 1 million ; Québec, Canada : 150.000 - 200.000 ; Cuba : 300.000 ; France :
50.000 ; Amérique Centrale et du Sud : 50.000 ; Antilles : 40.000 ; Guyane : 40.000 ; République Dominicaine : 800.000 ; Turks & Caicos : 20.000. D'après ces données, la diaspora haïtienne se chiffrerait donc à plus de 2.5 millions de personnes soit quasiment près du quart de la population vivant au pays.
Dans certaines communautés, telles que Montréal, Miami... les Haïtiens auraient un poids statistique très important. Margarita Mooney soutient que les Haïtiens constituent le second groupe le plus important d'immigrants à Montréal, Canada ; Carl Braun, Président de la UNIBANK et Vice-Président de UNITRANSFER constate que les Iles Turcs & Caicos situées au nord du Cap-Haïtien sont majoritairement haïtiennes ; et, selon le Ministre Voltaire, les Haïtiens ne seraient pas loin de représenter la moitié de la population guyanaise.
La diaspora est une bénédiction pour l'économie haïtienne
La diaspora avec 810 millions de dollars de transferts environ et plus d'un milliard, selon toute vraisemblance, vers Haïti l'an passé est le premier bailleur de fonds d'Haïti comme l'a avancé David Adams, Directeur de USAID-Haïti. Ces transferts, sans contrepartie, de la diaspora, d'ailleurs en constante augmentation depuis 1991, représentent environ 15% du Produit Intérieur Brut (PIB), plus du double du volume des exportations et équivalent sensiblement au volume des importations haïtiennes.
On pourrait dire donc que les transferts ont un effet positif pesant sur le pouvoir d'achat et de consommation des Haïtiens mais aussi ralentissent la dégringolade de la gourde par rapport à la devise américaine.
La diaspora haïtienne, comme l'a fait remarquer le Président de la UNIBANK, M. Carl Braun, n'expédie pas que du cash. Les transferts de nourriture, et d'autres produits deviennent de plus en plus courants. Il ne faut pas non plus négliger les dons faits à leurs communautés d'origine par des Haïtiens à travers les Organisations de Coopération Inter-haïtienne (OCIH), des églises et d'autres institutions à but non lucratif. Margarita Mooney, préparant un doctorat à Princeton University note que le groupe le plus important à octroyer des dons à des projets communautaires en Haïti est celui des églises protestantes. Les organisations évoluant sous le vocable de (OCIH) comme le FHARE que coordonne Marie Carolle Tertulien à New York sont aussi dynamiques dans la mobilisation de ressources financières et physiques au profit d'écoles, d'hôpitaux, de centres de santé, et d'autres projets communautaires en Haïti.
Toutefois, il reste que la grande majorité des transferts est dirigée vers des familles nécessiteuses et donc utilisée à des fins de consommation plutôt que d'investissement.
Cette manne va t-elle durer ?
Le volume des transferts va continuer à augmenter prévoit Carl Braun vu que le nombre d'immigrants légaux, tout au moins vers l'Amérique du Nord, est en hausse constante.
La diaspora n'est pas une "vache à lait".
En dépit de l'importance de la taille globale des transferts, il ne faudrait pas considérer la diaspora comme une vache à lait ou une mine d'or. 90% de cette diaspora est constituée de familles ouvrières ne gagnant pas plus de $20.000 US l'an, indique le Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etranger, M. Leslie Voltaire. Ronel Céran, quant à lui, rapporte que les moyens de la diaspora de Floride sont minimes. Les transferts moyens, aussi, sont faibles : $170 US si l'on se réfère aux statistiques de la UNITRANSFER révélées par son Vice-Président, M. Carl Braun. Les transferts opérés vers Haïti sont donc beaucoup plus le signe du profond attachement des Haïtiens vivant à l'étranger à leurs origines et à leurs familles qu'un indicateur de richesse.
De plus, il faut garder à l'esprit que cette diaspora souffre d'abus et de discriminations dans les communautés où elle s'est implantée. Dina Paul Parks, Directrice Exécutive de NCHR (National Coalition for Haitian Rights) s'est faite le devoir de le rappeler.
En ce sens, cette diaspora a besoin de support. Elle a besoin d'être comprise, d'être protégée, d'être défendue et d'être encadrée afin de lui permettre de mieux intégrer le pays d'accueil et donc de mieux gagner sa vie. Ceci est dans l'intérêt de la nation-mère puisque, comme l'a noté l'Ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis d'Amérique, son Excellence René Antonio Léon Rodriguez, il y a une corrélation très étroite entre le statut migratoire des membres d'une diaspora et le volume des transferts qu'ils effectuent. Plus leur statut est légal et régulier, plus ils ont la possibilité de trouver de meilleurs emplois et de mieux se tirer d'affaires et plus ils ont la possibilité de transférer plus d'argent à leurs familles. Aussi, dans l'intérêt de ses nombreux ressortissants établis aux Etats-Unis ( près de 2 millions), le gouvernement du Salvador croit nécessaire d'entretenir de bonnes relations avec le gouvernement du pays hôte. Aux dires de l'Ambassadeur Rodriguez, les relations développées et entretenues par l'actuel gouvernement de son pays avec l'administration Bush ont permis à de nombreux membres de la diaspora salvadorègne établis aux USA de bénéficier d'un statut migratoire plus favorable connu sous le nom de "TPS" (Temporary Protection Status).
Il faut aussi concevoir des programmes pour supporter les communautés à l'extérieur. Les conférenciers salvadorègnes et mexicains en l'occurrence : Blanca L. Cruz et Blanca Romero du Salvador, Roberto Ramirez et Mario Riestra Venegas du Mexique ont donné une idée de types de programmes mis en place aussi bien par des organisations de la société civile que par l'Etat pour aider ces communautés à s'émanciper. Le représentant de la "IAF" Carlo Dade a aussi plaidé en ce sens demandant aux gouvernements de prendre soin de leur diaspora, de s'assurer que ses membres évoluent bien dans les communautés d'accueil.
La Banque InterAméricaine de Développement (BID) et le Fonds Multilatéral d'Investissement (MIF) sont aussi disposés à donner un concours. Reconnaissantes de l'importance grandissante des transferts de la diaspora pour Haïti et l'ensemble des pays latinoaméricains et caraïbéens (23 milliards de dollars en 2001), et alertées par le coût trop élevé d'envoi des transferts, ces institutions par la voix de Donald F. Terry, Manager du "MIF" se disent préoccupées par la question et donc intéressées à travailler pour aider les pauvres Haïtiens à réduire les coûts des transferts. " Il est temps de penser à des mécanismes permettant à ces fonds d'être transmis au moindre coût et d'avoir un impact plus significatif sur le développement économique des pays bénéficiaires. " a lancé Monsieur Terry.
Il est à noter toutefois que selon Carl Braun de la UNITRANSFER, les coûts de transaction sont élevés dans le business des transferts à cause de :
Tous ces éléments rendent les frais généraux élevés. Cependant, toujours selon Monsieur Braun, les frais chargés pour les transferts ont beaucoup baissé. Etablis à 10% quelque soit la valeur du transfert il y a 3 ans, avant l'arrivée de la UNITRANSFER sur le marché, ces frais varient aujourd'hui entre 3% et 9% pour les transferts livrés à domicile et entre 3% et 7% pour les autres types. La charge minimale est de $ 5 à la UNITRANSFER.
Le marché de la diaspora n'est pas encore exploité par les entreprises haïtiennes.
Les exportations de produits haïtiens à destination des communautés de la diaspora sont peu significatives. Même en matière de tourisme, explique Pierre Chauvet fils, le pourcentage d'Haïtiens qui viennent annuellement en visite est estimé à seulement 3,6% ce qui est évidemment très peu, trop peu.
Pourtant, le potentiel et les possibilités sont là et surtout d'autres pays ont su utiliser leur diaspora comme tremplin pour conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, la bière mexicaine Corona a utilisé la forte colonie mexicaine aux Etats-Unis pour pénétrer le marché américain et s'y imposer comme la première bière importée, a avancé David Adams, Directeur de USAID - Haïti. Les Salvadorègnes jouissant de la présence d'un nombre important de leurs compatriotes dans l'Ouest des USA ont, pour leur part, réussi à faire de leur bière Pilsener une marque favorite des casinos de Las Vegas. En Haïti, d'après David Adams et Karla Holstetler, Directrice de Aid To Artisans (ATA), le projet d'appui à l'agriculture haïtienne de la USAID exécuté par le Hillside Agricultural Project (HAP) et Aid to Artisans sont en train de confirmer qu'il y a, en diaspora, des débouchés intéressants pour des produits haïtiens tels que le cacao, l'igname, les produits artisanaux.
Dans la perspective de saisir ces opportunités, les entrepreneurs privés sont invités par le Ministre Leslie Voltaire à l'accompagner lorsqu'il prend son bâton de pèlerin pour aller visiter les communautés de la diaspora. Ils peuvent aussi bien investir comme la UNITRANSFER dans des études de marché afin de mieux connaître la diaspora. La diaspora, de son côté, peut, selon David Adams, inciter les supermarchés de leurs communautés respectives pour que ceux-ci acceptent davantage de produits d'origine haïtienne.
La diaspora pourrait-elle contribuer davantage au développement ?
Selon de nombreux conférenciers haïtiens de l'intérieur et de l'extérieur, la volonté de la diaspora de participer et de contribuer au développement d'Haïti ne fait aucun doute.
Même s'il est illusoire de penser que les émigrés reviendront au pays pour leurs vieux jours ( ce n'est pas la tendance au niveau mondial selon Manuel Orozco), ils sont tout de même intéressés à participer au développement national. Ils l'avaient fait après 1986 et ceci jusqu'en 94. Mais aux dires de plusieurs, ils ne recommenceront pas de n'importe quelle façon. Ronald Céran, un consultant engagé par la IAF pour une étude auprès des communautés haïtiennes de Miami, de New York et de Montréal, avance que les Haïtiens posent aujourd'hui des questions quant à la gestion qui sera faite de leurs fonds. Le passé récent leur a laissé un goût amer à la bouche et ils demandent des comptes sur leurs premiers dons. Par exemple, ils demandent où sont passés les fonds du VOAM (Voye Ayiti monte). Pour Marie Carole Tertulien, appelée à opiner sur la possibilité de demander à chaque Haïtien de la diaspora de verser $20 US par mois à un fonds de développement d'Haïti, l'idée n'est pas mauvaise. Le problème se situe au niveau de la gestion des fonds. De son côté, Dina Paul Parks de NCHR, Haïtienne d'origine ne cache pas que, selon elle, il n'y a pas encore de cadre structuré pour une contribution plus significative de la diaspora aux projets de développement en Haïti.
Toujours est-il, que des Haïtiens, soit par l'entremise d'organisations haïtiennes, soit par le biais d'organisations étrangères, sont prêts à aider. Marc Roger, membre de la diaspora haïtienne de Floride et de FAVACA (Florida Association of Voluntary Agencies for Caribbean Action) un groupe fondé en 1981 par le Sénateur Robert Graham, rappelle que son organisation n'attend que des requêtes d'ONGs, d'entreprises privées et de l'Etat pour, dans la me-sure du possible, envoyer en Haïti des missions de volontaires. Romer Boucicault, membre de FIDEB, a lui, profité de faire l'apologie de l'expérience de son organisation dans la gestion de fonds extérieurs et de micro-projets de développement au profit de la communauté paysanne.
Par ailleurs, le PDG de la UNIBANK a rappelé qu'il existe encore beaucoup de contraintes empêchant la canalisation de l'épargne de la diaspora vers Haïti. Selon M. Braun, les Haïtiens de la diaspora et clients de la UNIBANK auxquels il parle, en dépit de leur amour pour Haïti, admettent que lorsqu'il s'agit d'investissements, ils n'ont pas de nationalité, ni d'émotions. Joseph Baptiste de la National Organisation for the Advancement of Haitians ( NOAH ), transmet une idée proche de celle-ci par ces mots : " nous travaillons dur pour gagner notre vie. Nous sommes prudents en matière d'investissements et nous ne serons pas émotionnels. "
De son côté, le conférencier James Morrell a mis l'accent sur les entraves posées par la crise politique et l'insécurité à un plus grand retour d'émigrés haïtiens de talent vers leur pays.
Le message est donc clair. Haïti devra sortir de la crise et mettre en place des structures d'accueil et de gestion adéquates avant d'espérer obtenir des investissements même de la part de ses ressortissants vivant en terre étrangère.
Intervenu à deux reprises au niveau de la conférence, le Ministre Leslie Voltaire a saisi l'opportunité pour éclairer sur la vision et les principales réalisations de son ministère. Le Ministre a notamment fait état de :
Ces réalisations sont la preuve, selon le ministre, que le gouvernement et le ministère ont été et continuent d'être à l'écoute des revendications exprimées par la Diaspora et qu'il y a donc eu du chemin effectué depuis les deux premières éditions de " la Semaine de la diaspora " organisée par le MHAVE.
Cette question non inscrite à l'agenda des discussions a toutefois été soulevée au cours des débats. Pour l'homme d'affaires haïtien Philippe Armand, dans le long terme, la communication entre personnes de descendance haïtienne nées à l'étranger et haïtiens " natif natal " risque de devenir quasi impossible puisque les premiers parleraient anglais et les seconds, créole. Il y aurait lieu, selon Monsieur Armand, compte tenu des obligations linguistiques de la globalisation, que la diaspora contribue à une plus grande connaissance de la langue anglaise en Haïti. Cette idée cependant n'a pas fait l'unanimité. Au cours des débats sur l'essence de l'identité haïtienne, Mme Nathalie Liautaud, Coordonnatrice du Projet Forum 2000, a soulevé le questionnement relatif aux caractères propres de l'haïtianité : outre les éléments linguistique, culturel, historique... n'existerait-il pas d'autres facteurs qui la définiraient. Tout en reconnaissant le risque que des enfants nés de parents haïtiens en terre étrangère soient à un moment de l'histoire coupés de la mèrepatrie à cause de la langue, les panélistes et membres de l'assistance qui sont intervenus par la suite, maintiennent que la langue de ralliement devrait être le créole. Pour des raisons qui leur échappent, des membres de la diaspora ont avoué que leurs enfants éprouvent beaucoup plus de facilité et manifestent beaucoup plus d'intérêt à parler le créole. Il faudrait donc encourager, inciter l'apprentissage de cette langue dans les communautés de la diaspora. Rien que dans l'intérêt de maintenir le lien entre personnes d'ascendance haïtienne et personnes " natif natal ".
Nous travaillons parallèlement au Projet/CLED Forum 2000 à l'élaboration d'un agenda pour le secteur des affaires.
Le Projet Forum 2000, est beaucoup plus large que cette conférence. C'est un programme d'information, de sensibilisation et de développement de propositions de politique économique. En matière de conférences, nous en avons déjà réalisé sept, à savoir :
Nous avons organisé également des ateliers de travail autour de l'éducation et de multiples autres sujets d'importance pour nous.
Cette conférence aujourd'hui s'inscrit dans le cadre de ce projet. Elle devrait nous permettre à la fin de nous présenter et de présenter au public en général un document final restituant ainsi à tout participant sa contribution à chacune des conférences organisées par le CLED. Cette restitution serait une synthèse de la réflexion nationale faite autour de ces sujets.
Cette conférence sera disponible tant à l'écrit que sur le site internet du CLED : www. cledhaiti.org. Aussi, les intéressés seront-ils priés de consulter les Actes de la Conférence et notre site.
Dans le cadre de la diaspora haïtienne, l'attachement au pays demeure important indépendamment des conditions d'émigration aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, en Afrique et dans les Caraïbes.
Les contributions financières, qui d'après les derniers chiffres, totaliseraient près de 800 millions de dollars sont des statistiques très éloquentes quant à l'importance de la place de cette diaspora pour nous.
Ceci représente la plus grande rentrée de devises du pays et un très large pourcentage de notre Produit National Brut (P.N.B.). En comparaison cependant avec d'autres pays de l'Amérique Latine, les contributions de la diaspora haïtienne quoique importantes sont moins diversifiées, la diaspora est moins impliquée dans les efforts d'investissements au pays.
Les questions qui seront au centre de nos débats sont les suivantes:
Ce sont là quelques-uns des éléments de réflexion sur lesquels nous nous proposons de discuter lors de la conférence avec ce partenariat indispensable pour le développement économique de notre pays.
Je tiens encore à remercier tous les participants et l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), notre bailleur de fonds principal, la UNITRANSFER et la Fondation Inter-Américaine (IAF) pour leur aide à l'organisation de cette conférence.
Merci. à Donald F. TERRY
" Mais en fin de compte, ce sont les Haïtiens envoyant de l'argent à d'autres Haïtiens qui font la différence. C'est une leçon de taille pour nous qui, de Washington, pensons que tout l'argent vient du portefeuille américain. "
C'est pour moi un véritable plaisir d'être en Haïti. Je commencerai mon exposé par une anecdote. Ayant grandi à Boston, dans le Massachusetts, j'ai pu apprendre le français pendant environ 8 ans, à l'école primaire, grâce à des sœurs québécoises. Je me croyais l'enfant le plus brillant de la classe jusqu'à ce qu'une fillette haïtienne rejoigne la classe et se montra encore plus brillante que moi. A l'époque, je devais être à ma troisième ou à ma quatrième année de scolarisation. En revenant en Haïti (je suis à mon troisième voyage), je retrouve le souvenir de cette incroyable enfant qui faisait partie de ce dont nous sommes venus parler aujourd'hui : la diaspora haïtienne.
Ces Haïtiens que j'ai croisés dans l'avion à destination d'Haïti, qui sans doute ne rentrent pas définitivement au pays, mais qui font constamment la navette, illustrent cet aspect de la diaspora.
Je félicite le CLED d'avoir pensé à organiser cette conférence non seulement en mettant en relief le cas de la diaspora haïtienne mais encore celui du Mexique, du Salvador et d'autres pays qui vivent la même situation sociale et économique confrontée par les différentes diasporas.
Travaillant à la section de la Banque Interaméricaine de Développement ( BID) impliquée dans le développement du secteur privé et de celui des petites entreprises, je puis affirmer qu'au cours des récentes années, ces 13 pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, où les transferts monétaires atteignent un niveau considérable, sont devenus notre par-tie de prédilection sur la carte régionale.
Donald F. TERRY
M. Donald F. Terry gère le Fonds Multilatéral d'Investissement (Multilateral Investment Fund - MIF) de la Ban-que Inter-américaine de Développement (BID) depuis sa constitution en 1993. Ce fonds de $1.3 milliards de dollars américains, parrainé principalement par le Japon, les Etats-Unis et l'Espagne, ainsi que par 30 autres pays donateurs fut établi pour fournir des allocations, des subventions et des capitaux propres permettant d'accélérer la transformation vers les économies de marché en Amérique Latine et dans les Caraïbes.
Avant de rejoindre le MIF, M. Terry a occupé des fonctions importantes au Département du Trésor des Etats-Unis.
M. Terry a obtenu un diplôme en Sciences Politiques de l'Université Yale et une Licence en Droit de la Faculté de Droit de l'Université de Berkeley en Californie. Il est également diplômé du Programme de Gestion pour Cadres Supérieurs du Secteur Public de la Faculté de Gestion de Harvard.
Avant d'aborder la situation haïtienne, je voudrais dire quelques mots sur " les transferts monétaires individuels ". Je pense que ce terme, à savoir " transferts monétaires individuels " est plutôt austère, voire quelque peu technique. C'est le genre de mots utilisés par Washington. Il apporte cependant une incroyable dimension humaine à cet autre mot austère que nous employons, la "globalisation".
Les transferts monétaires individuels s'effectuent par des personnes qui ont quitté leur pays et y envoient de l'argent, habituellement à des membres de leurs familles restés làbas ; c'est un phénomène qui existe depuis bien des générations.
J'en sais quelque chose. Mes grands-parents irlandais ont émigré à Boston, il y a environ une centaine d'années. Mais la différence, entre cette époque et aujourd'hui, réside dans le fait que mes grands-parents étaient venus rejoindre leurs frères et sœurs et que, au bout de 10 à 15 ans, il n'y avait eu plus aucune sorte de communication ou d'interaction entre eux et leur famille restée en Irlande alors que de nos jours, lorsque les gens quittent leur pays, en raison des évolutions survenues dans le transport, la communication et la technologie de l'information, ils ne partent pas pour toujours et continuent de garder le contact avec leur famille.
Les communications continuent à se maintenir entre le pays d'origine et le pays vers lequel on a émigré. Ce constat revêt un aspect beaucoup plus qu'économique, il est plutôt social. C'est un phénomène mondial, qui se manifeste en Asie, en Afrique, en Europe de l'Est, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, entre ce pays-ci et la République Dominicaine, entre le Pérou et le Chili, entre le Nicaragua et le Costa Rica, entre le Guatemala et le Mexique, entre la Bolivie et l'Argentine, ceci jour après jour.
L'argent envoyé au pays, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, atteignait un total de vingt-trois (23) milliards de dollars pour l'année 2001. Quelqu'un eut à dire à Washington : " Vous savez, un milliard par-ci, un milliard par-là, cela finit bientôt par constituer une grosse somme ". Les institutions de Washington manipulent des données économétriques énormes ; elles ont affaire aux prêts d'investissement sectoriels (ISL); aux prêts pour soutenir des réformes (PBL).
Toutefois, en 2001, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, l'USAID, l'Union Européenne et toutes les autres organisations bilatérales mises ensemble n'ont pas pu égaler la quantité d'argent envoyée par des gens relativement pauvres, vivant dans les pays développés, à d'autres gens encore plus pauvres dans leurs pays d'origine. Leurs vingt-trois (23) milliards de dollars donnent vraiment l'impression que les autres transferts monétaires sont de peu d'importance. Pour la plupart des pays, la somme des entrées de capitaux et les chiffres du commerce extérieur sont très largement dépassés par les transferts monétaires individuels effectués vers ces pays.
La tendance est évidente. Nous pensons qu'au cours des cinq ou six dernières années, les transferts monétaires individuels en Haïti ont augmenté d'au moins 50% et peut-être même de 75%.
Je suis obligé de citer ces chiffres imprécis parce qu'ils ne sont pas vraiment connus. Ils représentent toutefois ce qu'il est possible de faire de mieux comme estimation. Nous croyons être prudents en chiffrant, le montant des transferts à destination d'Haïti, en l'an 2001, à huit cent dix (810) millions de dollars . Cela représente près de 20% du Produit National Brut (P.N.B.) d'Haïti, ce qui est le deuxième plus fort pourcentage du P.N.B. pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. Le Nicaragua occupe malheureusement, à mon avis, la première place en matière de pourcentage du P.N.B. en transferts monétaires individuels. Ce sont là de forts montants, et nous pouvons même les avoir sous-évalués. La tendance est telle que s'ils ne l'ont pas encore atteint, ces montants avoisineront un (1) milliard dans un avenir assez proche. Ce montant est très élevé, même pour Washington.
Il est donc temps d'envisager comment ces ressources peuvent être transférées à moins de frais et l'argent une fois parvenu à destination, comment les fonds peuvent servir à renforcer l'économie. C'est ce qu'essaie de faire le Fonds d'Investissement Multilatéral de la Banque Interaméricaine de Développement. Nous avons des projets au Mexique et nous allons en avoir au Salvador, mais nous pensons travailler avec le CLED et d'autres organisations d'ici pour trouver des moyens d'aider aussi Haïti.
D'autres membres de l'Inter American Dialogue impliqués dans ce type d'opération pourront en parler.
A l'occasion d'une brève rencontre, le directeur de la UNIBANK et moi avons parlé des moyens d'aider Haïti. Nous nous réjouissons de ce qu'une organisation comme la UNIBANK soit impliquée dans ce projet.
Je trouve que la formule de la UNIBANK " Livraison à domicile en moins de deux heures " est à encourager. Recevoir un transfert monétaire à domicile en deux heures est plutôt bien, mais payer un transfert à coût peu élevé est encore mieux.
Dans ce monde de globalisation, il est question de mouvements commerciaux et de mouvements de capitaux ; cependant, trop souvent ces mouvements ne se concrétisent pas dans un pays comme Haïti. J'avoue que ceux qui protestent, à l'occasion des réunions annuelles devant les organismes internationaux, leur reprochant n'avoir pas assez fait pour les gens ordinaires des pays en développement, pour s'occuper uniquement des élites, ont raison.
Nous devons permettre à des pays comme Haïti de bénéficier de quelques-uns des avantages de la globalisation et de cette technologie d'information et de communication.
C'est ce que je propose de faire, dans cinq (5) ou dix (10) ans, quand les transferts monétaires individuels atteindront un (1), un et demi (1.5) ou deux (2) milliards de dollars.
Les cartes en plastique donnent accès à la technologie d'information mondiale. Je suis moi-même détenteur de cartes en plastique - la carte American Express et une carte de la mutuelle de crédit délivrées par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et la carte d'American Airlines Frequent Flyer Citibank.
En insérant cette carte dans un distributeur, il n'y a peut-être pas encore beaucoup de ces distributeurs en Haïti- il est possible d' en retirer 200 à 300 dollars en monnaie locale. Le seul problème réside dans le fait que le bénéficiaire est facturé pour un montant de deux (2) à (3) trois dollars pour une transaction, qui en principe ne devrait coûter que quelques centimes.
Je parie que la plupart des personnes ici présentes aujourd'hui ont dans leur portefeuille au moins une carte en plastique.
Les gens pauvres vivant aux États-Unis, qui sont les Haïtiens de Miami, de New York et du Massachusetts, paient d'ordinaire bien plus que deux à trois dollars pour envoyer de l'argent à leur pays d'origine. Je dispose de cette carte en plastique parce que j'ai un lien avec une institution. Il n'est besoin d'être ni sorcier ni chirurgien du cerveau pour le comprendre.
Nous pouvons découvrir des moyens, pour les Haïtiens vivant en terre étrangère, de s'organiser assez bien pour établir des liens avec des institutions financières pouvant leur délivrer ces cartes en plastique, qu'ils utiliseront pour des retraits d'argent à la UNIBANK et en d'autres établissements.
Cela ne fonctionnera peut-être pas rapidement en Haïti, mais cela fonctionne déjà dans le Chiapas, la partie du Mexique la moins développée, certes, mais celle où l'on trouve aussi le plus de distributeurs "ATM" par habitant. Pourquoi y a-t-il le plus de machines par habitant à Chiapas ? La réponse est tout à fait logique. Parce que l'idée ne sourit pas aux banques d'installer des succursales à Chiapas, avec tout ce que cela exige en matière de locaux, bureaux, téléphones, etc., mais elles y installeront des distributeurs. C'est donc très paradoxal, mais la population de Chiapas jouit davantage de l'accès aux distributeurs "ATM" et à cette technologie de l'information que certaines autres parties du Mexique. Il s'agit ici d'un objectif d'avenir, de ce qui n'est pas encore à notre portée dans ce pays.
Je ne sais pas exactement le montant à payer pour envoyer de l'argent en Haïti. Je sais cependant que, pour expédier ces vingt-trois milliards de dollars en Amérique Latine, le coût a été de trois à quatre (4) milliards de dollars, soit 12% à 15% par transaction. Il y a de cela trois ou quatre ans, avant la concurrence, cela aurait coûté près de 25%. Je sais par intuition que très peu de gens accepteraient de payer autant pour envoyer seulement de l'argent, alors que, munies de ces cartes en plastique, ils pourraient le faire avec beaucoup plus d'efficacité. Les gens pauvres ne devraient pas avoir non plus à l'accepter. Et une fois l'argent reçu, il faudrait déterminer comment en renforcer l'impact sur l'économie.
La question est d'importance et des institutions telles que la Banque Interaméricaine de Développement (BID) voudraient travailler de concert avec les Haïtiens, par l'intermédiaire du Fonds Multilatéral d'Investissement (MIF), pour envisager les moyens de venir en aide. Mais en fin de compte, ce sont les Haïtiens envoyant de l'argent à d'autres Haïtiens qui font la différence. C'est une leçon de taille pour nous qui, de Washington, pensons que tout l'argent vient du portefeuille américain. Il y a beaucoup d'argent qui transite de mains haïtiennes à d'autres mains haïtiennes et nous devons aider à en faire le meilleur usage possible.
Merci de votre attention.
" Si les coûts des transferts monétaires étaient réduits de 50%, le P.N.B. du pays en question augmenterait d'au moins 1%. Il y a donc des avantages certains à travailler dans ce sens. "
Je remercie le CLED de m'avoir invité à parler un peu de notre travail relatif aux émigrés et aux transferts monétaires vers l'Amérique Latine et les Caraïbes. Mon exposé fera suite, en quelque sorte, à celui de Donald Terry, dans la logique de considérer l'émigration et l'immigration comme " la dimension humaine de la globalisation ".
L'Amérique Latine et les Caraïbes ont été intégrées à l'économie globale par le déplacement de la main d'œuvre et les transferts monétaires effectués par les travailleurs. Ces transferts monétaires constituent ces sommes d'argent qu'ils envoient au pays natal par suite d'un engagement ou d'une obligation qu'ils ressentent vis-à-vis de leur famille.
Le processus d'intégration économique se déroule à travers ce que j'appellerais les quatre "T" : le Tourisme, les Télécommunications, le Transport et le " Trade " (mot anglais qui signifie " commerce "), le tout se rapportant souvent d'une façon directe à l'émigration.
Dans plusieurs pays, le taux du tourisme est fonction du pourcentage de personnes originaires du pays qui y retournent pour des visites. Haïti ne fait pas exception. Même en République Dominicaine, un pays visité par beaucoup de touristes, 30% de ceux-ci sont des Dominicains résidant aux États-Unis. Un phénomène similaire s'observe au Salvador, au Nicaragua et même au Mexique, où 20% des touristes sont des Mexicains vivant à l'étranger et qui reviennent visiter leur pays.
Parlant des télécommunications, un ancien vice-président
Manuel OROZCO
Directeur du Programme de l'Amérique Centrale au sein de l'Inter-American Dialogue (IAD), M. Manuel Orozco supervise un projet spécial sur l'impact des flux de versements (remittances) sur le développement dans les communautés Latino-américaines aux Etats-Unis et en Amérique Latine.
Détenteur d'un Doctorat et d'une Maîtrise en Administration Publique de l'Université de Texas à Austin et d'une Licence (B.A) de l'Université Nationale de Costa Rica, M. Orozco a enseigné à l'Université d'Akron, à Ohio.
Ses domaines de recherches incluent la globalisation, les relations internationales, la démocratie, les conflits dans les sociétés affligées par la guerre et la politique des minorités. Il a effectué des recherches sur demande de l'Institut de Politique Tomas Rivera sur les problématiques liées à la migration, à l'ethnie, aux relations internationales et leurs implications pour les Etats-Unis.
M. Orozco est l'auteur de nombreuses études sur les flux de versements et contributions de la diaspora, tels que: "Associations de Villes Natales Latino-américaines en tant qu'Agents de Développement en Amérique Latine" (Latino Hometown Associations as Agents of Development in Latin America) et "Les Flux de Versements et les Marchés: Nouveaux Acteurs et Nouvelles Pratiques" (Remittances and Markets: New Players and Practices).
d'AT&T en poste en Amérique Latine eut à dire que les chiffres d'affaires au Salvador représentaient six fois ceux du Brésil. Voilà qui indique la magnitude et l'effet de l'émigration parce que les chiffres d'affaires en question sont fonction de la demande en appels téléphoniques internationaux entre les Salvadoriens vivant aux États-Unis et leur famille au Salvador.
Dans le secteur du transport, les compagnies aériennes sont aussi affectées considérablement par le flot d'immigrés arrivant dans leur pays d'origine ou quittant celui-ci.
Les associations régionales et les associations communautaires d'immigrés en provenance de différentes parties de l'Amérique Latine, qui organisent des levées de fonds pour venir en aide à leurs communautés d'origine, représentent une évolution significative.
Les investissements d'immigrés dans les petites entreprises constituent également un sujet très intéressant. Il est possible que dans un avenir proche - dans les dix ans - le partenaire le plus intéressant pour certains secteurs devienne la communauté d'immigrés qui connaît à fond les marchés du pays d'origine, de même que les besoins de ce pays.
Une étude que nous avons menée l'an dernier, au sujet des immigrés d'Amérique La-tine a révélé que 10% d'entre eux sont prêts à investir ou ont déjà investi dans leur pays d'origine. Les indices peuvent donc déjà se remarquer.
Il existe sans aucun doute, concernant l'émigration internationale, une série de tendances auxquelles nous devons faire attention. L'une d'entre elles se rapporte au changement se produisant dans nos économies, des exportations agricoles aux exportations de textile et de main d'œuvre. Un autre facteur est que les transferts monétaires constituent toujours le lien économique le plus important entre les diasporas - les citoyens ayant émigré vers d'autres pays - et les pays d'origine. Je m'attends à ce qu'à long terme, les transferts monétaires perdent de leur importance par rapport aux autres types d'échanges économiques, mais, pour le moment, ils sont très importants. Le marché des transferts monétaires présente certaines caractéristiques qui reflètent, selon le pays en question, des niveaux de concurrence et des niveaux d'échecs en ce qui concerne les prix, les livraisons et l'accès aux instruments et infrastructures financiers. Nous assistons certainement à un nouveau type d'évolution économique en Amérique Latine.
Je disais à quelques collègues que, pour la première fois de son histoire, la Commission Economique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes (ECLAC), l'une des institutions financières les plus influentes de l'Amérique Latine et des Caraïbes dans les domaines du commerce et du développement économique, a cité six importantes stratégies de développement économique pour cette région. L'une d'entre elles est l'émigration, notamment en ce qui concerne la question des transferts monétaires.
Sur la question de l'évolution des dynamiques, on remarque qu'en Amérique Latine et dans les Caraïbes, qui comptent un grand nombre d'immigrés aux États-Unis et dans d'autres parties du monde, les exportations alimentaires et l'agriculture connaissent un déclin significatif quant au pourcentage du Produit National Brut (P.N.B.) qu'elles représentent. Dans la plupart de ces pays, la population active continue à décliner à mesure que l'industrialisation progresse, mais aussi pour d'autres raisons. En même temps, un autre type de développement économique lié aux transferts monétaires se constate. Nous assistons à un déclin de l'agriculture, une montée de l'émigration, notamment vers les États-Unis, une hausse dans les transferts monétaires par ceux qui travaillent à l'étranger et d'importantes transformations dans les économies des pays d'origine, comme l'indique la proportion des transferts monétaires par rapport à l'agriculture dans le P.N.B. Les cas de la République Dominicaine et du Salvador illustrent le déclin de l'un de ces secteurs au profit de l'autre. Même en Haïti, on peut constater à quel point les transferts monétaires sont devenus aussi importants que le commerce avec les États-Unis. La valeur des exportations vers les États-Unis est inférieure à celle des transferts monétaires effectués depuis ce même pays, selon les données très conservatrices de la Banque Centrale d'Haïti, où le montant des transferts est sans doute considérablement sous-évalué.
D'autres estimations avancent que les transferts monétaires vers Haïti doivent totaliser environ huit cents (800) millions de dollars. Ce qu'il est important de noter, c'est la croissance en spirale du flux monétaire, des communautés d'émigrés vers leur pays d'origine.
Bien que j'utilise le terme d'une manière inappropriée, quand je parle de communauté latino-américaine, je fais référence aussi à la communauté haïtienne. Cette communauté, aux États-Unis, n'est pas seulement démunie, mais elle a aussi très peu d'accès aux systèmes bancaires.
Le fait que moins de 50% des Latino-américains vivant aux États-Unis disposent d'un compte en banque, pose un très sérieux problème. Aux États-Unis, l'accès aux institutions bancaires signifie l'accès au crédit facilitant la gestion économique et l'accès à l'intérêt rapporté par l'épargne. Nous savons également qu'en Amérique Centrale et dans les Caraïbes, seule une infime minorité, de 5 à 20% de la population, gère des comptes en ban-que.
Par conséquent, nous assistons à une montée de l'opportunisme. Je reçois au moins deux appels téléphoniques par semaine de sociétés impliquées dans le transfert monétaires me demandant de leur indiquer la manière dont elles peuvent profiter de ces occasions d'affaires. Elles disent avoir accès à une formidable technologie permettant d'expédier de l'argent à meilleur marché et demandent quelles communautés peuvent avoir besoin de leurs services, à quel prix et à quel taux de change. Il existe aussi des sociétés ayant un intérêt direct dans les communautés et qui proposent les transferts monétaires comme service supplémentaire.
Selon une étude effectuée sur environ cent (100) sociétés de transferts monétaires, les coûts sont encore élevés. Les frais réclamés pour les transferts monétaires vers Haïti semblent se situer dans la moyenne. On paie davantage pour les transferts monétaires vers Cuba, la Jamaïque et la République Dominicaine, partiellement en raison de la distribution des parts de marché. Une seule société contrôle 70% du marché des transferts monétaires vers la Jamaïque, ce qui représente presque un monopole. En République Dominicaine, où sept (7) sociétés contrôlent 90,9 % du marché, il existe quelque chose d'équivalent à un cartel, qui tient une réunion chaque lundi à 10 heures pour décider du taux de change à imposer pour la semaine. Les émigrés non seulement paient les frais pour le transfert monétaire, mais ils perdent aussi sur la valeur de leurs dollars à cause de la spéculation sur le taux de change.
Dans les pays où il existe davantage de concurrence, au Mexique par exemple, les frais sont moins élevés quoiqu'ils atteignent 10% du montant expédié. Selon une enquête que nous avons menée l'an dernier auprès de 1.000 immigrés Latino-américains, et selon notre analyse des prix réclamés par différentes sociétés pour expédier 200 dollars, soit la moyenne des transferts que disent effectuer les émigrés, les coûts des transferts continuent d'être élevés. Mais le plus important est de pouvoir disposer d'une infrastructure institutionnelle permettant de réduire ces coûts et faciliter les échanges entre les communautés. Nous avons entendu les propos de Donald Terry sur la pénurie de distributeurs automatiques de billets en Haïti, ce qui est aussi la réalité dans d'autres pays d'Amérique Latine. Répétons donc ici, les conditions nécessaires à l'implantation d'un meilleur système de transfert. Si les coûts des transferts monétaires étaient réduits de 50%, le P.N.B. du pays en question augmenterait d'au moins 1%. Il y a donc des avantages certains à travailler dans ce sens.
En guise de conclusion, je voudrais ajouter qu'il me semble qu'il existe, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, un paysage économique lié à deux dynamiques. Au Guatemala, par exemple, les transferts monétaires poursuivent leur croissance ininterrompue face aux fluctuations dans les exportations du café et des produits agricoles en général. Les transferts monétaires n'ont pas vraiment ralenti par suite de la récession économique ou des répercussions des événements du 11 septembre 2001. Les émigrés s'efforcent sérieusement de tenir leurs engagements envers leurs familles. Nous devons travailler à améliorer leur accès aux comptes en banque aux États-Unis, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, à inciter ceux qui ont déjà accès aux banques, à utiliser le système bancaire pour les transferts monétaires, de même qu'à encourager les institutions bancaires et mutuelles de crédit, à faciliter les transferts monétaires à bon marché.
Je vous remercie de votre attention.
" La nostalgie de la terre natale, ressentie par les émigrés, constitue une puissante source de motivation pour les transferts monétaires aux fins de développement. Ce sentiment de solidarité ouvre la porte à une mobilisation de ressources humaines et économiques qui pourrait produire un formidable impact sur le développement d'Haïti. "
Mon exposé traitera de la mobilisation des transferts monétaires collectifs dans la diaspora haïtienne. Il se subdivisera en trois parties.
La première partie sera un aperçu concernant le nombre et le lieu de résidence des membres de la diaspora haïtienne aux États-Unis, au Canada, en France et dans les Caraïbes.
Dans la seconde partie de l'exposé, je décrirai les principales formes d'organisations rencontrées dans la diaspora haïtienne et je ferai état de ceux, d'entre les différents groupes, qui peuvent effectuer des transferts monétaires collectifs destinés aux projets de développement en Haïti, et d'une façon particulière, des expériences réussies par des églises de la diaspora.
La troisième partie de la préparation présentera les résultats d'une enquête interne menée par la Fondation Interaméricaine (IAF) sur des projets auxquels elle participe, où les transferts monétaires collectifs sont utilisés. Je ferai part des leçons qui ont été tirées et dont pourrait s'inspirer la diaspora haïtienne pour agrandir la portée et renforcer l'impact de ses transferts monétaires collectifs.
Bien que les rapports de recensements avancent souvent des chiffres trop bas pour les populations noires et immigrées, ils sont encore les sources les plus fiables dont nous disposions en ce qui concerne les Haïtiens vivant en terre étrangère. Les chiffres présentés au Tableau 1 proviennent des données du plus récent recensement pour chacun des
Margarita MOONEY
Mlle Mooney prépare un Doctorat en Sociologie de l'Université de Princeton, au New Jersey. Elle s'est spécialisée dans les relations entre l'Eglise Catholique et les communautés Haïtiennes de Montréal, New York, Miami et Paris et ses recherches l'ont amenée en Haïti.
Au cours des trois ans qu'elle a passé à la Fondation Arias pour la Paix et le Progrès Humain au Costa Rica, elle s'est penchée sur l'adhérence des accords de paix au Nicaragua, à El Salvador et au Guatemala.
Diplômée de l'Université de Yale, elle collabore présentement avec la Fondation Inter-Américaine (IAF) dans la recherche et le développement de stratégies de travail avec les communautés de la Diaspora Haïtienne.
Mlle Mooney est l'auteur et coauteur de nombreux articles sur les groupes d'immigrants et les flux de versements vers leur pays d'origine, notamment " Les attaches sociales et les investissements des saisonniers mexicains ", et " Capital Social et Développement ".
pays. En raison du décalage vers le bas, ces chiffres ont été majorés de 10 % dans chaque cas. Les données du recensement aux États-Unis représentent le nombre d'individus qui se sont déclarés d'ascendance haïtienne, qu'ils soient nés en Haïti ou aux États-Unis. Les données du Canada et de la France représentent uniquement le nombre d'individus nés en Haïti, parce que les rapports de recensement de ces pays ne fournissent pas d'information sur l'ascendance.
Selon le recensement des États-Unis, le nombre d'Haïtiens qui y vivent, a doublé de 1990 à 2000. Les données du Service américain d'immigration et de naturalisation indiquent aussi qu'Haïti continue de bénéficier d'environ 20.000 nouveaux visas d'immigrés par an. Tout immigré qui a reçu une autorisation de séjour permanent ou acquis la citoyenneté américaine a aussi le droit de faire entrer aux États-Unis certains membres de sa famille. Il faut donc s'attendre à ce que la diaspora haïtienne continue de croître en nombre.
Le point que je vais aborder est relatif aux organisations de la diaspora haïtienne qui sont les plus aptes à devenir des partenaires dans les projets de développement où les transferts monétaires collectifs sont utilisés.
Quels sont ceux, de ces groupes d'émigrés, qui effectuent des transferts monétaires vers Haïti ? Que pouvons-nous retenir de leurs expériences ? Dans le cas de la diaspora haïtienne, il existe à New York, tout comme à Montréal, des fédérations de ce type d'associations qui effectuent des transferts monétaires vers Haïti pour soutenir des projets de développement. Ces fédérations ont pour nom RECADE, à Montréal (Recadrement des Associations pour le Développement en Haïti), et FARHE, à New York (Fédération des Associations Régionales Haïtiennes à l'Étranger). L'exposé de Marie-Carolle Tertulien fournira de plus amples informations sur les activités de cette fédération.
À Miami, ville où j'ai effectué le plus de recherches sur la diaspora haïtienne, il n'existe pas de fédération d'associations de personnes originaires de la même ville (HTA ). A vrai dire il n'y a pas beaucoup de ces associations d'Haïtiens à fonctionner. Les origines disparates des membres des communautés haïtiennes dans les différentes villes de la diaspora expliquent pourquoi il existe différentes formes d'organisations à travers les villes. Les communautés haïtiennes de Montréal et de New-York commencèrent à grandir dans les années 60, alors que des Haïtiens instruits quittaient leur pays à la recherche d'opportunités pour poursuivre leurs études ou travailler comme professionnels. Cela forme un contraste avec la communauté haïtienne de Miami, qui comprenait initialement des réfugiés fuyant les violences politiques, de la fin des années 70 jusqu'aux années 90. À présent, les Haïtiens résidant à New-York et à Montréal possèdent les connaissances et les ressources nécessaires pour effectuer des transferts monétaires destinés au développement en Haïti.
Bien que la communauté haïtienne de Miami ait créé une pléthore d'organisations, il se trouve que la plupart de celles-ci se focalisent sur la satisfaction des besoins sociaux des Haïtiens vivant à Miami.
Les recherches que j'ai faites à Miami ont révélé que les émigrés effectuent souvent ensemble des transferts monétaires vers Haïti à travers leurs églises. Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces expériences pour nous permettre d'élargir l'utilisation des transferts monétaires pour le développement ?
D'abord, la coopération entre les églises d'Haïti et de Miami commence souvent par une prise de contact personnelle entre deux prêtres catholiques ou deux pasteurs protestants. Le prêtre ou pasteur d'Haïti se rend aux États-Unis pour présenter un projet à financer à une congrégation. Après la collecte de l'argent, le responsable religieux l'apporte en Haïti. Les visites régulières se répètent pendant toute la durée du projet, ce qui indique combien il importe de garder le contact, du début à la fin du projet. La confiance est aussi à la base de la capacité des églises à mobiliser les gens pour les transferts monétaires collectifs. Les fidèles font confiance à leur responsable religieux, qu'ils ne croient pas agir par intérêt personnel. Ils acceptent de donner de l'argent pour des projets collectifs parce qu'ils croient que l'église n'utilisera l'argent que dans les buts prévus. Il est important de souligner le rôle particulièrement influent joué par les églises en Haïti dans les services de base, particulièrement dans les régions où la présence gouvernementale est faible. Les églises jouissent d'une bonne réputation pour les services sociaux et inspirent confiance aux émigrés, qui acceptent, à travers elles, de faire des dons aux projets.
De plus, les fidèles d'une même congrégation se font mutuellement confiance. Ils ont plusieurs intérêts en commun. Les congrégations se réunissent généralement une ou plusieurs fois par semaine, pour prier et prendre part à des activités sociales, et pour s'entraider. L'envoi de transferts monétaires collectifs constitue une forme de collaboration de plus dans le cadre de leur congrégation. En dernier lieu, les églises haïtiennes à l'étranger aident la diaspora à préserver sa culture et son identité, ce qui constitue une base de solidarité et encourage les gens à aider leur pays d'origine.
Il existe, pourtant, des limites dans l'utilisation des transferts monétaires par les églises aux fins de développement. Les églises ne sont pas des organisations centrées sur un objectif économique. Les types de projets de développement qu'elles tendent à soutenir ne sont pas hautement institutionnalisés et, généralement, les projets ne durent qu'aussi long-temps que les contacts personnels sont entretenus. Les églises et les responsables religieux devraient, néanmoins, être considérés comme des partenaires potentiels dans les projets de développement en raison de leur longue expérience, des contacts qu'ils ont établis au niveau des populations haïtiennes et de leur capacité à inspirer confiance à de nombreux Haïtiens de la diaspora. De plus, les projets de développement peuvent connaître des hauts et des bas, et certains peuvent même échouer. En dépit de tout, les congrégations religieuses demeurent de bons partenaires à cause de leur stabilité, indépendamment des progrès réalisés par les projets. Finalement, il peut s'avérer plus facile d'effectuer des transferts monétaires collectifs à travers des groupes qui existent déjà et qui possèdent une certaine expérience dans plusieurs formes de collaboration que d'essayer de démarrer une organisation dans le but spécifique de financement du développement.
En ce qui a trait aux leçons tirées du travail de la Fondation Interaméricaine (IAF) dans le domaine des transferts monétaires, le récent examen effectué par l'IAF sur son travail avec les projets utilisant les transferts monétaires au Salvador et au Mexique a produit d'intéressantes observations.
D'abord, il est essentiel d'identifier les projets capables de mobiliser des membres d'associations et de produire des résultats tangibles et vérifiables. Ensuite, les organisations d'émigrés qui s'impliquent dans les transferts monétaires devraient s'efforcer d'observer la neutralité politique de même que la transparence et accepter de rendre compte de leurs activités. La Fondation Inter-Américaine (IAF) a aussi découvert que le manque de con-fiance dans le gouvernement du pays d'origine décourageait la formation de partenariats entre les émigrés et les institutions locales.
Toutefois, le manque de confiance est un obstacle qui peut être contourné par l'effort concerté des partenaires. Comme nous l'avons appris en écoutant les exposés des intervenants du Mexique et du Salvador, certains groupes d'émigrés ont fini par accorder leur confiance au gouvernement de leur pays à l'occasion d'un rapprochement, de contacts personnels, d'une communauté d'objectifs et de mécanismes de coopération.
Certains diront que la crise actuelle de légitimité politique et la situation économique sont aujourd'hui pires en Haïti qu'elles ne l'étaient au Mexique ou au Salvador, mais je leur répondrai qu'il y a plus de similitudes que de différences entre ces pays. Les spécificités confrontées par chaque diaspora par rapport au gouvernement du pays concerné peuvent varier, mais tous les partenaires dans les projets de développement doivent passer par certaines étapes consistant à créer la confiance, établir des objectifs, s'entendre sur les mécanismes de collecte et de distribution, créer des moyens d'évaluation et mesurer les résultats.
La conférence organisée par le CLED offre une merveilleuse occasion de parler de nouveaux acteurs institutionnels, de mécanismes et de partenariats, ainsi que des obstacles à l'élargissement de l'usage qui est fait des transferts monétaires aux fins de développement. Beaucoup d'exemples démontrent que des organisations d'émigrés désireuses de le faire peuvent utiliser leurs structures institutionnelles pour renforcer les ressources et soutenir les objectifs des gouvernements locaux et nationaux. La nostalgie de la terre natale, ressentie par les émigrés, constitue une puissante source de motivation pour les transferts monétaires aux fins de développement. Ce sentiment de solidarité ouvre la porte à une mobilisation de ressources humaines et économiques qui pourrait produire un formidable impact sur le développement d'Haïti.
" Les compatriotes de la diaspora sont plutôt préoccupés par la situation politique en Haïti et ils se posent des questions. Il y a bien une crise de confiance dans le pays, et aussi dans le gouvernement haïtien. "
Je me propose au cours de cet exposé de présenter les réalisations de la Fondation Inter-Américaine (IAF) en Haïti pour l'année 1992.
Cette Fondation avait établi un partenariat, avec une association vénézuélienne en vue de finaliser un projet de développement au Venezuela. Cette expérience s'étant révélée fructueuse, elle a voulu la répéter.
Aussi, à la demande de la Fondation Inter-Américaine (IAF), je me suis rendu à Miami pour m'informer de la volonté que pourrait manifester la diaspora haïtienne de la Floride et des possibilités qu'elle aurait pour participer au cofinancement de projets de développement en Haïti.
Autrement dit, une organisation en diaspora voulant financer un projet dans sa zone, ne disposant pas de ressources suffisantes pour le faire, pourrait bénéficier d'une contribution de la Fondation Inter-Américaine (IAF).
Je révélerai les résultats de cette étude effectuée en 1992 et ferai ensuite une mise à jour des données recueillies à Miami, à Montréal et au Québec.
Je dois cependant avouer que cette mise à jour sera quelque peu limitée dans la mesure où je n'ai passé que deux jours dans chacune de ces zones ciblées, ce que j'estime insuffisant pour la qualité d'une étude pareille.
Je vais tenter une rétrospective de dix (10) ans pour dégager le constat qui a pu être fait à ce moment-là.
Ronel CERAN
M. Céran est Ingénieur Civil, spécialisé en gestion financière et en sciences de l'environnement. Actuellement Consultant ponctuel pour la Banque Mondiale sur les pro-jets d'environnement, M. Céran a été antérieurement consultant pour la Inter American Foundation (IAF), Membre du cabinet du Ministre de l'Environnement, Coordonnateur du Plan d'Action pour l'Environnement (PAE), et Administrateur Général des projets de la Deustche Welt Hunger Hilfe (DWHH) / Agro Action Allemande.
M. Céran a travaillé pendant 8 ans pour le compte de la IAF dans le financement de projets de développement en Haïti. Il a effectué plusieurs missions d'évaluation et autres études pour le compte d'organisations telles la OXFAM, Le Catholic Relief Services (CRS), le Programme de Micro Réalisations de l'ACDI (PMR), la Banque Mondiale, et l'Agence Française des Volontaires du Progrès de l'Ambassade de France (AFVP). Il a été également responsable pour la DATEX Inc de la coordination des activités d'environnement urbain du projet ASSET de la USAID en Haïti.
M. Céran a réalisé ses études en Haïti et aux Etats Unis. Il est diplômé de l'Institut Supérieur Technique d'Haïti, et de l'Université de Long Island à New York.
Nous avons découvert l'existence à Miami d'associations très dynamiques, structurées sur la base de leur origine communale haïtienne et dont les principales initiatives consistaient à appuyer financièrement certaines activités de développement dans leurs communes d'origine, et à maintenir le contact entre les membres de leurs communautés et ceux de la diaspora visant ainsi à renforcer leur solidarité.
Nous avions aussi découvert l'existence d'associations socio-professionnelles qui avaient déjà donné leur contribution à des activités communautaires en Haïti pendant que d'autres avaient en vue le financement de petits projets.
Nous avions également rencontré des dirigeants d'églises catholiques et de cultes réformés qui, dans le cadre de services sociaux, octroyaient de l'aide humanitaire et offraient d'autres services à la communauté en général.
En plus de leurs activités en diaspora, ces églises réformées, faisant partie des Missions Internationales, parrainaient certaines activités communautaires entreprises par les églises-sœurs établies en Haïti.
Nous avions aussi rencontré des leaders dont la motivation était essentiellement politique. Et parmi eux, certains créaient des fondations qui fournissaient des aides humanitaires ponctuelles à certains individus en Haïti et avaient certains projets en perspective pour le pays. Je fais allusion à M. Despinos qui est, depuis, devenu un membre de la Mairie de Miami.
Nous avions rencontré des hommes d'affaires qui évoluaient dans le commerce, l'importexport, la vente de services. Certains d'entre eux, avaient érigé dans le domaine de la vente de services, érigé, - le mot est fort mais c'était bien le cas -, un système d'exploitation déloyale au détriment de la grande majorité qui ignorait les multiples contours du système américain.
De manière générale, ils n'avaient jamais manifesté un grand intérêt pour les activités communautaires quand ils étaient sollicités pour une contribution à leur réalisation.
Nous avons parcouru plusieurs villes de l'Etat de Floride. Nous y avons rencontré des ouvriers travaillant pour la plupart dans les champs. Ils étaient en butte en général à des difficultés énormes et subissaient le poids de l'exploitation également à cause de leur ignorance du fonctionnement du système américain.
Au terme de cette étude qui avait duré à peu près un mois, il était ressorti que tous les secteurs rencontrés se disaient intéressés pour une raison ou une autre au développement d'Haïti.
Il faut toutefois préciser que le secteur qui présentait à l'époque des potentialités organisationnelles et qui se sentait effectivement concerné par le développement communautaire restait celui des organisations communales et dans une moindre mesure, celui des organisations socio-professionnelles qui avaient déjà participé de manière désintéressée au financement de projets dans le pays.
A l'époque du coup d'Etat, tous ceux que nous avions abordés avaient jugé le moment inopportun pour ce partenariat et n'étaient pas disposés à reprendre leurs activités tant que la situation politique n'était redevenue normale et qu'elle ne leur inspirerait con-fiance.
Quant aux autres secteurs, exception faite des hommes d'affaires, constamment préoccupés par le profit et l'expansion de leur entreprise, ils trouvaient l'idée de la fondation intéressante et souhaitaient son approfondissement.
Cependant, compte tenu de toutes les difficultés économiques et financières de certains, de l'approche exclusiviste et socialiste pratiquée par d'autres et enfin de risques de récupération politique potentiels existant à l'époque, il n'était pas prudent de les considérer comme des secteurs potentiels intéressés à l'idée de co-financement d'activités communautaires en Haïti.
Aussi, avons-nous à ce moment déterminé pour l'IAF, les mécanismes qui étaient possibles pour concrétiser cette idée de co-financement de projet en Haïti. Ainsi, nous étions arrivés à trois (3) scénarios possibles :
Une approche globale ;
Une approche sectorielle ;
Une approche régionale. C'est cette dernière approche que nous avions recommandée à l'IAF.
Aujourd'hui, le constat que je peux dresser est que les compatriotes abordés ne manifestent pas le même engouement qu'il y a dix (10) ans.
Cependant, compte tenu du nombre de jours passés à effectuer cette enquête et en raison de l'échantillon considéré, il serait tout au moins prétentieux de prendre ces conclusions pour définitives et représentatives de la diaspora haïtienne vivant aux Etats-Unis et au Canada.
Les compatriotes de la diaspora sont plutôt préoccupés par la situation politique en Haïti et ils se posent des questions. Il y a bien une crise de confiance dans le pays, et aussi dans le gouvernement haïtien.
Des remarques aussi bien relatives à l'enrichissement rapide de compatriotes parce qu'ils avaient profité des fonds alloués à la réalisation des Petits Projets à la Présidence (P.P.P.) qu'à l'ignorance dans laquelle les autorités ont laissé ceux qui avaient apporté leur contribution à l'organisation Voye Ayiti Monte (VOAM) illustrent cette crise de confiance. En effet près d'un million et demi (1½) de dollars avaient été collectés pour assurer l'exécution des activités de l'organisation.
Aussi, ils veulent être informés de l'utilisation qui a été faite de ces fonds et connaître les raisons pour lesquelles le gouvernement n'a pas jugé utile de faire de la gestion transparente de cet argent. Margarita Mooney, a fait référence au facteur confiance. Je pense qu'il faut que la confiance renaisse dans ce pays.
De l'argent qui avait servi à payer les diplômes, les certificats vendus à Miami, en diaspora au prix de $25 ils veulent aussi savoir l'utilisation qui en a été faite.
Je me souviens moi-même avoir contribué $250 pour des diplômes pour mes enfants et moi-même, qui sont encore à la maison.
Ils ont également parlé de leur expérience, mauvaise, enregistrée suite à l'expédition de matériels consistant en : lits d'hôpitaux, matelas, matériel sanitaire etc… qui arrivés à la douane avaient disparu.
Outre cela, la situation d'insécurité qui règne dans le pays constitue un frein à la participation au développement d'Haïti car comment venir en Haïti co-financer un projet de développement et n'être pas certain d'y revenir parce qu'un " zenglendo ", un " chimè " vous aura identifié comme "diaspora", c'est-à-dire comme "quelqu'un ayant de l'argent".
Un autre facteur qui explique le fait que cette diaspora ne manifeste pas autant d'engouement à participer est l'avenir de ses enfants qu'il lui faut assurer. Or, notre diaspora surtout celle qui vit en Floride dispose de moyens financiers peu élevés. Deux intervenants, Margarita Mooney et Manuel Orozco l'ont mentionné. Nos compatriotes vivant à New-York, au Canada sont des professionnels, leurs revenus sont beaucoup plus élevés.
En dépit de ses problèmes, la communauté haïtienne vivant à Miami n'a jamais cessé de manifester sa volonté de participer à des projets de développement en Haïti. Cependant, elle est préoccupée par la situation de ce pays. Elle va jusqu'à se demander pourquoi participer à un projet de développement si le pays ne va pas changer.
Nous l'avons fait pendant longtemps. Il y a eu beaucoup de projets de développement à avoir été financés mais les résultats ne sont pas visibles.
Le constat qui s'est dégagé c'est que le pays est en train de sombrer. Et à ce moment la question qui se pose est : " allons-nous retourner dans ce pays " ?
Au cours de notre rencontre, la crise politique a été évoquée dans les débats . Les compatriotes n'arrivent pas à comprendre que des frères, qui il y a 10 ans, étaient des alliés et aujourd'hui sont devenus des ennemis. Et que deux (2) ans après, les partis antagonistes n'arrivent pas à trouver une solution à ce problème.
Beaucoup se sont demandés pourquoi, en l'an 2000, ne pas avoir donné les postes de neuf sénateurs réclamés par l'OEA et par certains partis politiques en Haïti et avoir été obligés de le faire un an après, ce qui n'a pas eu la même portée si ce même geste avait été fait au moment où presque tout le monde le réclamait.
Finalement, la réserve des compatriotes en diaspora porte sur les priorités suivantes. Faudra-t-il élaborer des projets de développement au prime abord ou ne faudrait-il pas résoudre la crise politique et penser au développement, afin de s'assurer que tout financement servirait vraiment parce qu'il aura été créé un Etat qui soit responsable, un Etat qui ait une vision. Les Haïtiens vivant à l'extérieur sont prêts à aider. Ils n'ont jamais caché leur détermination à participer dans le co-financement de projets de développement en Haïti cependant ils demeurent réticents.
Les interrogations qui ont été soulevées par ces compatriotes se situeraient autour de l'existence même du Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) et des activités qu'il aurait à entreprendre dans le cadre de sa mission.
Ils souhaiteraient que l'Etat haïtien installe des bureaux pour les communautés de la diaspora par exemple à New York, à Montréal, au Québec. Ce ne serait pas des Consulats, ni des Ambassades que l'Etat devrait créer mais des bureaux qui " s'occupent de la diaspora " et l'aidant à concrétiser ses efforts.
En principe, ils veulent participer au co-financement, mais ils pensent à élaborer des projets en Haïti qui rapportent aux gens qui investissent de l'argent. Que ces investisseurs soient des organisations, ou des individus. Nous investissons notre argent dans un projet avec l'AIF, ceci rapporte quelque chose à notre patelin mais quel bénéfice tirons-nous dans tout ceci ?
Ils ont insisté sur le fait qu'il faudrait développer les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC). Beaucoup d'entre eux sont prêts à participer à la mise sur pied de programmes pareils. Je sais que cette possibilité-ci existe même au niveau rural, nous pouvons avoir en Haïti, l'Internet facilement. Facilement, façon de dire, car ce service sera peut-être un peu cher, cependant nous pouvons avoir accès à cette technologie et l'offrir aux paysans, qui vivent en campagne et qui ne rentrent pas souvent à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, à Jacmel, aux Cayes où déjà cette technologie existe.
Ils ont aussi identifié des points qu'il faudrait débattre tels :
Je regrette infiniment dans le cadre de cette mise à jour de n'avoir pas pu rencontrer les cadres du Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) qui m'auraient permis de mieux présenter cet aspect. Je vous remercie.
" Le marché des transferts est beaucoup plus vaste que le simple transfert livré à domicile et la gamme des produits est beaucoup plus intéressante qu'on ne l'aurait cru. "
Je vais au cours de mon exposé vous entretenir sur les transferts en considérant l'aspect micro-économique et commercial. Pour ce faire, j'essaierai de couvrir certains points que j'estime être d'un grand intérêt pour tous.
Ces éclaircissements que je me propose d'apporter sur l'aspect micro-économique permettront de mieux appréhender l'approche macro-économique et sociologique de la question.
Ma démarche consistera à formuler un certain nombre de questions qui porteront sur les catégories socioprofessionnelles qui envoient de l'argent à leurs familles restées en Haïti, les causes de ces envois d'argent, la quantité d'argent expédié, les modalités de paiement, les produits qui se regroupent sous l'appellation du terme "transferts". Je terminerai en énumérant quelques caractéristiques de ce marché.
Qui envoie de l'argent?
Je pourrais dire que tous les Haïtiens ayant émigré envoient de l'argent à leurs familles restées en Haïti. Au prime abord, nous retrouvons les Haïtiens qui ont émigré dans les années 60 sous la dictature des Duvalier; ensuite, ceux qui ont laissé le pays dans la décennie 80 et finalement ceux qui ont fui le pays après le coup d'Etat en 1991 et obtiennent, jusqu'à date, des visas d'immigrant.
Ceux-ci voyagent illégalement. Leur revenu est estimé à moins de vingt mille (20.000) dollars par an soit un revenu per capita inférieur à celui des communautés latino-américaines aux Etats-Unis.
Carl F. BRAUN
M. Braun est actuellement Président du Conseil d'Administration de la UNIBANK S.A et Vice-Président de UNITRANSFER. Il est également le Président du Groupe Financier National (GFN) et Président d'Honneur de Capital Consult, une firme de conseils en économie, finance et gestion.
M. Braun siège au Conseil d'Administration de Immobilier, S.A. (IMSA) comme Trésorier et est le Vice-Président de la Société Nationale d'Investissement (SNI).
Ce ne sont pas seulement nos compatriotes ayant émigré aux Etats-Unis qui envoient de l'argent. Il ne faut pas sous-estimer l'apport des Haïtiens vivant en République Dominicaine.
Il est opportun de rappeler que les activités de transfert existent depuis très longtemps; depuis qu'Haïti a commencé à exporter sa main-d'œuvre vers Cuba au début du siècle dernier, ensuite vers la République Dominicaine. Déjà à l'époque, nos compatriotes se livraient à des activités de transferts, transferts qui, toutefois, ne transitaient pas par des compagnies formelles.
Ce n'est qu'à partir des années 60 que le marché a commencé à sentir la nécessité d'avoir recours à une compagnie structurée.
Quelles sont les causes de ces envois d'argent ?
Les raisons qui portent les Haïtiens à effectuer ces envois d'argent sont assez diverses, mais les plus courantes semblent être :
Volume et mode d'envoi des transferts
Si l'on veut établir des statistiques quant à la quantité d'argent envoyé, il est possible en se référant aux différentes estimations, de conclure que les Haïtiens envoient beaucoup d'argent.
Les valeurs déclarées par les sept (7) compagnies de transfert autorisées à fonctionner en Haïti sont à mon avis très loin de la réalité. Ces chiffres ne tiennent pas compte de toutes les estimations, auquel cas, je pense que ce montant avoisinerait les 300 à 400 millions de dollars par an. Il faut souligner que non seulement les compagnies régulières peuvent ne pas déclarer les chiffres exacts mais aussi vu que beaucoup de transferts transitent par le milieu informel, il demeure difficile de les quantifier.
Une autre estimation faite à partir des chiffres de la balance des paiements, telle qu'établie par la Banque Centrale, la Banque de la République d'Haïti (BRH), accuse une augmentation drastique même dans les chiffres officiels. Les raisons pour lesquelles il faut changer cette estimation est, si on se base et sur la réalité, on verrait que les montants des transferts qui se chiffraient à près de 69.6 millions de dollars en 1991, à 108 millions environ en 1995 ont été, qu'à mon point de vue largement sous-estimés.
Influencée par les chiffres qu'elle recevait des bailleurs de fonds internationaux, la Ban-que Centrale après révision de ces données, est arrivée aujourd'hui à un montant beau-coup plus proche de la réalité du marché global qui serait de l'ordre de 623.6 millions de dollars pour l'année 2001.
Deux autres estimations plus récentes réalisées par la Banque Inter-Américaine de Développement (BID) et par le Multilateral Investment Fund (MIF) avec l'étude de M. Orozco situent les montants des transferts entre 720 et 810 millions de dollars entre 15% et 22% du PIB. Je pense que ces chiffres sont plus proches de la réalité. D'autres estimations, plus récentes, feraient avoisiner le montant global des transferts autour des 800 millions de dollars et je me range à l'avis de Donald Terry pour qui les transferts accuseraient un montant d'un (1) milliard.
Le montant des transferts accuse une moyenne de 170 dollars par envoi. Les compagnies formelles réalisent environ entre 150 et 250.000 transactions par jour. La fréquence des envois est de 6 à 8 fois l'an pour une même personne Certaines intermédiations financières attirent une clientèle qui n'est le plus souvent pas bancarisée. La présence de la monétique est très faible sur le marché. En général l'Haïtien pour un transfert, préférera le contact humain. Sa démarche consistera à rentrer dans un bureau pour aller voir un agent d'une des compagnies ou à la rigueur il ira acheter un "money order." Les compatriotes de la diaspora les mieux instruits et les mieux éduqués, les professionnels utilisent de plus en plus la formule du transfert direct, qui consiste à expédier un montant par DHL, par exemple, pour faire un dépôt. Ces transferts, souvent, ne sont pas comptabilisés dans les chiffres d'affaires des compagnies.
Pour expédier de l'argent à leurs familles restées au pays, nos compatriotes recourent aux compagnies de transferts, à des institutions financières régulières comme la Unibank qui est la maison-mère de la UNITRANSFER, à des " money order ", à des regroupements d'associations, à des particuliers, prêtres, pasteurs et amis en qui ils ont confiance.
Un simple coup d'œil sur la liste des produits et services qu'offrent ces compagnies nous permet d'identifier les différents types de transferts qui intéressent ce marché.
Le marché des transferts
Le marché des transferts est beaucoup plus vaste que le simple transfert livré à domicile et la gamme des produits est beaucoup plus intéressante qu'on ne l'aurait cru.
Je vais terminer par vous présenter en peu de mots le marché du transfert en Haïti. C'est un marché extrêmement compétitif et tous ceux qui veulent l'intégrer doivent le savoir. Nous sommes en train de passer de l'informel au formel c'est-à-dire que, là où il y a de cela vingt ans, les compagnies informelles se livraient à des opérations de transferts, de nos jours, ce sont les compagnies formelles, régulières, qui paient des impôts, qui ont des licences aux Etats-Unis qui doivent faire des investissements, qui s'en chargent.
Pour avoir une licence à New York, en plus de l'application, il faut faire un dépôt de 750 mille dollars de cautions ; pour la Floride, le montant se chiffre à 50 mille, il y a d'autres Etats où le montant dépasse le million.
Une entreprise qui veut offrir des services de transfert doit immobiliser au moins deux millions et demi à trois millions de dollars si elle veut garantir une couverture à la population haïtienne.
La livraison à domicile exige une technologie sophistiquée et une logistique impressionnante quant à la structure de paiement. Les caractéristiques identifiées pour cette industrie sont :
Nous avons recours à trois (3) moyens pour collecter les montants aux Etats-Unis dans la communauté haïtienne. Souvent l'expéditeur qui préfère le contact humain se rend à un bureau pour effectuer cette opération de transferts. Dans d'autres cas, les compagnies recrutent des agents et des sous-agents. La UNITRANSFER compte aujourd'hui près de 200 agents aux Etats-Unis, en Louisiane, en Georgie, en Pennsylvanie, au Connecticut; la Western Union, des milliers d'agents. Notre avantage compétitif, c'est le fait que nous soyons ethniquement orientés, nous n'offrons nos services qu'à la communauté haïtienne. Je pense qu'une bonne couverture est donnée à cette communauté parce que nous utili-sons bien des structures qui vont des agences de voyage, en passant par des centres communautaires, des salons de coiffure, aux multi-services.
Perspectives
Je crois que le volume des transferts ira en augmentant à cause du nombre de plus en plus élevé d'immigrants.
Le marché des transferts est beaucoup plus compétitif aujourd'hui qu'il y a trois ans. Les frais prélevés ont diminué drastiquement. En particulier, depuis l'arrivée de la UNITRANSFER sur le marché en août 1999. Il est de plus en plus difficile pour les compagnies de réaliser d'énormes profits.
Récemment, avec l'introduction du produit Internet à travers Banking UNIBANK On Line le volume des transferts a encore augmenté.
La supervision est nécessaire et constitue une garantie pour que l'industrie puisse offrir des services extrêmement importants à la diaspora haïtienne.
Je vous remercie de votre attention et j'espère que les éclaircissements que j'ai apportés vous auront été quelque peu utiles.
En tout état de cause, je simplifierai en vous demandant de considérer comme ressortissant de la diaspora haïtienne, tout migrant haïtien et sa descendance. Je m'appuie pour cela sur des textes de loi que le Ministère a soumis au Parlement et sur notre projet d'amen-dement de la constitution.
Ceci étant clarifié, je vais donc aborder la géographie de la diaspora et surtout sa composition à savoir la façon dont elle s'est constituée au cours des tourmentes politiques qu'a vécues notre peuple.
Comment s'est constituée la Diaspora haïtienne?
Cette diaspora s'est constituée, contrainte ou forcée, au début du siècle. Les premiers Haïtiens à avoir migré ont retenu les destinations suivantes: le Canal de Panama, Cuba et le Venezuela, des pays d'Amérique Centrale et du Sud, la République Dominicaine. Ils y ont constitué une main-d'œuvre utilisée dans les plantations sucrières de ces pays.
La deuxième vague de migration est née de la conjonction du durcissement de la dictature en Haïti et de la proclamation des indépendances africaines. Cette migration a emporté dans son sillage une partie importante de l'intelligentsia haïtienne. Beaucoup de nos compatriotes ont fait le choix de quitter le pays.
La troisième vague de migration est celle constituée par des réfugiés haïtiens qui quit-tent illégalement le pays à destination de terre étrangère sur des bateaux à risques, et qui se regroupent sous le nom de "boat-people".
Aujourd'hui, après un siècle, la diaspora haïtienne peut être estimée à deux (2) à trois
(3) millions d'âmes. C'est énorme d'autant plus que la migration continue.
Nous nous proposons de revenir sur l'analyse des quatre grands blocs géographiques qui regroupent la grande majorité de notre diaspora : l'Amérique du Nord, l'Europe, la Caraïbe, l'Amérique Centrale et du Sud, la République Dominicaine.
Qu'est-ce que cela nous donne en terme de population?
La diaspora haïtienne peut être estimée aujourd'hui à deux (2) et trois (3) millions de personnes disséminées à travers quatre grands blocs géographiques.
Les Etats-Unis comptent environ un (1) million de ressortissants haïtiens. Le Québec, au Canada,150.000, la France, 50.000, les Bahamas, 60.000, les îles Turks and Caicos, 20.000, Cuba, 300.000 (je fais allusion aux descendants d'Haïtiens à Cuba), l'Amérique Centrale et du Sud, 50.000, la Guyane, 40.000, la Martinique et la Guadeloupe, 40.000. En République Dominicaine, ils sont 800.000 selon l'ambassadeur Guy Alexandre.
Composée à 90% de familles ouvrières, notre diaspora, à cause de son niveau de connaissance et de savoir-faire, connaît des difficultés d'intégration dans les sociétés d'accueil en dépit du fait que leurs descendants obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les enfants du même âge vivant dans le pays d'accueil. Il n'en demeure pas moins vrai qu'elle se retrouve endettée et contribue à la survie d'une ou de plusieurs familles en Haïti.
Nos compatriotes de la diaspora constituent ainsi une classe moyenne qui justement fait défaut ici en Haïti.
De plus, la famille haïtienne vivant en diaspora et celle vivant au pays comptent à peu près le même nombre d'enfants. Cela signifie que notre diaspora, dans les pays considérés, accuse un pourcentage d'enfants scolarisés supérieur à la population scolaire du pays.
Je vous fais part d'un constat qui m'a été rapporté : sur cinq bourses offertes par le Centre Spatial de Gourou, en Guyane Française, centre qui recrute les meilleurs élèves dans les disciplines scientifiques, cinq jeunes Haïtiens ont été lauréats au grand dam des familles guyanaises. Le même record s'est reproduit aux Bahamas, en Guadeloupe, et en République Dominicaine.
Quelles sont les réponses de l'Etat à l'attente de la diaspora qui est en droit d'être exigeante d'autant plus que les compatriotes de l'extérieur en dépit de leurs efforts pour s'intégrer dans les pays d'accueil, sont toujours considérés comme des parias et malgré leurs efforts pour soutenir le pays et son gouvernement depuis 1990, n'ont pas encore obtenu les privilèges qui leur sont dûs. Pourtant, ils répondent toujours à notre appel et revendiquent ouvertement leur haïtianité, il suffit de se rappeler la fête du drapeau dans les communautés de Boston, de New York…
Depuis un an et demi que je dirige ce ministère, j'ai eu comme souci de faire vivre la diaspora au même rythme que le pays. Aussi, il m'a paru important de mettre en place quelques outils qui me semblent aujourd'hui les premiers attributs physiques de citoyenneté active de nos compatriotes de l'extérieur :
Le projet de loi portant sur les privilèges accordés aux Haïtiens d'origine et à leurs descendants.
Les lois qui viennent d'être votées par les deux Chambres stipulent que: "Tout Haïtien d'origine et ses descendants sont dispensés de visas du Parlement haïtien pour entrer et sortir du territoire d'Haïti, de l'accomplissement de formalités relatives à l'obtention du permis de séjour, au paiement de taxes y affiliées, de l'accomplissement des formalités du permis de travail, du permis d'emploi et du paiement des taxes qui y sont affiliées, de l'accomplissement des formalités liées à la licence des étrangers et du paiement des taxes qui y sont affiliées. En outre, ils sont éligibles tant à la fonction publique qu'au marché de l'emploi, sauf dans les cas expressément interdits par la Constitution. Ils sont dispensés de l'autorisation du Ministère de la Justice pour acquérir toute propriété immobilière. Ils sont autorisés à acquérir en zone urbaine toute propriété immobilière avec une superficie ne dépassant pas 3 hectares 87, soit l'équivalent de 3 carreaux de terre. Ils sont habilités à jouir pleinement des mêmes droits sur la succession que les Haïtiens restés au pays.
En plus des lois qui accordent des privilèges, le MHAVE va bientôt présenter au Parlement une loi relative aux Organisations de Coopération Inter-Haïtienne (OCIH); laquelle loi va les autoriser à fonctionner en Haïti et à bénéficier des avantages suivants:
Nous avons aussi établi au ministère un programme de valorisation. En récompense à toutes les personnes retenues et à toutes les organisations préalablement répertoriées, nous avons décerné des plaques d'honneur pour les efforts déployés et les sacrifices qu'elles ont consentis afin de rehausser le prestige d'Haïti et de participer à son développement.
En vue de viser et de cibler la jeune génération, le ministère a eu à prendre part à plusieurs programmes culturels en subventionnant des artistes et des intellectuels du 10ème département à des évènements en Haïti tels la foire du livre en Haïti et le festival racine 2001 de Miami.
En outre, le Ministère avait obtenu que soit respectée la mémoire des victimes haïtiennes au World Trade Center en 2001.
Relativement au programme de collectivité, nous avons développé un "media center" et un site internet www.haiti2004lakay.com qui reçoit près de 123.000 visites. Ce media center a permis de compiler plusieurs programmes plus particulièrement le programme économique disponible sous forme de données statistiques, informations et documents se rapportant aux activités économiques pour les investisseurs haïtiens.
En ce qui a trait au programme de solidarité, le Répertoire des Associations Régionales Haïtiennes du 10ème département peut être consulté sur le site internet du Ministère. Nous avons contribué à conduire à terme des projets que certaines organisations avaient déjà élaborés dont les plus remarquables concernent l'électrification de la ville d'Aquin et de ses environs, la construction d'un centre médical incluant des services de maternité, de radiologie.
Le dernier projet que nous aimerions vous présenter est le Programme 2004, dont l'objectif de ce programme est de susciter l'émergence de comités d'association 2004, un peu partout dans la diaspora. Ainsi, ces associations qui se regroupent le plus souvent pour l'élaboration de projets qu'elles ont elles-mêmes conçus concernant leurs communautés respectives seront portées à investir dans le projet 2004 du Ministère.
Nous avons aussi en vue l'organisation de deux expositions, l'une sur Toussaint Louverture conçue par The birth of the Black of Haïti. Il s'agit d'une exposition itinérante faisant le tour de grande concentration en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Europe, l'autre est en perspective pour 2004. Nous sommes en pourparlers avec la Smithsonian Institute pour réaliser le "folk festival" qui se tient chaque année à Washington D.C. pendant environ quinze jours.
Nous profitons de la circonstance pour inviter les entrepreneurs et tout un chacun à participer à cette grande foire en 2004 pendant quinze jours pour présenter Haïti au reste du monde.
Je vous remercie beaucoup.
Mario RIESTRA VENEGAS
Nommé Représentant Spécial à cette conférence par le Dr Juan Hernandez, M. Venegas est Directeur de l'Office de Développement Hu-main chargé des Emigrants Mexicains à l'Etranger au sein du bureau du Président Mexicain, M. Vincente Fox.
Il dirige le Bureau Mexicain de Coordination Nationale, qui est le Bureau des Etats Mexicains sur l'Emigration.
Il est également Conseiller du Gouverneur de l'Etat de Puebla.
La migration ne peut être arrêtée tant que perdureront ses causes : la répartition inégale du développement économique au Mexique entraîne une pénurie d'emplois dans de nombreuses régions. Les possibilités d'embauchage ne manquent pas aux États-Unis parce que la main-d'oeuvre américaine n'arrive pas à répondre à la demande dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie agro-alimentaire, de la construction et des services. Nombreux sont ceux à qui profite la migration : les ouvriers eux-mêmes, ceux qui embauchent les émigrés, et ceux qui, aux États-Unis, bénéficient des 240 milliards de dollars dépensés par les Mexicains d'origine et les Américains d'ascendance mexicaine. En outre, le Mexique ainsi que plusieurs sociétés américaines bénéficient de cette partie de leurs revenus que les émigrés envoient dans leur pays.
Au cours des dernières décennies, ces envois sont devenus de plus en plus importants, aussi bien par leur montant que par leur incidence. Dans son rapport de 1999 sur la balance des paiements, le Fonds Monétaire International (FMI) fait état d'un flux mondial annuel supérieur à 100 milliards de dollars en envois d'argent, dont plus de 60% à destination des pays en voie de développement. En 2001, les envois d'argent vers le Mexique ont dépassé 8,9 milliards de dollars, un montant supérieur à ce qui fut expédié vers n'importe quel autre pays, au cours de la même année. Puebla, l'État dont je suis originaire, a reçu 10 % de ce montant, soit 800 millions de dollars. Chaque mois, 200.000 mandats postaux sont encaissés. L'une des villes, Izucar de Matamoros, dispose de 22 bureaux de change pour une population de 50.000 personnes qui viennent y échanger plus de 500.000 $ par jour. L'an dernier, les envois d'argent vers le Mexique ont été supérieurs aux revenus générés dans le pays par le tourisme, et ont représenté plus de la moitié des investissements directs d'étrangers au Mexique.
Les envois d'argent vont continuer de croître proportionnellement à l'émigration vers les pays étrangers. À l'heure actuelle, l'intégration économique stimule le phénomène de la migration. Toutefois, selon des études menées par la Banque interaméricaine de développement, la Banque centrale mexicaine et le Conseil national sur la population, le taux de fécondité est en train de chuter au Mexique. Ce facteur, allié à un taux de croissance économique modeste et au succès des projets de développement, pourrait créer de meilleures possibilités d'embauchage au Mexique, qui encourageraient les gens à rester au pays. Entre temps, cependant, la tendance à la migration persiste dans une partie de notre population.
Le CONOFAM, organisme présidentiel au service des Mexicains expatriés, s'est engagé dans la promotion de programmes dans l'éducation, la culture, la santé et les sports visant à renforcer les liens entre les potentiels émigrés et leurs communautés, afin de persuader ceux-ci de rester au Mexique. Nous travaillons aussi assidûment à ce que l'argent envoyé au pays serve de ressource pour le développement. C'est en ce sens que Jaime Lucero, président de la Casa Puebla établie à New York, a récemment effectué, dans sa communauté d'origine, un investissement de 25 millions de dollars devant créer, sur une période de trois ans, 7.000 emplois dont 2.000 ont déjà été pourvus. Cette initiative s'inscrit dans le programme d'" Adoption d'une microrégion " du président Fox. En 2001, plus de 350 petites entreprises ont été démarrées dans mon État d'origine à l'aide de l'argent reçu des expatriés. La plupart sont gérées par des femmes, ce qui ne surprend guère vu que 75 %, au moins, des envois d'argent sont destinés à des mères, épouses, sœurs, ou filles.
Les associations mexicaines, dont il existe plus de 600 aux États-Unis, soutiennent en général des projets de développement social dans leurs communautés d'origine. Depuis à peu près dix ans, au niveau des États, les gouvernements ont commencé à compléter les contributions de ces associations par un abondement dollar pour dollar. La participation des municipalités a fait grimper cet abondement à deux pour un, il y a six ans, et, trois ans plus tard, le gouvernement fédéral a adhéré au programme et ainsi porté l'abondement au niveau de trois pour un. Cette année, l'abondement de trois pour un a été officiellement garanti par le gouvernement fédéral, pour soutenir les projets de production gérés par les petites entreprises, aussi bien que les projets sociaux.
Les expatriés mexicains qui investissent dans leur pays commencent par reconstruire leurs maisons avec des matériaux de meilleure qualité. Ils y effectuent des mises à niveau pour la prestation de nouveaux services, et les équipent de téléviseurs, de réfrigérateurs et de machines à coudre. Les associations mexicaines fondées aux États-Unis aident aussi dans la construction d'écoles, de dispensaires, de centres sportifs, de routes et de ponts. L'un de ces derniers mesure 80 mètres de long, et nous en avons entrepris la construction avec l'aide d'Axutecos de New Jersey qui a partagé les coûts à hauteur de 25 %. Certaines associations ont réalisé l'approvisionnement en électricité de leurs communautés. L'approvisionnement en eau potable est aussi une priorité. Les Mixtecos de Brooklyn ont financé à hauteur de 20 % la réalisation d'un de ces projets dans une petite ville. Certains émigrés mexicains deviennent des chefs d'entreprise dans leur pays. Ils ouvrent des restaurants, des magasins, des boulangeries, et des usines. Le " King of Tortilla ", qui prépare et livre quotidiennement plus de 5 millions de tortillas dans le New Jersey et à New York, a investi 5 millions de dollars dans une installation de confection de japaleños pour la clientèle mexicaine aux États-Unis. Cette clientèle, appelée clientèle de la nostalgie, est en train de croître. D'autres usines situées au Mexique produisent des haricots frits et des sauces, et traitent des feuilles de cactus, toujours pour la clientèle de la nostalgie vivant aux États-Unis. La municipalité met gratuitement des terrains à la disposition des investisseurs émigrés. Au niveau des États, les gouvernements forment les personnes pour ces emplois et leur versent un salaire minimum pendant leur formation. Quant à présent, avec le soutien de la Banque Mexicaine de Développement et de la Banque Interaméricaine de Développement, nous nous préparons à financer des études de faisabilité pour aider sans frais les émigrés à prendre des décisions éclairées.
Nous nous proposons de travailler, en collaboration avec toutes autres agences et institutions internationales appropriées, à relever les défis les plus importants. Il y a encore beaucoup à faire, en ce qui a trait à la résolution des problèmes des émigrés, mais nous y travaillons avec beaucoup d'assiduité.
" Les objectifs des CS consistent à apprendre à nos frères à penser par euxmêmes, à travailler, à se nourrir, à envoyer leurs enfants à l'école, et donc à améliorer la qualité de leur vie, à la grande satisfaction de nous tous. "
Nous représentons les Communautés Salvadoriennes (CS). En tant que représentantes de ces Communautés, c'est, pour nous, un honneur de nous joindre ici à la communauté haïtienne et de vous transmettre les salutations chaleureuses de notre président, Luís Felipe Romero, de même que celles du comité de direction de la Communauté Salvado-rienne (CS) dont nous sommes, et des communautés que représentent, à leur tour, les différents membres du comité.
Les Communautés Salvadoriennes ( CS) sont une jeune et récente organisation qui a été créée à la suite d'un séisme. Nous allons en faire l'historique et faire part de ce qui a été accompli en un peu plus d'un an.
Notre première activité a consisté en une levée de fonds qui nous a permis de construire des maisons. Il nous a été très difficile de prendre cette décision vu qu'il y avait un grand besoin d'eau, de nourriture et de matériels au Salvador.
Blanca L. CRUZ et Blanca ROMERO
Blanca L. Cruz et Blanca Romero sont les Coordonnatrices des Communautés Salvadoriennes Unies (Comuni-dades Unidas Salvadoreñas, CUS) basées à Washington DC. CUS réunit des Salvadoriens émigrés aux Etats-Unis, dans le but de promouvoir des solutions soutenables et de canaliser l'aide financière aux communautés démunies au Salvador. CUS unit ces forces avec celles de nombreuses communautés.
A date, CUS et sa campagne "Maisons pour la Population " (Viviendas para el Pueblo) a pu construire des toits permanents pour près de deux cents (200) familles. Le travail ardu a été complété durant de nombreuses heures de volontariat, mais le désir de la communauté salvadorienne des Etats-Unis à contribuer localement a l'amélioration du niveau de vie locale s'est révélé déterminant pour la résussite de ce projet.
CUS préconise la participation active de la Femme, et l'éducation dans les communautés démunies du Salvador.
Nous avons, cependant, décidé de le faire car nous voulions que les dons de nos compatriotes, de nos amis d'Amérique Latine et des États-Unis, ainsi que ceux de nos voisins de Washington, fussent-ils modestes ou généreux, servent à quelque chose d'utile, à quelque chose qui perdure. Nous avons préféré accorder la priorité aux maisons plutôt qu'à assurer une journée de subsistance.
Nous avons appris l'existence d'une société qui s'occupait de la vente de maisons préfabriquées pour les régions sinistrées. Un marché conclu avec cette société nous a permis de faire l'acquisition de 75 maisons que nous avons transportées au Salvador. Délégués et habitants des zones rurales du Salvador passèrent des journées sous le soleil et sous la pluie pour installer ces maisons.
Le travail de la Communauté Salvadorienne est exclusivement accompli par des bénévoles, mais les frais de voyage, ainsi que les frais d'essence et les repas sont complètement pris en charge lorsque nous travaillons. Nous continuons de travailler avec assiduité parce que nous avons promis de livrer 25 maisons pré-fabriquées à la plantation "Los Lorgartos", où les conditions de vie sont très difficiles. Ces maisons compléteront plus ou moins le projet " maisons pour la population ".
Nous avons continué à entretenir des relations avec les communautés dans lesquelles nous sommes engagées. Nous les visitons assez régulièrement, nous tenant au courant de leur situation. Nous les mettons en contact avec d'autres institutions pour nous assurer de la continuité de leurs progrès. Nous y exerçons une surveillance, afin de communiquer notre volonté de servir dans le but de progresser, parce que sans cette volonté, il se peut que l'argent n'aille pas là où il devrait aboutir.
Nous avons aussi mis en oeuvre des projets consacrés aux enfants. Nous leur apportons des appareils et des jouets pour qu'ils trouvent un peu de joie et de bonheur. C'est alors merveilleux d'observer leurs visages.
En tant que bénévoles, nous considérons que notre seule rémunération réside dans cette expression de joie et de bonheur qui se lit sur le visage des bénéficiaires, et nous y trouvons la force pour continuer à travailler avec les gens démunis.
La CS est une association qui a déjà travaillé pendant plusieurs années dans la discrétion pour nos communautés d'origine.
Moi, Blanca Cruz, je représente la communauté de Chiquirín. Cette communauté qui hier encore, n'était qu'un point sur la carte, un canton de La Unión, tout près du Golfe de Fonseca, est actuellement un point développé, j'en suis très fière.
En 1995, nous nous sommes mis à réfléchir à ce que nous pouvions faire pour nous aider nous-mêmes, et nous avons décidé de nous unir, de conjuguer nos forces, et de travailler au développement de Chiquirín. Cela n'a pas été très facile en raison de la méfiance des populations (il leur est difficile de faire confiance aux autres). Il faut commencer petit à petit pour pouvoir montrer le peu de choses qui a été réalisé.
Nous avons donc débuté, petit à petit, en organisant des tirages au sort et des fêtes, ainsi que diverses activités dans le but de collecter des fonds.
L'un des premiers projets que nous avons mis en oeuvre à Chiquirín a été l'installation de la première ligne téléphonique - pas une ligne directe, mais une connexion établie par antenne. Chaque fois que j'y retourne, je constate avec émerveillement tout ce qui peut être accompli, même quand on vient de commencer.
Nous avons ensuite entamé le projet de construction routière. Ne disposant pas assez d'argent, nous avons seulement nivelé la route, ce qui a rendu plus facile l'accès à Chiquirín. Nous avons aussi travaillé à restaurer des églises, et participé à la construction de terrains de jeu, où les enfants peuvent s'adonner aux sports, ce qui a permis d'améliorer leurs conditions de vie.
n travaillant seuls, nous, citoyens de Chiriquin nous ne pourrons pas beaucoup accomplir, mais en nous unissant pour travailler ensemble, nous obtiendrons de meilleurs résultats.
Nous avons conclu un marché avec le Fonds d'investissement social pour le développement local au Salvador (Fondo de Inversión Social para el Desarrollo Local en El Salvador). C'est la première fois que nous avons pu bénéficier de son soutien. Nous avons présenté trois projets, pensant que peut-être l'un d'entre eux serait approuvé.
L'un des projets consiste à équiper le centre scolaire de Chiriquín, très petit et vient d'inaugurer sa classe de sixième. Ensuite, il s'agira d'apprendre à nos enfants à quitter les petites communautés à un très jeune âge.
Un autre propose d'établir un centre communautaire, puisque le canton ne dispose pas d'un endroit où les gens peuvent se réunir pour des activités sociales et discuter de sujets d'intérêt communautaire. De plus, nous avons soumis un projet visant à l'amélioration de la route conduisant à l'école, dont l'accès est difficile en saison pluvieuse. Nous recevons du soutien pour ces trois projets, et nous nous réjouissons de pouvoir travailler non seulement avec le gouvernement local de La Unión, mais aussi avec le gouvernement central du Salvador. Cela nous ouvrira des portes. Nous sommes heureux du rapprochement avec les deux gouvernements, car il nous permettra d'entretenir avec eux de meilleures relations et de continuer à progresser, non seulement en ce qui concerne le développement communautaire, mais aussi en matière de création d'emplois et de réduction de l'émigration.
Les objectifs des CS consistent à apprendre à nos frères à penser par eux-mêmes, à travailler, à se nourrir, à envoyer leurs enfants à l'école, et donc à améliorer la qualité de leur vie, à la grande satisfaction de nous tous. C'est là un rêve qui prendra du temps à se réaliser, et il y a beaucoup à faire, mais je suis sûre que c'est possible.
René Antonio León RODRIGUEZ
"Les transferts d'argent ne constituent pas la solution aux problèmes de développement, mais ils offrent les moyens de concevoir les politiques propres à promouvoir le développement."
Je me propose de vous entretenir sur l'importance des transferts d'argent au Salvador. Auparavant, j'établirai en quelque sorte un parallèle entre Haïti et le Salvador. En ce qui concerne leurs communautés d'expatriés, Haïti et le Salvador ont de nombreux points communs.
Avec une superficie de 21.000 kilomètres2 , le Salvador est à peu près de la même dimension que l'État du Massachusetts et nos 6,1 millions d'habitants représentent une densité d'environ 300 personnes par km2 La densité démographique est à peu près la même en Haïti, qui mesure environ 27.000 kilomètres2 pour 8 millions d'habitants. Près de 25 % des Salvadoriens résident aux États-Unis et dans d'autres pays étrangers. Le nombre de Salvadoriens résidant aux États-Unis s'élève, au bas mot, à 2.000.000 millions, avec les plus fortes concentrations à Los Angeles, à Washington D.C., dans le Maryland, en Virginie, à New York et à Houston. De même qu'Haïti, nous avons 250.000 de nos ressortissants au Canada, à Ottawa, à Toronto et à Montréal. Le nombre d'Haïtiens vivant en République Dominicaine se situerait entre 300.000 et 800.000. Beaucoup de Salvadoriens se sont également installés dans les Caraïbes, dont plus de 45.000 au Bélize, où ils constituent plus de 10 % de la population et travaillent majoritairement dans l'agriculture. Paris accueille 45.000 de vos compatriotes, tandis que 45.000 des nôtres constituent une très importante présence à Milan, en Italie. Des Haïtiens se sont aussi installés dans d'autres parties du monde, alors qu'à Brisbane, en Australie, nous revendiquons 50.000 Salvadoriens.
René Antonio Leon RODRIGUEZ
L'ambassadeur Rodriguez a entre-pris une carrière professionnelle dans les secteurs académique, privé et gouvernemental. Professeur, il a enseigné l'Economie à l'Université de l'Amérique Centrale (Central American University - UCA) et à l'Université Dr. José Matias Delgado, et la Gestion au niveau de la maîtrise (Business Administration) à UCA.
De 1989 à 1991, il a occupé le poste de Gestionnaire Technique à la Chambre de Commerce et d'Industrie du Salvador. Au cours de cette même période, il a aussi travaillé comme Consultant à l'Association Nationale pour l'Entreprise Privée (National Association for Private Enterprise, ANEP) et à l'Association des Exportateurs et des Usines de Café du Salvador (ABECAFE).
Il rejoint le Ministère de l'Economie en 1992 au poste de Directeur des Négociations pour les Echanges Internationaux et l'Intégration Economique. Il fut responsable des échanges commerciaux et négociations économiques multilatérales au GATT.
En 1994, il devient Vice-Ministre de l'Economie, responsable des politiques d'échanges commerciaux, des négociations commerciales internationales et de la promotion de l'investissement au Salvador. Il a représenté le Salvador dans diverses négociations ministérielles et rencontres dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Il a également dirigé le groupe de travail sur l'accès au marché pour la ZLEA.
Depuis 1997 il est Ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis. Sous sa direction il y eut la ratification du pro-jet de loi sur "l'Association Commerciale Etats-Unis-Bassin des Caraïbes" (U.S.-Caribbean Basin Trade Association Law) ; cette législation améliore les avantages commerciaux accordés aux produits du Salvador exportés aux Etats-Unis sous l'Initiative du Bassin des Caraïbes (Caribbean Basin Initiative -CBI).
Les diasporas haïtienne et salvadorienne se ressemblent non seulement par la taille, mais aussi par la diversité de leurs pays d'accueil et l'apport de leurs membres au développement social et économique de leurs pays d'origine.
Il existe, pourtant, certains traits dont je ne suis pas vraiment fier. Il s'agit du niveau de vie de la population et des données statistiques. Au cours de l'année 2001, nous avons réduit le taux de pauvreté au Salvador de 42 à 17 % de la population totale. Toutefois, deux séismes dévastateurs ont frappé les zones les plus reculées du pays, mettant à mal les progrès jusqu'alors réalisés. Environ 25 % des Salvadoriens vivent encore dans une pauvreté extrême. Après Haïti, le Salvador est, de toute la planète, le pays le plus affecté par la déforestation. Certains des traits communs à Haïti et au Salvador ne sont donc pas des plus réjouissants.
Les Salvadoriens qui vivent à l'étranger, et particulièrement ceux qui résident aux États-Unis, sont le moteur de l'économie et du développement de notre pays. Ils envoient à leurs familles restées au Salvador près 2 milliards de dollars en transferts d'argent chaque année. Au cours des cinq premiers mois de 2002, les transferts d'argent ont progressé d'environ 7%, pour atteindre 800 millions de dollars, ce qui permet de prédire qu'ils dépasseront 2 milliards de dollars d'ici la fin de l'année. La raison en est que les Salvadoriens restent très attachés à leur pays et, de plus, jouissent d'une relation privilégiée avec les États-Unis en ce qui concerne l'immigration.
L'an dernier, le Salvador a subi deux séismes qui ont détruit plus de 225.000 maisons, ou plus de 25 % de la totalité de nos lieux d'habitation, ainsi que 72 hôpitaux, dispensaires et centres de santé, et plus de 1.500 écoles. De plus, le cours du café, principale denrée du pays, a chuté jusqu'à 46 $ le sac de 1,25 kilogramme, le plus bas de son histoire sur le marché international. Nous avons aussi assisté à une flambée des prix de l'essence, suite aux événements tragiques du 11 septembre qui ralentirent l'économie de notre principal partenaire commercial, les États-Unis, et à une baisse de la demande mondiale pour nos produits. Malgré tout, les transferts d'argent aux familles augmentèrent en 2001 de 1.7 à
1.9 milliard de dollars et l'économie salvadorienne connut une croissance de plus de 2%. Comment expliquer cela ?
En fait, les tremblements de terre ont occasionné une accélération des transferts d'argent. Au 13 février 2001, l'administration Bush avait adopté une Clause de protection provisoire (appelée "Temporary Protection Status " ou le TPS) s'étendant à tous les Salvadoriens vivant aux États-Unis. Le "TPS" peut changer de façon très sensible les conditions de vie de ses bénéficiaires car il permet aux Salvadoriens de postuler en toute légalité pour les emplois les mieux payés, offrant des avantages sociaux et des prestations, auxquels n'ont pas accès les étrangers sans papiers. Une personne qui bénéficie du "TPS" peut travailler n'importe où aux États-Unis. Si j'habite à New York et qu'il m'arrive de perdre mon emploi, le "TPS" me permet d'en chercher un autre à plus de 400 kilomètres, à Washington D.C. Faute de me faire embaucher dans cette ville, je peux aller en Caroline du Nord où, bien sûr, le "TPS" sera encore valable. Si je travaillais dans le secteur tertiaire, le plus éprouvé par les attentats terroristes, cela me permettrait de chercher du travail dans l'industrie du bâtiment.
Les transferts d'argent vers le Salvador ont progressé de plus de 200 millions de dollars grâce à la générosité de l'administration Bush, qui a octroyé le "TPS" aux Salvadoriens pour aider à la reconstruction de leur pays, suite aux dommages infligés en un mois par les deux séismes survenus à bref intervalle au début de 2001. L'un de nos objectifs prioritaires, aux États-Unis, est le renouvellement de la Clause de protection provisoire (TPS) le 9 septembre prochain. Le président Bush devrait annoncer sa décision vers le 10 juillet par l'intermédiaire de son ministre de la Justice et nous espérons qu'il voudra bien pro-longer le "TPS" d'au moins une année.
Il existe une corrélation marquée entre le nombre de nos immigrés aux États-Unis et le volume des transferts d'argent. C'est la raison pour laquelle je milite auprès du Congrès et du gouvernement américains en faveur d'une augmentation de l'assistance aux Salvadoriens. C'est sans doute le plus important aspect de ma mission à Washington D.C.
En outre, la Loi sur la régularisation et l'assistance aux immigrants du Nicaragua et de l'Amérique centrale (Nicaraguan Adjustment and Central American Relief Act, ou NAJACARO) rend éligibles les immigrants de cette catégorie, entrés aux Etats-Unis avant 1990, à un titre de séjour permanent s'ils remplissent certaines conditions. J'ai reçu l'ordre de notre président d'essayer d'obtenir que l'année soit changée de 1990 à 1995, pour que les immigrants salvadoriens qui bénéficient actuellement du "TPS" puissent être aussi régularisés. C'est là une mesure très importante pour la stabilité du Salvador. L'afflux des transferts a produit un énorme effet dans les domaines économique et social, au point que la diaspora aux États-Unis constitue l'un des principaux acteurs du développement pour le Salvador.
Il me serait difficile de croire qu'un pays dont 25 % de la population résident aux États-Unis puisse ne pas cultiver de bonnes relations avec le gouvernement et le Congrès américains. Notre président entretient d'excellents rapports personnels avec le président Bush. Au cours des 18 derniers mois, les présidents Bush et Flores se sont rencontrés en plus de cinq fois, et la dernière occasion fut le dîner officiel offert par le chef d'État américain, il y a deux semaines, à des dignitaires venus assister à la convention de l'Union Internationale de Télécommunication (International Telecommunications Union) à Washington D.C. Le 24 mars, le président Bush visitait le Salvador. Il appelle le président Flores par son sur-nom de Paco et l'a personnellement invité à des forums, dont la dernière réunion des G8 à Gênes, en Italie. C'est très important, car pour servir les intérêts d'une diaspora dans le pays d'accueil, il n'y a pas un meilleur moyen que de devenir un allié et ami du gouvernement de ce pays-là. Notre président visitera bientôt le Canada, dont il a déjà rencontré le Premier ministre, de même que celui d'Australie. Il fait le tour du monde pour rencontrer les autorités de tous les pays où résident des Salvadoriens, et c'est là un élément clé pour la réussite de nos ressortissants à l'étranger.
Pour ce qui est de l'impact des transferts d'argent au Salvador, nous trouvons une autre similitude encore avec le cas d'Haïti. Je ne peux pas insister suffisamment sur le fait qu'un apport de 2 milliards de dollars à l'économie du Salvador, avec leurs 100% de valeur ajoutée, équivaut au quintuple du chiffre d'exportation des ateliers d'assemblage vers les États-Unis, à près de 40 % du P.I.B. du Salvador, à 65 % de son chiffre total d'exportation, ou encore à près de 70 % des recettes totales du café. C'est ce montant-là qu'expédient à leur pays les Salvadoriens résidant aux États-Unis, après avoir satisfait leurs besoins de base en logement, nourriture et éducation. Afin de préparer leurs chèques mensuels, les Salvadoriens doivent parfois travailler jusqu'à 18 heures par jour. Certains d'entre eux ont trois emplois et trouvent à peine le temps de dormir.
Leur présence se fait sentir sur les plans économique et social. Bien qu'ils ne bénéficient pas de l'assistance sociale, ils s'adressent aux services sociaux dans les domaines de la santé et de l'éducation. Je peux vous affirmer qu'à Washington D.C. les Salvadoriens constituent 65% de la clientèle des Organisations non Gouvernementales (ONG) engagées dans les services de santé. Les conséquences des transferts d'argent sur les conditions de vie de la diaspora n'ont pas été étudiées. Les organisations salvadoriennes engagées dans les projets sociaux et économiques au Salvador ne devraient pas oublier qu'il existe, parmi les Salvadoriens résidant aux États-Unis, des personnes qui sont dans le besoin.
Au Salvador, les transferts d'argent nous ont permis de jouir d'un certain luxe économique. C'est grâce à ces transferts que nous pouvons importer plus que nous n'exportons et que notre gouvernement peut dépenser au-delà de ses recettes. Ils nous offrent la posssibilité d'investir plus que nous n'épargnons. Ils nous ont permis de " dollariser " l'économie du Salvador. Trente jours avant le séisme du 1er janvier 2001, l'économie salvadorienne était complètement " dollarisée ". Le colón était officiellement resté la monnaie légale, mais le dollar l'était aussi, de fait. On peut dire qu'actuellement, la monnaie salvadorienne a disparu de la circulation à 75 % et j'espère que ce sera pour toujours. Au beau milieu de l'une des années les plus difficiles pour l'économie du Salvador, la " dollarisation " a entraîné le taux d'intérêt le plus bas de l'Amérique Latine et un taux d'inflation qui était l'un des plus faibles. Le système financier du Salvador a renversé son cours grâce à la " dollarisation ". Nous sommes maintenant ceux qui reçoivent des capitaux. Cela nous a permis de connaître une stabilité macro-économique à long terme dans notre pays. Comment le Salvador a-t-il pu " dollariser " son économie ? Grâce aux transferts d'argent.
Ces transferts ont aussi permis au gouvernement d'appliquer des politiques d'économie de marché qui auraient, autrement, été plus difficiles à mettre en œuvre à cause de leurs conséquences sociales. Au beau milieu de la guerre, de même qu'au cours des années 90, par exemple, le Salvador a privatisé le secteur de la télécommunication. Plutôt qu'un monopole d'État, nous avons 25 opérateurs. Alors que l'État exerçait autrefois un monopole sur le téléphone portable, nous avons actuellement quatre entreprises dans ce secteur. Une communication téléphonique entre le Salvador et New York coûte moins cher qu'un appel de New York à Los Angeles. Le marché a connu un prodigieux essor. La durée totale des liaisons téléphoniques entre le Salvador et le reste du monde a grimpé à un milliard de minutes par an. Voilà pourquoi de nombreuses entreprises souhaitent faire des affaires avec le Salvador. Un appel passé, en fin de semaine, d'un portable à un autre coûte autant au Salvador qu'à Los Angeles : 0,09 $ la minute. Grâce à la concurrence, les prix baissent parfois jusqu'à 0,02 $ la minute. Quel est le délai d'attente pour obtenir une liaison téléphonique au Salvador ? Aucun. Vous pouvez acheter un téléphone portable à une station-service. Suite à la privatisation, le nombre de téléphones fixes a augmenté de
250.000 à plus de 1.2 million.
Le Salvador est en train de devenir la plaque tournante de la télécommunication en Amérique Centrale. Ceci s'explique tant par la volonté politique d'effectuer les réformes, que par les transferts d'argent qui créent les conditions propices à la mise en œuvre des réformes en amortissant l'incidence sociale de ces dernières. Le Salvador a réformé, par exemple, le secteur de l'électricité en privatisant la distribution, maintenant assurée par quatre sociétés américaines. Nous avons privatisé les régimes individuels de retraite, et le résultat en a été un immense marché financier. Des sociétés salvadoriennes sollicitent actuellement l'autorisation d'investir à l'étranger, parce qu'elles disposent de tant de liquidités qu'elles peuvent acquérir des titres ou des actifs financiers d'entreprises qui en vendent sur les places boursières internationales. Le Salvador a atteint, grâce à toutes ses réformes, une côte élevée de solvabilité. C'est le seul pays de la région à en bénéficier, hormis le Chili et le Mexique. Je dirais que les transferts d'argent aux familles ont contribué à tout cela.
Je n'irai pas jusqu'à prétendre que c'est le meilleur des mondes, car je reconnais qu'il existe beaucoup de problèmes. Mais si le Salvador occupe aujourd'hui son rang mondial de 13ème pays à économie libre, c'est parce que les transferts d'argent nous ont procuré cet espace de " respiration " et de maturation qui nous a permis de réaliser un prodigieux bon en avant dans notre niveau de développement national. Les transferts d'argent ne constituent pas la solution aux problèmes de développement, mais ils offrent les moyens de concevoir les politiques propres à promouvoir le développement. Si l'on se croise les bras en attendant que les transferts d'argent apportent une solution à ses problèmes, l'on se prépare à une déception. Il a été porté à ma connaissance que l'économie haïtienne bénéficie d'un apport de 800 millions de dollars, mais je dirai franchement que je ne vois pas où va cet argent. Si vous visitez Chiquidín, Dibucá et tous les autres villages de l'est du Salvador, vous verrez les résultats des transferts d'argent dans l'amélioration des routes, des écoles, de l'infrastructure, des maisons et du niveau de vie.
Il est très important de mettre en place des mécanismes financiers pour maximiser les transferts d'argent. J'ai failli verser des larmes en entendant les propos du représentant de l'une des entreprises, qui disait que c'est un travail difficile réclamant beaucoup de capitaux, que les marchés sont maigres et qu'il est nécessaire d'avoir un chéquier bien approvisionné. La vérité est que la marge de bénéfice par transaction est très faible ; cependant, le nombre de transactions est si élevé que vous réalisez des millions. Je pense, de plus, qu'il est très important d'encourager la concurrence. Pourquoi pensez-vous que les banques salvadoriennes ont une forte présence aux États-Unis ? La ville de Washington D.C. compte à elle seule jusqu'à présent cinq banques salvadoriennes mais elles seront dix d'ici la fin de l'année. Savez-vous combien de banques salvadoriennes ont ouvert leurs portes à Los Angeles ? Quatre, et elles seront dix d'ici la fin de l'année.
Nous ne faisons pas payer de taxes ni de surcharges pour les transferts d'argent. Nous sommes complètement " dollarisés ", donc le taux de change ne nous intéresse pas, et il n'y a pas de commission liée au taux de change. En théorie, vous avez 2 milliards de dollars, mais l'effet multiplicateur sur l'économie rend ce montant encore plus important. Le concurrent à contrôler 29 % des 2 milliards dollars transférés au Salvador est la Western Union. Et nous nous en réjouissons parce que la concurrence fait baisser les prix. J'effectue personnellement des transferts d'argent vers le Salvador. Je payais autrefois 65 $ pour les transferts dépassant $1.000. Actuellement, si j'utilise les services de Comercio of El Salvador, Banco Agrícola of El Salvador ou Banco Salvadoreño of El Salvador, je paie 8 $, et les prix continuent de baisser rapidement. Le temps arrivera où l'important ne sera pas les frais imposés par transaction, mais la valeur ajoutée des services à la clientèle. Dans un système financier complètement libéralisé, l'entreprise qui offrira des services à valeur ajoutée est celle qui contrôlera le marché .
Nous savons que le vote des Salvadoriens vivant aux États-Unis est recherché par les politiciens. L'un des partis politiques du Salvador a établi un organisme de liaison avec les communautés salvadoriennes aux États-Unis, en prévision des élections de 2006 ou de 2009 au Salvador. Il existe deux ou trois des partis politiques à vouloir faire participer les émigrés salvadoriens au processus électoral au Salvador. Les politiciens américains considèrent les Salvadoriens vivant aux États-Unis comme une composante majeure du vote latino-américain. Nous voulons nous assurer que tout Salvadorien qui remplit les conditions nécessaires devienne un citoyen des États-Unis et s'inscrive comme électeur ; que tout Salvadorien inscrit comme électeur adhère à un comité d'action politique dans sa localité ; et que tout Salvadorien membre d'un comité d'action politique aspire à se faire élire au niveau local, au niveau de son État ou niveau fédéral. C'est par ce seul moyen que nous pourrons nous établir, d'ici à l'an 2030, comme la diaspora juive l'a fait aux États-Unis. Il n'existe aucun autre moyen.
La diaspora salvadorienne constitue le plus vaste marché pour les entreprises salvadoriennes fonctionnant au Salvador. Celles qui se sont confinées au marché intérieur du Salvador sont en faillite, alors que celles qui ont su occuper un créneau dans la communauté salvadorienne établie aux États-Unis sont en train de prospérer. La clientèle nostalgique salvadorienne aux États-Unis grandit rapidement parce que, entre autres raisons, les Salvadoriens disposant du plus fort pouvoir d'achat sont ceux qui vivent aux États-Unis. Notre formule est " de Sánchez à Sánchez à Smith. " Nous voulons que, du Salvador, un Sánchez exporte à un Sánchez vivant aux États-Unis, et que celui-ci accède à la clientèle anglo-saxonne, et ainsi à Smith. Il y a des entreprises qui réalisent de bonnes affaires en utilisant cette formule. La Constancia produit une bière appelée Pilsen. À mon grand étonnement, Pilsen occupe actuellement la deuxième place parmi les bières importées aux États-Unis - non parce que les deux millions de Salvadoriens ont un trop fort penchant pour la bouteille, mais à cause de " Sánchez à Sánchez à Smith ". Les plus importants clients de Pilsen aux États-Unis sont les casinos de Las Vegas.
L'importance économique de la diaspora, dans le sens inverse des transferts d'argent vers le pays d'origine, réside dans sa valeur en tant que marché. Les iguanes y compris la soupe d'iguane en conserve, sont le produit non traditionnel le plus important que nous exportons vers les États-Unis. Au Salvador, nous mangeons notre fleur nationale. Nous consommons un type d'iguanes, en raison de leurs propriétés spéciales;ils coûtent $35 l'unité. La communauté salvadorienne aux États-Unis représente un marché de plusieurs millions de dollars pour les entreprises salvadoriennes. Le président Bush a pris l'engagement, par l'organe du Congrès américain et des membres de son administration, que le Salvador et les autres pays d'Amérique Centrale sont ceux avec qui les États-Unis entameront des négociations en vue d'un accord de libre échange, après les négociations avec le Chili et Singapour. Puisque les États-Unis sont notre principal partenaire économique, nous souhaitons bénéficier des mêmes privilèges que le Mexique. Cela comptera beau-coup pour la croissance et les emplois au Salvador, en permettant aux Salvadoriens de rester dans leur pays plutôt que de s'expatrier à la recherche d'un meilleur avenir.
La diaspora salvadorienne compte plus de 300 organisations aux Etats-Unis ; toutes sortes d'organisations ; à vocation politique, humanitaire ou autre. Il y a une nécessité de créer une ambition commune parmi toutes ces entités pour qu'elles se structurent afin que cette diaspora devienne un groupe solide avec la même influence politique et économique que la communauté juive. Ceci est notre vision au niveau du gouvernement actuel.
Lorsque cette vision s'accomplira, l'intérêt de notre diaspora sera prise en considération par le congrès et par le gouvernement américains.
Il y a donc derrière cette vision, un grand plan de travail pour faire de la diaspora salvadorienne l'une des plus importantes et des plus influentes communautés d'immigrants aux Etats-Unis.
Je vous remercie
Les associations de la FARHE ont un but commun : contribuer au développement de la région d'origine des émigrés qui adhèrent à ces associations.
Pour faire connaître les différentes régions et aider les associations à se faire connaître à d'autres intéressés, la FARHE a conçu à Brooklyn, une émission sur les ondes de Radio Soleil d'Haïti, où un forum est offert à chaque groupe pour la présentation de sa région particulière : position géographique, environnement, produits, et engagement du groupe en question. Grâce aux activités de la FARHE, sept communautés se trouvant en Haïti ont bénéficié d'un don 20.000 livres de PYB, Inc., une organisation canadienne de Montréal. La FARHE poursuit son travail avec ses membres, afin d'assurer le succès de leurs démarches.
Les associations comprennent notamment des groupes de personnes originaires des mêmes villes, unies par la volonté de promouvoir le développement de leur région. Elles puisent leur détermination dans leur sensibilité aux besoins des régions, pour y avoir vécu, dans leur connaissance de la population, et dans leur capacité à inspirer confiance et un sens du devoir envers ceux qui sont restés au pays. Rien n'est plus puissant que le sens de ses obligations. Les membres sont tout à fait passionnés de leur travail et peuvent communiquer leur enthousiasme à d'autres, au service de la même cause.
Ce serait, cependant, de ma part, une grave omission, si je manquais de dire que les actions individuelles sont aussi motivées par un certain intérêt personnel. Les gens veulent s'assurer de trouver le même confort auquel ils se sont habitués dans le pays d'accueil, une fois de retour au pays d'origine pour la retraite.
Bien que louables, les bonnes intentions ne peuvent, à elles seules, garantir le succès. Une association régionale a besoin de structure pour fonctionner. Le but de la FARHE est de travailler avec ses membres à établir un tel système. La structure une fois mise en place, il faudra penser à la suite.
Nous opérons depuis les États-Unis. À défaut d'un mode d'opération bien défini pouvant être appliqué par les associations dans leurs régions d'origine, nous continuerons à rencontrer un sentiment de frustration chez nos membres, l'inefficacité dans la fourniture des services et, dans le cas de certaines associations, l'abandon total des activités.
Je voudrais souligner que nos membres sont tous des bénévoles. Ils disposent d'un riche savoir-faire professionnel, administratif et technique, et sont toujours prêts à se mettre au service d'un objectif commun. Ceux qui adhèrent aux associations régionales sont des travailleurs assidus, consciencieux et fiables, qui trouvent de la satisfaction à mettre leurs connaissances au service des autres.
Les associations régionales veulent offrir leur soutien sans faire la charité. Leur but est de créer l'autosuffisance, et non la dépendance. Elles veulent participer à la solution. Elles prônent l'éducation pour promouvoir le changement. Elles s'engagent dans des activités à but éducatif, telles que la construction d'écoles et de bibliothèques dans les zones rurales, les bourses d'études et les parrainages, le versement de salaires aux enseignants, et la distribution de fournitures et de matériel scolaires. Certaines veillent à ce que les élèves reçoivent au moins un repas par jour ; d'autres envisagent la création d'écoles techniques et professionnelles. Nous savons qu'il faut une population active bien formée, en vue de garantir la durabilité du développement, mais il nous faut aussi des gens en bonne santé pour le maintien de cette population active.
Les associations régionales s'investissent dans la construction d' hôpitaux et de dispensaires et, dans certaines zones éloignées, dans la formation de sages-femmes et du personnel d'assistance médicale. Elles ouvrent des pharmacies communautaires. Dans le domaine sanitaire et celui de l'environnement, elles entreprennent, au niveau municipal, des opérations de nettoyage et de construction de clôtures autour de cimetières. Elles réparent des églises, balisent les rues et érigent des écriteaux d'identification pour les projets, ce qui, produit un effet d'importance sur le moral des habitants de ces localités, qui peuvent ainsi identifier leur lieu de résidence. Nos membres sont capables de fournir de tels services parce qu'ils sont décidés à aider leur patelin. Les fonds qu'ils utilisent pour soutenir ces projets proviennent des activités sociales qu'ils organisent. Ils ne reçoivent d'argent d'aucune autre source. Ils identifient les besoins et ils travaillent lentement, mais sûrement, à changer les choses.
Pour conclure, je voudrais vous citer ces paroles d'Henry Ford : " Réunir un groupe de personnes, c'est un début ; les garder ensemble, c'est déjà du progrès ; travailler ensemble, c'est un succès. ". Si ces paroles sont vraies, la FARHE est certainement sur la voie du succès.
Merci.
Romer BOUCICAULT
" Une implication de la diaspora dans des projets de développement local, si elle est bien dirigée, peut contribuer à améliorer les conditions de vie des couches défavorisées du pays et à les rendre moins dépendantes pour la satisfaction de leurs besoins."
Mon exposé sera une présentation de la Fondation des Institutions pour le Développement et l'Education Civique à partir de la Base (FIDEB). Je ferai état de son expérience et je mentionnerai des activités qu'elle a réalisées pour conclure sur le rôle des organisations de la Diaspora dans la canalisation des ressources humaines et financières.
La Fondation des Institutions pour le Développement et l'Education civique à partir de la Base (FIDEB) est une fondation créée en 1997 avec la participation des secteurs suivants:
En terme d'importance, les organisations paysannes représentent le groupe dominant. Elles sont suivies par le secteur public au niveau local, Mairies et Casecs. Le secteur privé est le plus faiblement représenté au niveau de la Fondation.
Cette fondation est gérée et administrée par un conseil d'administration de 9 membres.
On y trouve :
Romer BOUCICAULT
Né à Belladère, Romer Boucicault est actuellement Coordonnateur de l'Organisation des Paysans de cette zone et Agent Agricole du Ministère de l'Agriculture. Il a fait des études supérieures à l'Institut Diocésain pour l'Education des Adultes (IDEA) où il a reçu une formation de Technicien Agricole et Animateur en Développement. Il est également diplômé du Centre d'Appui et de Formation (CAF) comme Technicien en production de poulets de chair. Il a également une formation en gestion de Petites Entreprises.
Au cours de sa carrière professionnelle, M. Boucicault a été Responsable de la formation de groupes de jeunes et Responsable de supervision de projets dans le Comité Haïtien de Développement (CHADEV).
-2 Délégués et 2 Conseillers.
Elle compte également 3 commissions qui renforcent la structure administrative et la secondent dans la gestion des activités de cette Institution. Il s'agit de :
De plus, un Conseil technique de 5 membres aide l'Institution dans la planification de ses activités.
Il n'est pas facile de mobiliser les ressources des secteurs publics et privés pour la réalisation de projets répondant réellement aux besoins des diverses communautés à l'intérieur du pays, en raison de la crise politique, économique et sociale qui sévit depuis 1986. Aussi, le secteur public n'arrive pas à fonctionner dans des conditions normales et le secteur privé fait face à des contraintes économiques et sociales qui affectent ses activités économiques. En dépit de cela, cette fondation est quand même parvenue à créer un fonds propre.
Ce fonds et une subvention de la Fondation Inter-Américaine (IAF) de 143 mille dollars US, ont permis la première phase d'exécution des différentes activités.
La FIDEB compte à son actif, les activités suivantes :
A ces formations ont participé certains maires et membres casecs, des membres du secteur privé au niveau local et des organisations paysannes.
Cette expérience nous montre qu'au niveau de la collaboration intersectorielle, le secteur public local est plus flexible. La participation du secteur privé a été relativement faible malgré sa volonté de prendre des engagements. Ceci est dû à des contraintes et au fait qu'il n'a pas vu clairement son intérêt.
Le système de financement de petits projets mis en place par la FIDEB est basé sur le principe suivant : le 1/3 du montant du projet est financé par la Fondation et les 2/3 restants, par les secteurs privé ou public et les organisations bénéficiaires.
Les organisations qui identifient leurs projets et qui ont eu l'engagement des autres secteurs présentent leurs demandes. Pour ce faire, des formulaires de demande leur sont fournis par le bureau de FIDEB.
De cette manière, la FIDEB a participé de 1999 à 2000 à la réalisation de 85 projets. Le financement consenti par l'institution s'est élevé à 78.000 dollars. Les valeurs mobilisées par les autres secteurs ont atteint 223.400 dollars. Les projets financés ont été réalisés dans les départements géographiques suivants: l'Ouest, le Sud- Est, le Centre, l'Artibonite, la Grande- Anse, le Nord-Ouest et le Nord :
La nature des projets financés est présentée dans le tableau suivant:
| Nature des projets | Nombre |
| Agriculture | 38 |
| Socio-culturel | 29 |
| Autres projets à caractère économique | 7 |
| Santé | 8 |
| Artisanat | 3 |
| Total | 85 |
La FIDEB a acquis l'expérience dans la gestion de micro- projets de développement avec la participation des secteurs publics et privés. L'institution supervise la conception et la mise en exécution de ces projets au niveau national et dispose de ressources humaines adéquates.
Une implication de la diaspora dans des projets de développement local, si elle est bien dirigée, peut contribuer à améliorer les conditions de vie des couches défavorisées du pays et à les rendre moins dépendantes pour la satisfaction de leurs besoins.
Il est possible de qualifier l'impact de la canalisation des ressources de la diaspora, dans le sens du développement des diverses régions du pays de positif.
Cet impact le sera à tous les niveaux. Aussi, convient-il de relater:
Dina PAUL PARKS
" Nos compatriotes de la diaspora envoient annuellement plus de 800 millions de dollars au pays. Cela représente plus que l'argent actuellement demandé par Haïti aux bailleurs de fonds internationaux. Ce qui compte le plus, c'est qu'il s'agit d'une source financière stable qui soutient le pays à travers les années, qu'il pleuve, qu'il vente et quelle que soit la situation politique. "
C'est pour moi un honneur et un privilège de participer à cette conférence au nom de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR). C'est avec joie que je rentre au pays natal. J'ai pris naissance à Fermathe. J'ai ensuite émigré aux États-Unis dès l'âge de sept ans. Je remercie à la fois le CLED et la Fondation Inter-Américaine de m'avoir donné l'occasion de prendre part à ces deux journées de discussions que je souhaite voir déboucher sur des actes concrets.
Je commencerai d'abord par présenter un bref historique de la NCHR et ensuite faire ressortir pourquoi, selon moi, elle a sa place à cette conférence.
Depuis vingt ans, la NCHR se tient à l'avant-garde de la défense des droits de la personne humaine et de la démocratie en Haïti, en même temps qu'elle lutte pour l'application de principes justes et équitables dans le traitement des réfugiés et immigrés haïtiens aux États-Unis.
Fondée en 1982 afin de répondre aux besoins de personnes qui fuyaient par vagues le régime des Duvalier pour chercher refuge aux Etats-Unis, la NHCR a mis sur pied des activités s'inscrivant dans les démarches entreprises par nous en vue de l'organisation du soutien international à la lutte pour les droits de la personne en Haïti, en passant par
Dina PAUL PARKS
Dina Paul Parks est Directrice Exécutive de la Coalition Nationale des Droits des Haïtiens (NCHR). A NCHR depuis 2000, elle a travaillé comme Associée en Politique, collaborant sur le développement d'analyses de politiques et de recommandations sur l'immigration, les droits humains et le développement communautaire Haïtiano-Américain. Elle a cultivé des relations avec des leaders de partout aux Etats Unis, afin de développer un réseau unifié capable d'actions concrètes et effectives sur des points d'importance pour la communauté Haïtienne vivant à l'étranger.
Avant de se dédier à NCHR, Mme Paul Parks était à la Fondation Ms. Pour les Femmes, en tant qu'Officier des Relations Fondation-Entreprises, gérant les relations entre la Fondation et les bailleurs de fonds institutionnels et l'administration des allocations de gestion. Mme Paul Parks a été directement responsable d'une levée de fonds de plus de US$ 10 millions pour l'œuvre de la Fondation sur la santé des femmes et jeunes filles, la sécurité et le développement économique.
Elle a également travaillé dans la résolution de problèmes de gestion et d'organisation institutionnelle au sein du Groupe Assistance Gestion, une boîte de conseil à but non-lucratif basée à Washington, spécialisée dans l'assistance à des organisations progressistes et à investissement social.
Membre de la Coalition de la ville de New York contre la faim et membre fondateur d'une organisation de tutelle nommée The League, ayant pour but de combiner développement et efforts d'activisme social pour les huit organisations Africano-Américaines du Ivy League, Mme Parks est également Directrice de l'Association Africano-Américaine des Anciens de Harvard (AAAHA). Elle est diplômée des Universités de Harvard et de Rad-cliffe. Elle est l'épouse de Kirk A. Parks et a une fille de quinze mois nommée Noelle.
la résistance aux politiques d'interdiction des États-Unis et la formation d'observateurs des droits de la personne au service de l'O.N.U. Ces activités sont les suivantes :
Par l'évaluation régulière de notre travail pour en déterminer l'efficacité, cette coalition a également pu répondre à des besoins urgents se manifestant dans un milieu en constante évolution. À mesure que la communauté croissait en nombre et en maturité aux États-Unis, la NCHR s'est impliquée de plus en plus dans des activités communautaires ciblant les immigrés haïtiens. En 1995, nous lancions le Community Action Program (CAP) (Programme d'action communautaire), qui comprenait plusieurs activités visant à faciliter la sortie de l'ombre de la communauté haïtienne et sa pleine intégration dans la société américaine.
Ce double rôle a pourtant apporté son cortège de défis. Nous restons profondément engagés et continuons de travailler avec le bureau de la NCHR à Port-au-Prince dans le combat pour l'application de la loi, le respect des droits de la personne, et l'établissement d'institutions démocratiques fortes en Haïti. Il n'en demeure pas moins vrai que nous restons toutefois convaincus que l'un des apports les plus importants au succès d'Haïti, à long terme, et à sa pleine accession à la démocratie devra provenir d'une diaspora forte et dynamique, capable d'actions décisives, stratégiques et intégrées, au profit de ceux qui travaillent sur le terrain, en Haïti, et en collaboration avec eux. La NCHR s'intéresse beaucoup à faciliter également ce processus.
Pour démontrer notre engagement en ce sens, nous avons organisé, en avril, une conférence nationale haïtiano-américaine à Miami à laquelle plus de 175 personnes assistèrent. Cette conférence qui a été qualifiée d'historique, et intitulée " Developing a National Haïtian-American Agenda: Moving Forward Together " (Pour établir un agenda haïtianoaméricain : Tous ensemble, en avant) avait pour but d'entamer l'élaboration d'un plan d'action stratégique au service de la communauté haïtiano-américaine. Sans surprise, l'une des séances qui a généré le plus d'enthousiasme fut celle qui traitait du rôle de la Diaspora en Haiti " Haïti and the role of the Diaspora " (Haïti et le rôle de la diaspora). Le sujet semble être d'actualité.
Nul ne peut prétendre ne pas comprendre l'importance du rôle de la diaspora dans la survie d'Haïti par les temps actuels, ainsi que dans son succès à l'avenir. Nos compatriotes de la diaspora envoient annuellement plus de 800 millions de dollars au pays. Cela représente plus que l'argent actuellement demandé par Haïti aux bailleurs de fonds internationaux. Ce qui compte le plus, c'est qu'il s'agit d'une source financière stable qui soutient le pays à travers les années, qu'il pleuve, qu'il vente et quelle que soit la situation politique. Il est peut-être encore plus important de souligner que plus cette communauté haïtienne reste en terre étrangère, et mieux elle arrive à s'y établir, plus ce montant, qui atteint déjà près d'un milliard de dollars, tend à une progression géométrique.
En plus des transferts monétaires individuels aux amis et membres de la famille, la diaspora dispose aussi de mécanismes structurels pour l'investissement en Haïti à travers les associations régionales. Il existe également un certain nombre de projets de développement soutenus par la diaspora, qui fonctionnent merveilleusement en Haïti. Deux d'entre eux, Lambi Fund et Fonkoze, ont obtenu des résultats dans la satisfaction de besoins de développement de base, tels que l'agriculture et les services financiers. Lambi Fund soutient des activités agricoles à travers le pays en fournissant du matériel, des ressources et de l'assistance technique dans plusieurs cas où les moyens de subsistance auraient autrement fait défaut. Fonkoze fournit toute une gamme de services financiers, comprenant les services bancaires et les micro-prêts aux Haïtiens défavorisés. Ces deux programmes, dont le succès est évident, ont évolué et gagné en popularité au cours des récentes années, et ainsi attiré de plus en plus de ressources pour accomplir leurs tâches. Ce sont de brillants exemples de ce que des investissements financiers viables peuvent apporter au pays.
Toutefois, la croissance à long terme et le succès d'Haïti exigeront plus que des investissements financiers. Je pense que nous devons, à cette conférence, envisager le mot " développement " dans son sens le plus large et définir le rôle de la diaspora de façon plus globale. Le vrai développement ne peut s'établir et s'épanouir dans un pays non seulement confronté à un bilan économique négatif, mais également à une mortalité infantile galopante, à un taux endémique de VIH/SIDA et à d'autres maladies infectieuses, tout en étant privé d'infrastructures et d'un système éducatif digne de ce nom, et atteint d'autres maux qui menacent son capital humain. En tant que communauté vivant en terre étrangère, nous disposons de certains atouts et d'un certain savoir-faire qui peuvent servir d'appoint ou de supplément aux ressources, financières et autres, déjà disponibles ici, en Haïti.
Nous avons, pour la plupart, entendu parler de la mission sanitaire cubaine qui a envoyé des médecins et autres professionnels de la santé, pour un an, dans plusieurs zones rurales d'Haïti pour prodiguer des soins de base là où il n'existe ni dispensaires ni hôpitaux. Nous devons tous être reconnaissants à nos voisins pour cette forme de soutien, mais nous devons aussi exhorter l'Association des Médecins Haïtiens à l'Etranger à monter au créneau et prendre la direction de cette campagne. Bien qu'un effort ait déjà été entrepris dans ce sens, il n'est toujours pas assez intense ni assez soutenu pour produire des effets durables. Parmi d'autres possibilités, on peut citer l'établissement de programmes pour Haïti avec l'Université de Porto Rico. Ce partenariat a produit un soutien technique, ainsi qu'un apport économique en espèces et en nature, et des occasions d'échanges en matière de formation à la Faculté de Médecine de Port-au-Prince. Il a beaucoup aidé à la formation de nombreux médecins haïtiens.
Aux possibilités de ce type de programmes dans d'autres domaines, tels l'éducation, la gouvernance, l'administration, le génie, la planification urbaine et la protection de l'environnement, vous pouvez commencer, et seulement commencer, à vous faire une idée du potentiel de développement quasi illimité d'une collaboration réelle et efficace entre la diaspora haïtienne et son pays d'origine.
Certains demanderont pourquoi Haïti continue de souffrir de problèmes aussi graves et chroniques, alors que le pays bénéficie déjà de tant de ressources. Il est évident que la réponse est aussi complexe que la question elle-même. Il faut cependant considérer le manque de planification et de coordination comme une composante clé du problème. Le plus fort de l'investissement de la diaspora en Haïti est actuellement fragmenté, c'est-àdire qu'il n'est pas intégré dans un cadre stratégique de développement national. Il en résulte que les connaissances, le savoir-faire et les ressources sont souvent insuffisamment utilisés, voire gaspillés, dans des tentatives répétées de réinvention de la roue, plutôt que dans un effort visant à tirer des leçons, établir des liens, et construire à partir de ce qui a déjà été fait.
Aucun dialogue national n'a jamais été établi, ni à l'étranger, ni en Haïti même, afin de faciliter l'élaboration d'un tel plan, du moins jusqu'à présent. Au cours des présentations, des échanges d'information et des discussions de ces deux jours, je ne pense toutefois pas m'aventurer beaucoup en disant que, pour la plupart, nous n'avons rien entendu de très nouveau ni de révolutionnaire. Plusieurs d'entre nous ont entendu des propos similaires, tout au moins en partie, à plusieurs occasions, dans plusieurs milieux, en parlant à différents intéressés. Ce qu'il y a d'unique aujourd'hui, c'est la manière de réunir plusieurs parties pour la première fois à la même table, et de les engager dans un dialogue sérieux sur le progrès du pays. S'il faut espérer atteindre nos objectifs, ce dialogue doit être franc, transparent et sincère.
Quand nous réfléchissons sérieusement à ce qui peut se " faire au sujet d'Haïti ", nous disposons collectivement d'un nombre impressionnant d'atouts. Si nous n'avons pas progressé jusqu'ici, ce n'est pas tellement par manque de capacités et de ressources, mais plutôt par manque de vision, de discipline, et de volonté personnelle et politique. Comme nous l'avons déjà fait, nous pouvons accéder aux ressources nécessaires pour effectuer des changements réels, mais trop souvent nous nous sommes laissés arrêter par des questions d'idéologie, par le manque de confiance ou par l'apathie. Pour la plupart, malheureusement, nous ne savons pas encore accepter nos différences de vues. Pour la plupart, malheureusement, nous persistons dans ce jeu à somme nulle où le gagnant veut tout remporter. Pour la plupart, malheureusement, nous continuons à nous méfier les uns des autres alors que nous nous demandons de l'aide ailleurs. Pour la plupart, malheureusement, nous continuons à associer l'échec ou la réussite du pays à certaines personnalités plutôt que de nous focaliser sur des questions relatives aux infrastructures et aux institutions.
Haïti ne saura, ni ne pourra avancer à moins que ces habitudes de comportement destructives ne soient abandonnées. Bien que la NCHR insiste sur la nécessité d'intensifier l'effort des particuliers et de le mieux coordonner afin de répondre aux besoins d'Haïti, elle soutient que les investissements privés ont des limites et ne peuvent, par eux seuls, tirer le pays de la crise. Il existe des fonctions qui sont du ressort d'un État souverain et, tant que nous n'aurons pas parlé de la capacité du gouvernement à remplir son rôle, nous continuerons de prôner des solutions partielles à un problème beaucoup plus étendu. Les gouvernements haïtiens d'aujourd'hui et de demain ont besoin des ressources et moyens nécessaires, financiers, humains et techniques, à l'exercice de ces fonctions. Si elle s'engage dans la bonne voie, la diaspora peut jouer un rôle essentiel dans l'utilisation de ces ressources.
Il y a, cependant, une condition. Les projets de développement qui ont le mieux réussi ont présenté, au moins, deux caractéristiques : un système de gestion à la fois transparent et responsable, qui a su gagner la confiance en produisant des progrès et des résultats vérifiables. À la lumière de ces principes, et à condition de disposer de l'autorité et de l'indépendance nécessaires, le Ministère haïtien de la diaspora peut servir de courroie de transmission efficace dans le développement d'un partenariat réel et efficace entre le gouvernement haïtien et la diaspora. D'autres pays y ont réussi. Nous avons donc des modèles dont nous inspirer, en les adaptant à nos besoins. Il est crucial que nous mettions tous la main à la pâte et saisissions l'occasion qui s'offre à nous. L'avenir d'Haïti dépend de nos actes et de notre volonté de travailler ensemble dès maintenant.
Marc Roger
" Le rôle de la diaspora ne peut être circonscrit aux envois d'argent, ce serait ignorer toute la contribution en terme de formation et d'assistance technique qu'elle pourrait apporter dans le processus du développement en Haïti. "
Je tiens à remercier le Centre pour la Libre Entreprise et la démocratie (CLED) d'avoir pensé à inviter l'Association des Agences Volontaires pour l'Action Caraïbéenne de la Floride (FAVACA) pour une action concertée dans la Caraïbe à participer à un forum aussi important.
La FAVACA est une association privée à but non lucratif fondée par le l'ancien Gouverneur de Floride, M. Graham devenu sénateur. Son objectif vise à l'amélioration des conditions environnementales, sociales et économiques dans la région par l'assistance technique et la formation. Lors de la décennie 80, la Floride a connu une importante vague de migration haïtienne à tel point que les décideurs se sont sentis obligés de réagir d'autant plus que les lois américaines favorisaient en quelque sorte les Cubains, eux pouvaient rester aux Etats-Unis mais pas nos compatriotes.
Les Etats-Unis ont cru qu'en envoyant des biens et du matériel en Haïti, la situation dans le pays s'en trouverait allégée. Mais ce n'était que le début de l'immigration haïtienne. De plus ces programmes d'assistance humanitaire n'ont pas eu les résultats escomptés au début. Alors la FAVACA s'est transformée et s'est mise à la recherche de moyens plus pratiques pouvant apporter une amélioration à la situation haïtienne. Elle a créé en son sein un Corps de Volontaires ayant pour objectif de ramener des connaissances en Haïti où les effets de la fuite de cerveaux, résultant de l'immigration se faisaient sentir. Je ne détiens pas de données statistiques, mais je pense que peut-être il y a plus de médecins à Miami qu'en Haïti. Comme vous le savez la
Marc ROGER
Responsable des Programmes Internationaux de l'Association des Agences Volontaires pour l'Action Caraïbéenne de Floride (FAVACA) depuis 1996, M. Roger gère tous les aspects du recrutement et du placement de volontaires, l'évaluation et les rapports de missions d'assistance technique à Haïti, Bonaire, Curaçao et St.Marteen. Avant de s'intégrer à la FAVACA, il était responsable de la planification des Réponses aux Désastres pour l'Etat de la Floride, et gérait des Projets d'Infrastructures pour la municipalité de Los Angeles en Californie.
M. Roger est Ingénieur, diplômé en Génie de l'Université Concordia de Montréal et a obtenu un Certificat en Gestion des Urgences par l'Etat de la Floride.
Floride a beaucoup de besoins et puisque la fuite des cerveaux s'est poursuivie, l'Association a cru qu'en ramenant les ressources humaines au pays, la migration vers la Floride diminuerait.
Ce programme a commencé il y a tout juste vingt ans. Malgré des débuts difficiles, je suis aujourd'hui avec vous pour vous parler des succès que la FAVACA a enregistrés. Mais avant tout, j'aimerais vous parler du mode de fonctionnement de la FAVACA et de son programme de Corps des Volontaires.
Nous estimons à 150 le nombre de missions accomplies cette année par les Volontaires de la FAVACA en Amérique Centrale et dans la Caraïbe. La FAVACA couvre les frais des volontaires qui donnent gratuitement de leur temps et de leurs connaissances en participant à des missions d'assistance technique de courte durée qui aide les régions à s'aider elles-mêmes. Les consultants apportent de nouvelles technologies, de nouveaux programmes. Ils répondent aux besoins exprimés par nos partenaires.
Nos volontaires se recrutent principalement au niveau des universités, du secteur des affaires et de la communauté de la diaspora haïtienne.
A titre d'exemple de l'efficacité et du mode de fonctionnement du programme, des éleveurs de porcs qui avaient constitué une coopérative avaient sollicité notre aide en vue de déterminer la meilleure méthode d'augmenter la production et d'améliorer la situation économique de leur village. Comme quelques mois avaient passé sans que nous n'ayons eu de réponse, nous leur avons demandé s'ils étaient prêts à démarrer le projet. Ils nous ont fait savoir que ce n'était pas la peine de dépêcher quelqu'un sur place car ils avaient mangé leurs porcs. Cependant, six mois plus tard, ils nous ont fait signe qu'ils étaient prêts à nous recevoir. Et je suis heureux de dire que 10 ans plus tard, ils ont non seulement des porcs à manger mais encore ils en vendent au village voisin, ce qui a amélioré les conditions économiques du village entier. L'effet d'une seule requête peut continuer à se faire sentir 10 ans après. Au fait, le même consultant qui a avait commencé ce projet est revenu porter soin aide au même village d'années en années. Nous ne nous intéressons pas qu'aux projets de courte durée puisque dix ans après, le même consultant poursuit son intervention dans le même village et participe à son progrès.
Les projets que nous appuyons sont des projets relatifs essentiellement à l'environnement, à la création d'emplois, à l'augmentation de la productivité à la promotion de l'auto-suffisance alimentaire, à l'amélioration des conditions de vie. Une bonne partie des fonds alloués à la réalisation de ces projets proviennent de la Floride. Chaque année, nous actualisons le budget en y ajoutant nos fonds propres. Nous recevons également des fonds d'autres agences gouvernementales, des donateurs, des organisations et de contributions individuelles.
Nous avons mis sur pied un programme de jumelage des activités des fermiers d'Haïti et ceux des autres pays de la Caraïbe. Les résultats de ce jumelage renvoient à la manière d'organiser une ferme, à l'irrigation et à l'identification de différents besoins ou requêtes nécessaires à un fermier ou à une organisation. Ils nous ont fait parvenir leurs desiderata et nous les prendrons en considération aussi longtemps que nos compétences nous permettront de le faire et qu'il y aura des ressources ayant les capacités et la disponibilité pour le faire.
Nous avons constaté qu'en ce qui a trait à la capacité de résoudre les conflits, peu de projets ont été réalisés en Haïti. Aussi, nous avons présenté quelques études de cas sur la résolution de conflits à des étudiants de la Faculté de Droit des Gonaïves et à un plus large public. Tout le monde semblait apprécier ce projet.
Nous avons aussi de concert avec la Chambre de Commerce, élaboré plusieurs projets, quelques-uns à Port-au-Prince, d'autres à Jacmel et d'autres encore au Cap-Haïtien.
En ce qui a trait aux municipalités, il y a 2 ou 3 années de cela, suite à la création de l'Association des Maires, nous avons établi un partenariat entre les maires de la Floride et ceux d'Haïti. Les maires de la Floride peuvent se rendre en Haïti et leurs homologues haïtiens se rendre aux Etats-Unis en vue de se partager des informations et de se renseigner sur la façon d'administrer les municipalités.
Nous avons reçu des requêtes de plusieurs organisations nous demandant de l'aide pour pouvoir réaliser une page web et pour pouvoir bénéficier des multiples avantages pour leurs activités commerciales et pour leurs entreprises; la technologie étant de nos jours incontournable.
L'environnement est un domaine qui nous intéresse. Nous avons conçu plusieurs projets en partenariat avec les associations traitant des affaires environnementales. Concernant la gestion des parcs, nous avons recruté des administrateurs de parcs à Washington. En fait, nous avions le privilège d 'avoir avec nous l'Assistant Secrétaire d'Etat américain en visite en Haïti qui aidera à l'élaboration d'un programme de formation entre les administrateurs américains et haïtiens.
Au point de vue culturel, le projet que nous avons exécuté est un projet relatif à l'enregistrement sur bande magnétique de la production musicale d'un groupe évoluant à Fonds-des-Nègres. En effet, c'est un projet qui a été conçu par les membres de la communauté de cette localité.
Pour ce qui relève de la pêche, nous avons travaillé de concert avec l'Association des Pêcheurs de la Côte des Arcadins. Il fut décidé un échange d'équipement entre les différentes associations de pêcheurs. Aussi quelques pêcheurs de la côte sud de la Floride convinrent d'envoyer quelques outils et équipements aux pêcheurs haïtiens.
Un autre point sur lequel nous nous sommes penchés est la gestion des catastrophes. Il y a cinq ans de cela la première requête qui nous avait été acheminée provenait d'Haïti. La teneur de cette correspondance était de solliciter de l'aide pour savoir comment faire face aux catastrophes naturelles. Ayant étudié la gestion des désastres, je me suis mis à l 'oeuvre dès réception de cette correspondance. Les catastrophes sont un thème qui préoccupe tous les pays de la région. Le temps qu 'il fait en Haïti a des répercussions en Floride et sur les autres Etats. Aussi, nous avons dépêché en Haïti des ressources humaines capables d'élaborer des plans d'urgence et d'aider à la formation de cadres. Le gouvernement haïtien à travers l'Office de la Protection Civile dispose à date d'un plan de gestion de désastre. Je me sens d'autant plus fier que j'ai moi-même participé à l'élaboration de ce plan. J'espère que lors de la prochaine catastrophe, au moins théoriquement, grâce à ce plan on saura y faire face.
Dans le domaine de la santé et de l'assistance sociale, nous avons réalisé une formation sur la prévention du Sida et nous sommes intéressés à poursuivre ce programme de formation. La Société Haïtienne d'Oncologie (SHONC) tient son quatrième ou cinquième congrès dans quelque temps, nous dépêcherons un représentant pour y participer.
Nous nous sommes également penchés sur le système hydraulique.
Nous nous intéressons à la réforme judiciaire. Nous sommes très fiers d'accompagner les avocats haitiano-américains de l'Etat de Floride venus participer à la conférence, aux travaux en ateliers et séminaires relatifs à cette réforme.
Ceci n'est qu'une liste non exhaustive des différents types de projets que nous avons à notre actif. Nous essayons de satisfaire le plus de demandes possibles qu'elles viennent tant du secteur privé que du secteur public, du secteur informel ou du secteur des affaires. Toutes les associations ou organisations qui voudraient bénéficier de notre savoir-faire n'ont qu'à produire une demande et attendre que nous ayons trouvé des ressources disponibles pour donner suite à leurs requêtes. Seul un manque de fonds peut être la cause d'un refus de satisfaire à une requête. Aussi, nous essayons de contourner cet obstacle en développant des partenariats.
En Haïti, grâce au concours de l'USAID qui s'est révélé un partenaire de choix, nous avons appuyé les initiatives prises par certaines villes comme Jacmel, Cap-Haïtien, et bientôt Jérémie et Port-au-Prince. Nous sommes satisfaits d'avoir pu réaliser 23 projets. L'un d'entre eux concernait la gestion des incendies.
J'aimerais partager une petite histoire relative à ce projet. L'année dernière, la FAVACA avait projeté d'organiser une formation sur la gestion des incendies. L'intervenant principal, un pompier venant de Jacksonville, Floride constata qu'il n'y avait aucune voiture de pompier à Jacmel et que la pression hydraulique était très faible dans les conduites d'eau. Il réalisa que c'était impossible d'organiser un séminaire sur la façon de combattre le feu sans matériel approprié. Alors, un partenariat fut établi. Ceci a permis à 18 pompiers haïtiens de se rendre en Floride pour la formation. Ce fut l'un des partenariats les plus fructueux que nous avons eus. Non seulement le gouvernement américain avait facilité les démarches entreprises pour l'obtention des visas pour les participants à la formation, mais encore, il leur a octroyé des frais. La partie la plus délicate de ma mission a été de m'assurer que les pompiers retourneraient en Haïti après la formation. Ils y étaient retournés et à date ils sont en mesure de former d'autres pompiers du Cap-Haïtien et de Jacmel.
Outre l'USAID, nous avons aussi un partenariat avec la Fondation Panaméricaine pour le Développement (PADF).
Récemment le rôle que peut jouer la diaspora a été débattu au mois d'avril dernier, au cours d'un séminaire organisé grâce au concours de l'Agence Américaine pour le Développement International USAID). Près de 250 participants y ont assisté. La réflexion produite lors des travaux en ateliers a tourné autour du fait que ce rôle ne peut être circonscrit aux envois d'argent ; ce serait ignorer toute la contribution en terme de formation et d'assistance technique qu'elle pourrait apporter dans le processus du développement en Haïti.
Il faudrait enfin que nous tous nous participions à un effort positif pour aider le commerce haïtien L'art haïtien, sa production artisanale, ses fournitures de maison, ses artistes et ses artisans peuvent être de formidables ambassadeurs pour ce pays. Soyons à notre tour leurs ambassadeurs.
Joseph BAPTISTE
"Personne ne semble se pencher sur l'explosion démographique en Haïti, sur son rapide déclin économique et sur l'étendue de ses problèmes sanitaires, c'est ce qui oblige la NOAH et quelques expatriés en particulier à jouer un rôle majeur dans la stabilisation de ce pays. "
L'augmentation continuelle du nombre d'Haïtiens résidant aux États-Unis, alliée à l'intensification de leurs activités transnationales avec leur pays d'origine, a porté le gouvernement d'Haïti à ériger la diaspora haïtienne en dixième département. Afin d'en souligner l'importance , le gouvernement a, en 1994, créé le ministère de la Diaspora, le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE). Plus récemment encore, le Président Aristide a confirmé son engagement auprès des expatriés en nommant à la tête de ce ministère son principal conseiller, l'Honorable Leslie Voltaire. Autrement dit, le Président accorde beaucoup d'importance à la diaspora et, à mon avis, il devra ressortir du symposium d'aujourd'hui que le secteur privé en fait de même.
L'Organisation Nationale pour l'Avancement des Haïtiens [National Organization for the Advancement of Haitians] (NOAH), ou est une organisation à but non lucratif qui s'est engagée à travailler à l'amélioration du niveau socio-économique des Haïtiens vivant au pays et à l'étranger. Depuis sa fondation, cette organisation diffuse aussi des informations au sujet d'Haïti. Nous bénéficions de la fructueuse collaboration de citoyens américains d'origine haïtienne, d'Haïtiens vivant au pays, d'amis d'Haïti, ainsi que de différents organismes dans le traitement de dossiers se rapportant à l'immigration, à la démocratisation au niveau de la base, à la santé et à l'assistance sociale. La NOAH continue encore à coordonner les démarches engagées par les gouvernements d'Haïti et des États-Unis, ainsi que par certains organismes, et à travailler au service du
Joseph BAPTISTE
M. Baptiste est membre fondateur de NOAH, une organisation haïtienne de la Diaspora à but non-lucratif, spécialisée en politique sociale et développement économique. Cette organisation, basée aux Etats-Unis, travaille dans le domaine du plaidoyer (advocacy) pour une politique sociale pour Haïti, et dans la création de groupes de coalition dédiés à la reconstruction socio-économique du pays tant en Haïti qu'aux
L'un de nos objectifs prioritaires consiste à faire connaître et comprendre la communauté haïtienne établie aux États-Unis. Les données statistiques dont dispose l'organisation sont accessibles.
La diaspora haïtienne s'est installée très récemment aux États-Unis, par comparaison à d'autres communautés ethniques en provenance d'Europe, d'Asie et des Caraïbes. Cette diaspora s'est constituée à l'occasion de trois vagues d'immigration dues à des raisons politiques et économiques. Les immigrés de la première vague quittèrent Haïti entre 1957 et 1963 ; ceux de la deuxième, entre 1963 et 1965 ; et ceux de la troisième, entre 1986 et 1994. En 42 ans, le nombre d'Haïtiens de la diaspora a progressé de 50.000 à 2 000.000. Les membres de la diaspora soit 60% sont nés aux États-Unis ; 19,9 % d'entre eux ont conservé la citoyenneté haïtienne et 19,4 % se sont naturalisés. Ainsi , 80 % des Haïtiens vivant aux États-Unis sont vraiment de nationalité américaine, ce qui représente un nombre important. Les quelque 200 000 à 500 000 Haïtiens sans papiers vivant aux Etats-Unis ne sont pas inclus dans les statistiques. Nous attendons de nouvelles données de recensement qui nous permettront d'établir des chiffres sur la présence d'Haïtiens en différents endroits.
Les transferts d'argent représentent l'essentiel des activités économiques et sociales et des dons de la diaspora à Haïti. Il arrive, à un moment quelconque, à 90 % des expatriés haïtiens d'envoyer de l'argent et, comme peut le confirmer UNITRANSFER, ces sommes s'élèvent à un total d'environ 850 millions de dollars l'an, ce qui équivaut à 50 % du Produit Intérieur Brut (P.I.B.) d'Haïti ou à peu près deux fois la valeur totale des chiffres d'exportation du pays.
La diaspora est aussi d'une aide considérable dans d'autres domaines tels que le tourisme, la construction et la télécommunication. Malheureusement, l'engagement de la diaspora haïtienne à aider Haïti a également pesé sur sa propre santé financière aux États-Unis.
Tout au long de son histoire, Haïti a été un pays isolé. Suite aux effets désastreux de la mondialisation, les investisseurs étrangers et les sociétés multinationales ne considèrent pas Haïti comme un partenaire dans l'économie mondiale. Personne ne semble se pencher sur l'explosion démographique en Haïti, sur son rapide déclin économique et sur l'étendue de ses problèmes sanitaires. C'est ce qui oblige la NOAH et quelques expatriés en particulier à jouer un rôle majeur dans la stabilisation de ce pays. Pour Haïti, les enjeux sont actuellement multiples et à plusieurs dimensions. C'est la raison pour laquelle il nous faut absolument un grand nombre de personnes adéquatement formées pour accroître l'efficacité des expatriés haïtiens et soutenir le développement futur de l'économie et du potentiel humain.
Nous pouvons dresser un bref parallèle entre le potentiel humain en Haïti et ce que peut offrir la diaspora installée aux États-Unis, en terme de savoir-faire. Alors que 90 % des expatriés de plus de 25 ans vivant aux Etats-Unis ont été scolarisés à des degrés divers, seulement, 40 % des Haïtiens de la même tranche d'âge vivant au pays n'ont jamais fréquenté l'école. Parmi les expatriés haïtiens vivant aux États-Unis, on compte 3 000 détenteurs de diplômes universitaires, ou deux fois autant qu'en Haïti. En outre, plus de 13 % d'entre eux sont employés dans l'industrie à des postes requérant des attestations de compétence, de savoir-faire ou de formation de niveau supérieur, grâce auxquelles ils peuvent travailler efficacement comme gestionnaires, spécialistes des travaux de précision, techniciens, opérateurs, fabricants et administrateurs. Cela signifie qu'actuellement Haïti se trouve dans l'obligation, à court terme, de recourir au savoir-faire de ses expatriés pour promouvoir le développement, à moins que ce pays n'accepte de faire venir des travailleurs étrangers qualifiés, ce qui lui coûterait trop cher.
Pour comprendre la provenance de ces 800 millions de dollars faisant l'objet des transferts, nous nous sommes livrés à des observations sur des familles haïtiennes vivant aux États-Unis. Nous avons constaté que même les " boat people " arrivés sans le sou aux États-Unis envoyaient en Haïti une partie des fonds de subsistance reçus de la NOAH. Les parents restés en Haïti sont aussi importants que ceux qui sont ici, aux Etats-Unis, même aux yeux des personnes complètement démunies. Nous évaluons les avoirs des Haïtiens vivant aux Etats-Unis à environ 150 milliards de dollars. Nous essayons de déterminer comment ces avoirs peuvent profiter au pays. Aussi, la NOAH se propose-t-elle d'établir un fonds d'investissement en actions pour les petites et moyennes entreprises d'Haïti. Le capital initial proviendrait d'une mise en commun de fonds propres, de subventions et de prêts alloués par des sociétés d'investissement multinationales, et de fonds versés et placements effectués par des Haïtiens vivant aux États-Unis. Nous aurions en Haïti une organisation jumelle chargée de la gestion des fonds, de la création d'emplois et de la formation. Puisqu'il existe en Haïti beaucoup d'entrepreneurs qui ont de bonnes idées; mais ne disposent pas de capitaux pour les réaliser, le but de ce fonds serait de fournir le capital permettant aux petites entreprises de croître et de s'épanouir.
La NOAH s'est engagée à contribuer à l'amélioration du niveau de vie des Haïtiens résidant aux États-Unis. Nous sommes très fiers d'être, aux États-Unis, le premier groupe d'expatriés d'origine haïtienne propriétaire d'une station de radio, Radio Carnivale à Miami, qui est devenue, après une année d'investissement, la plus importante station antillaise de cette ville et l'une des meilleures aux Etats-Unis. Plus nous devenons forts aux Etats-Unis, mieux nous pourrons promouvoir les intérêts d'Haïti. Nous sommes, à 80%, des citoyens américains jouissant du droit de vote. Nous essayons de nous organiser pour pouvoir nous faire entendre des décideurs et responsables politiques, afin de les informer de ce qui se passe en Haïti. La NOAH en appelle à tous les Haitiens pour leur demander de bien vouloir la contacter instamment à l'avance toutes les fois qu'ils auront à venir à Washington pour faire part aux législateurs des problèmes d'Haïti, afin quelle puisse envoyer aux décideurs le même message.
confiance en apportant sa contribution dans les investissements collectifs. C'est un point qui nous intéresse et autour duquel nous allons situer notre intervention.
L'expérience approfondie dans les domaines de la production, de la commercialisation et du tourisme, etc.
Je voudrais ajouter quelques mots sur d'autres moyens de contribution de la diaspora au développement. Au Salvador, le programme de fonds de contrepartie à part égale en appui aux investissements sociaux a démarré avec $125.000. Il s'est depuis multiplié pour atteindre un montant de plusieurs millions de dollars.
La politique de l'immigration légale peut s'avérer le meilleur programme de réduction de la pauvreté par l'effet multiplicateur des transferts de fonds unilatéraux, par l'orientation de la demande pour des produits alimentaires et autres provenant de la terre natale et en saisissant les opportunités d'investissement qu'offre un climat propice à l'investissement.
Pour mieux servir Haïti, la diaspora haïtienne peut se positionner en formant des associations ou en regroupant formellement les Haïtiens originaires d'une même ville ou d'une même zone, vivant actuellement dans les grandes agglomérations urbaines de l'Amérique du Nord, de la France et des Petites Antilles. La reconnaissance officielle de ces associations devrait être recherchée dans les pays d'adoption de même qu'en pays natal.
Ces associations et groupes devraient solliciter la reconnaissance légale des fédérations à l'échelle nationale en vue de pouvoir, par exemple, profiter des avantages fiscaux.
Des liens devraient être établis entre ces entités et les institutions haïtiennes qui se concentrent sur la diaspora, comme les banques, les maisons de transferts, et des ministères tels que les Affaires Etrangères, la Planification, le Tourisme et les Haïtiens Vivant à l'Etranger, aussi bien qu'avec les Chambres de Commerce et d'Industrie et les élus locaux dans les zones d'origine des membres de ces associations.
Les groupes de la diaspora peuvent aussi vouloir identifier des projets d'investissements, sélectionner les domaines d'intervention prioritaires et préparer les plans pour l'exécution des projets retenus.
Carlo DADE
" Au Mexique, au Salvador, en République Dominicaine et ailleurs, nous assistons à des échanges de produits, de capital humain, d'idées, de connaissance, d'esprit d'entreprise et d'investissement qui influencent le développement local. C'est précisément le type de relations qui, selon nous, importe le plus dans la mobilisation du soutien au développement à partir de la base. "
L'objectif de mon intervention est de présenter la Fondation Inter-Américaine (IAF) et le travail qu'elle effectue en collaboration avec les diasporas.
Agence autonome du gouvernement des États-Unis, créée pour servir d'appoint aux organismes traditionnels d'aide aux pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, la Fondation Inter-Américaine (International American Fondation-IAF) finance depuis plus de trente ans, des projets de développement à partir de la base conçus et gérés par des organisations non gouvernementales, des groupements communautaires et d'autres composantes de la société civile.
Son principe de financement repose sur l'esprit de collaboration, tel que défini dans une précédente étude effectuée par cette Fondation même.
" Au cœur des activités menées par la Fondation dans l'expérimentation en matière d'aide au développement, réside la volonté de collaborer avec les peuples d'Amérique Latine et des Caraïbes, et non de les diriger, dans leurs initiatives visant à l'amélioration de leur vie. Toutes les leçons que nous tirons dérivent de ce concept fondamental de collaboration, de cette conviction que les peuples dont la vie sera directement influencée par les activités de développement savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin, ce qu'ils veulent obtenir et comment y arriver. Notre devise "
Carlo DADE
Représentant de la Fondation Inter-Américaine (Inter-American Foundation - ( IAF) pour la République Dominicaine et Haïti, M. Dade détient une Licence ès Science de l'Université de Virginie et une Maîtrise en Etudes Arabes de l'Université de Georgetown. De 1990 à 1995, il a travaillé au Département Technique pour la Région de l'Amérique Latine et des Caraïbes de la Banque Mondiale. En 1995, il lance Dade Communications, une firme de consultation spécialisée dans le développement des sites web et de l'internet.
M. Dade a entrepris des recherches et publié une étude sur les relations qui existent entre le secteur privé et les ONG au Chili. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur l'éducation, le secteur des affaires en Amérique Latine, et sur la responsabilité sociale des entreprises en Amérique Latine pour la Fondation Avina.
M. Dade a également coordonné des partenariats pour des projets d'investissements sociaux entre le secteur des affaires et les ONG dans les domaines du tourisme, de l'agriculture, de la manufacture et des services financiers. Il a organisé et dirigé en mai 2001 une conférence de l'IAF/ECLAC/Banque Mondiale sur l'utilisation des flux de versements et contributions et dons des émigrés pour le développement, à Washington, D.C. Il dirige actuellement les travaux de l'IAF sur le potentiel du flux de versements de la diaspora à catalyser le développement économique national et collabore avec les communautés de la Diaspora au niveau local.
They Know How " (Ils savent quoi faire) signifie exactement ceci : les populations que nous rencontrons en Amérique Latine et dans les Caraïbes ont démontré à de nombreuses occasions qu'elles savent comment reconnaître et résoudre leurs propres problèmes de développement1 ".
Lançant chaque année, un appel d'offres concernant des besoins régionaux, cette Fondation fonctionne comme une société à capital-risque. Nous nous intéressons aux plans offrant un bon potentiel (offres), aux équipes de gestion dynamiques (organismes de société civile) et à des créneaux commerciaux (besoins non encore satisfaits) afin de fournir notre soutien en matière de finances et d'informations.
S'il existe, bien sûr, des différences importantes entre l'IAF et les sociétés à capital-risque, bien des ressemblances, toutefois, permettent de risquer une analogie. l'IAF se contente de financer les idées de projets et ne s'en attribue pas la paternité : elle laisse aux concepteurs le soin de les réaliser.
Chaque année, nous faisons l'expérience de la richesse des idées sur le développement dans la région, et nous offrons à celles qui paraissent le mériter, une occasion de se concrétiser.
C'est pourquoi l'IAF s'est placée, dans la région, à l'avant-garde de la responsabilité sociale de l'entreprise et de l'incitation du secteur privé à la participation au développement. Elle montre le chemin en prônant l'implication des gouvernements locaux dans des alliances axées sur le développement communautaire. C'est dans ce cadre que la question des transferts monétaires individuels a été abordée.
Au cours des récentes années, l'IAF a reçu plusieurs offres impliquant directement ou indirectement les diasporas. En mars 2001, à Washington, D.C., elle organisa sa première conférence dont le thème prenait en compte cette tendance qui consistait en une " approche visant à accroître la valeur productive des transferts monétaires individuels "; (Approaches to Increasing the Productive Value of Remittances) tendance que l'on gagnerait à encourager. " Approaches to Increasing the Productive Value of Remittances " Cette conférence fut organisée grâce au parrainage de la Banque Mondiale et de la Commission Economique des Nations-Unies pour l'Amérique Latine et les Caraïbes.
Nous avons, depuis, entamé le dialogue avec des bailleurs de fonds, des bénéficiaires, des professionnels du domaine du développement, des représentants gouvernementaux et des immigrés vivant aux États-Unis sur le rôle des diasporas dans le soutien au développement dans les pays d'origine. La présente conférence, que nous organisons de concert avec le CLED et la UNITRANSFER, constitue une étape de ce dialogue.
Nous comprenons bien que la diaspora haïtienne fait partie intégrante d'Haïti et qu'elle représente son dixième département, plutôt que d'être considérée comme constituant une entité distincte des communautés que nous aidons financièrement. Mieux, nous arriverons à le comprendre, plus nous trouverons de moyens de travailler ensemble.
La mission principale de la Fondation Inter-Américaine est de soutenir les peuples dans l'élaboration et l'application de leurs propres solutions à leurs problèmes de sous-développement et de pauvreté. La diaspora possède les connaissances, les ressources et l'intérêt essentiels à ce processus.
Dans sa vision de la diaspora comme partenaire potentiel, l'IAF transcende les envois individuels. Ceux-ci retiennent le plus l'attention de nombreuses personnes ayant récemment découvert leurs mérites. Les envois individuels sont d'une grande importance et, sans eux, Haïti connaîtrait des temps encore plus difficiles. Toutefois, l'intérêt que nous portons à la composante humaine du développement, ainsi que nos activités sur le terrain et notre processus de dialogue nous ont fait comprendre que les envois individuels ne constituent qu'une partie d'un ensemble complexe de relations formant ce que j'appellerais des communautés transnationales - tel le dixième département d'Haïti.
Au Mexique, au Salvador, en République Dominicaine et ailleurs, nous assistons à des échanges de produits, de capital humain, d'idées, de connaissance, d'esprit d'entreprise et d'investissements qui influencent le développement local. C'est précisément le type de relations qui, selon nous, importent le plus dans la mobilisation du soutien au développement à partir de la base.
Loin de nous l'idée de persuader les gens d'essayer de nouveaux systèmes de transfert, ou d'investir dans nos priorités, ou de réorienter des ressources vers des projets conçus par d'autres personnes. Nous envisageons en accord avec les bénéficiaires les moyens de leur venir en aide à partir des données relatives à ce qu'ils font, ce qu'ils veulent faire, et à la façon dont nous pouvons les aider. Les groupes d'immigrés vivant aux États-Unis ont besoin d'assistance dans la création de capacités et dans le renforcement d'institutions leur permettant de participer plus efficacement et, dans certains cas, de participer effectivement au développement en partenariat avec des organisations telles que l'IAF. C'est une question qui doit être traitée.
Étant donné que la loi ne permet pas à la Fondation Inter-Americaine de financer des organisations aux États-Unis, nous explorons des moyens de travailler avec des fondations et des organismes pouvant soutenir des associations d'émigrés domiciliées aux États-Unis. Pour des raisons d'ordre pratique, le coût des transactions étant trop élevé pour qu'il nous soit possible d'investir dans des projets à petite échelle pouvant intéresser des petits groupes d'immigrés et des associations basées dans la ville d'origine, nous aidons les associations et groupements pouvant nous permettre de rationaliser les coûts.
Nous savons également qu'il peut survenir certains conflits au sujet des priorités de financement. Comme tant d'autres organismes de développement, l'IAF privilégie les projets qui produisent des rendements quantifiables en termes de génération de revenus et d'infrastructure, par exemple. Les associations de personnes originaires de la même ville (HTA) préfèrent souvent des projets rapportant davantage de bénéfices sociaux. Bien des conflits potentiels, cependant, peuvent être écartés par le dialogue ouvert et les débats.
Nous pensons que nous pouvons actuellement maximiser nos actions en travaillant avec la diaspora. Ayant déjà fourni des fonds et de l'assistance technique, et réalisé le suivi de projets financés par la Diaspora, nous avons également appuyé les démarches de petits producteurs dans la commercialisation de produits destinés à la diaspora. Nous pouvons soutenir les activités de création de capacités et de répartition de ressources visant à préparer le terrain pour les investissements des membres de la diaspora.
De même, nous nous efforçons activement de partager nos connaissances et notre savoir-faire avec des communautés impliquées dans le développement. Par-dessus tout, nous savons qu'il faudra du temps et de la persévérance pour étendre notre partenariat à la diaspora. Nous sommes cependant prêts et disposés à fournir l'effort soutenu si nécessaire.
1 They Know How…an Experiment in Development Assistance (Ils savent quoi faire... une expérience en matière d'aide au développement) Fondation Interaméricaine Washington, D.C., 1977.
James MORRELL
" Ce n'est qu'avec le préalable d'une solution politique qu'on peut envisager la diaspora haïtienne en train d'apporter sa plus grande contribution. Cette diaspora pourrait ainsi transcender le rôle de vache à lait sans voix qui lui est actuellement réservé, pour assumer ses pleins droits de représentation en échange de sa participation."
Mon exposé sera en quelque sorte un complément à celui de l'intervenant Ronel Céran qui a, au cours de son exposé, attiré notre attention sur l'importance majeure de la situation politique.
Il s'agit d'un contexte qui dépasse de loin la diaspora. C'est de lui que dépend l'efficacité même de l'aide étrangère. Un rapport de la Banque Mondiale daté du 12 février 2002 met en cause la mauvaise gouvernance qui a entraîné l'échec de la plupart de ses projets dans ce pays au cours des années 90.
Si l'aide étrangère ne peut être utilisée de façon efficace, celle de la diaspora ne peut pas l'être non plus. En fait, elle ne peut pas servir au-delà d'une certaine satisfaction des besoins individuels.
La contribution potentielle de la diaspora peut être répartie en deux principaux domaines : d'une part, les envois d'argent et, d'autre part, le transfert de compétences et la sensibilisation.
Au cours de cette conférence, qu'il s'agisse aussi bien d'Haïti que du Mexique et du Salvador, nous nous sommes jusqu'ici focalisés sur les envois d'argent. Toutefois, je voudrais, tout en reconnaissant l'importance des envois d'argent, avancer que la diaspora représente plus qu' " une vache à lait ". Elle peut aider Haïti à accéder aux immenses
James MORRELL
M. Morrell est Directeur du "Projet Démocratie Haïtienne" (Haitian Democracy Project), une extension du Haiti Project du Centre pour la Politique Internationale (Center for International Policy) basé à Washington, D.C. Le projet a pour but de développer et de recommander une politique étrangère américaine en Haïti plus efficace .
M. Morell a été Conseiller du Président Aristide lors des accords et de discussions de Governor's Island, et observateur pour l'OEA des élections de mai 2000.
M. Morrell a obtenu un Doctorat en Histoire de l'Université Harvard.
avantages d'un État légitime, ce qui servira beaucoup plus à soutenir l'économie que l'aide étrangère et les envois d'argent combinés.
Lors d'une conférence pilote au local de la Fondation Inter-Américaine (IAF), le potentiel des transferts de devises en ce qui concerne le développement a été analysé. Le problème principal réside dans le fait qu'en raison de leur pauvreté, les receveurs de transferts monétaires d'envois dépensent cet argent pour leurs besoins de survie. L'ECLAC a découvert que 85% pour ne pas dire 97% des sommes expédiées en Amérique Latine sont utilisées pour des biens de consommation.
Ces envois d'argent s'élevant annuellement à 810 millions de dollars représentent le quart du revenu national d'Haïti, proportion plus importante que pour tout autre pays des Caraïbes. Étant donné qu'une partie de l'argent envoyé est destinée aux frais de scolarité, on peut dire que cet argent est aussi investi dans le développement du capital humain, et qu'il sert, dans une certaine mesure, au développement en général. Toutefois, dans le domaine crucial de l'investissement productif, cette contribution est très limitée.
Une comparaison entre les fonds disponibles pour le développement chiffrés à près de 40 à 80 millions de dollars soit 5 à 10 % de ceux consentis par l'aide étrangère, fait ressortir le poids considérable de cette aide.
La situation spéciale d'Haïti en a fait le premier allocataire de l'aide étrangère. En 1991, sous l'égide de la Banque Mondiale, un consortium avait promis à Haïti 1 milliard de dollars. Cette promesse, révisée à la hausse en 1995, atteignait alors 2.8 milliards de dollars à verser sur une durée de cinq ans, impliquant un engagement annuel de 560 millions de dollars. L'instabilité politique en a empêché le déblocage.
Si toutefois une mobilisation majeure se réalisait en faveur d'Haïti par suite d'une amélioration de la situation politique, nous pourrions assister au retour à ce niveau. Une aide étrangère de 560 millions de dollars pourrait fournir un capital beaucoup plus grand pour le développement que le pourcentage des envois utilisé dans ce but, soit 40 à 80 millions de dollars.
On ne trouvera peut-être personne, parmi les partisans de l'aide à être d'accord avec cette opinion parce que, dans les conditions actuelles, il n'existe pas de mobilisation internationale en vue pour Haïti. Personne ne pense à retourner aux niveaux de 1994 et 1995 alors qu'Enrique Iglesias, Président de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), eut à dire : " Nous allons enfreindre les règles, en ce qui concerne Haïti. " Vraiment, à cette époque, c'était aussi difficile que " d'extraire un bouchon de liège d'une bouteille ". Le retour du gouvernement constitutionnel grâce à l'intervention de l'Organisation des Nations Unies (ONU) avait créé les conditions politiques nécessaires.
Au cas où le processus de négociations mené par l'Organisation des Etats Américains (OEA) conduirait à une amélioration de la situation en matière de sécurité, ainsi qu'à des élections libres et honnêtes - deux conditions très hypothétiques - les normes psychologiques seraient alors satisfaites pour une nouvelle mobilisation internationale qui entraînerait une assistance dépassant de beaucoup les envois d'argent. À défaut de cela, Haïti ne connaîtra pas de développement, ni grâce à l'aide étrangère, ni grâce aux envois d'argent.
En dehors des transferts financiers, je suggérerais que les moyens suivants soient utilisés pour une éventuelle contribution à la mobilisation du plein potentiel de la diaspora.
Je m'attarderai quelque peu sur le tourisme, le transfert de compétences en matière administrative et le transfert de pratiques démocratiques.
En ce qui a trait au tourisme, plus d'un million de visiteurs se rendent chaque année en République Dominicaine. 30% d'entre eux sont des Dominicains. En Haïti, actuellement, toutes les recettes touristiques proviennent virtuellement de membres de la diaspora. Avec la situation politique et structurelle incertaine que nous vivons actuellement, le vrai tourisme international est virtuellement au point nul. Les mêmes dysfonctionnements limitent aussi les voyages des membres de la diaspora. Avec ses valeurs naturelles et humaines, Haïti s'est toujours avérée capable de faire du tourisme l'une de ses principales sources de revenus nationaux. Les progrès en matière politique nous permettront de nous attendre à une hausse dans les voyages de membres de la diaspora dans une proportion semblable à celle dont bénéficie la République Dominicaine. Une telle hausse produirait un effet multiplicateur. Elle stimulerait les investissements nécessaires dans l'industrie touristique, ce qui attirerait des devises dans ce secteur tout en permettant à Haïti de profiter de son avantage comparatif.
En ce qui a trait au " transfert de compétences " en matière d'administration et de gestion, nous pouvons avancer que sans un accord politique, il n'y aura pratiquement pas de mécanisme de circulation inverse. Les hauts salaires perçus aux États-Unis, que nos collègues mexicains et salvadoriens ont évoqué comme cause du non retour de leurs professionnels dans leurs pays respectifs, produiraient encore davantage cet effet dans le cas d'Haïti. Si de plus, l'insécurité et la situation politique s'y ajoutent, les patriotes haïtiens vivant à l'étranger concluront que tout sacrifice de leur part ne servira à rien.
Le seul mécanisme valable de circulation inverse est la mobilisation internationale. Comme cela s'est passé lors de la mobilisation de 1994 à 1996, les organismes américains d'aide passeraient au peigne fin la communauté haïtienne aux États-Unis, à la recherche de compétences désireuses travailler pour quelque temps en Haïti à un niveau salarial de pays développé. Si les négociations en cours sous l'égide de l'Organisation des Etats Americains (OEA) portent des fruits et que la Banque Mondiale adopte une nouvelle approche visant à la bonne gouvernance, elle aura besoin d'administrateurs capables de réussir dans la lourde tâche qu'est la mise en place d'institutions. La plupart de ces cadres peuvent être recrutés sur place, en Haïti. Ce pays compte parmi ses citoyens assez de professionnels libres de toute allégeance partisane et qui considèrent la fonction publique comme un sacerdoce, et non comme une occasion de s'enrichir. Toutefois, le recrutement aux postes requérant certaines compétences ne pourra pas se faire sans difficulté. Certaines affinités linguistiques et culturelles nécessaires à la délicate mise en place des institutions font parfois défaut aux étrangers.
Des membres de la diaspora haïtienne, professionnellement qualifiés, seront plus aptes à aider Haïti dans la lourde tâche d'établir des institutions. Puisque le recrutement de membres de la diaspora s'effectuerait seulement dans le cadre d'une mobilisation pour l'aide étrangère, les conditions seraient celles de création d'emplois plutôt que de compétition dans la recherche d'emplois. La plupart des nouveaux postes administratifs ainsi créés à l'occasion d'une telle mobilisation seraient alors confiés à des Haïtiens déjà en Haïti. On ferait alors appel aux Haïtiens de la diaspora en cas de besoins spéciaux.
Pour ce qui est du " transfert de pratiques démocratiques " par la diaspora, Manuel Orozco a fait ressortir un intéressant contraste entre les expériences du Salvador et du Nicaragua dans les efforts déployés pour rapatrier leur capital humain.
De ces deux pays, c'est le Salvador qui a connu la moindre polarisation après sa guerre civile. L'accord de paix a fortement motivé les Salvadoriens à coopérer pour la reconstruction. La présence, à cette conférence même, de l'ambassadeur du Salvador et de représentants d'organisations non gouvernementales, au service de la même cause illustre cela. Pareil phénomène ne s'était jamais produit dans les années 70 ou 80. Au Nicaragua, la polarisation la plus notoire est celle qui persiste entre Sandinistes et partisans de Somoza. Les Nicaraguayens vivant aux États-Unis, majoritairement anti-sandinistes, se sentent peu enclins à rentrer au pays pour y travailler. Il en résulte, en partie, que le Produit National Brut (P.N.B.) est inférieur à 3 milliards de dollars au Nicaragua, alors qu'au Salvador, il se chiffre à 12 milliards.
Il est important de retenir cette leçon de l'Amérique Centrale dans le cas d'Haïti. Un accord digne de ce nom, qui conduirait à une élection libre et honnête débouchant peutêtre sur un certain pluralisme, aurait pour effet de réduire la polarisation. Cela fournirait aux émigrés haïtiens la motivation nécessaire pour rentrer au pays dans le cadre de programmes d'aide où leurs services seront utilisés dans le domaine de la gouvernance.
Les Haïtiens vivant aux États-Unis ont eux-mêmes notamment insisté sur ce point. Lors d'une importante conférence organisée l'an dernier par le " Haiti Study Group " à Trinity College, à Washington, un groupe d'intervenants haïtiens vivant aux États-Unis a clairement fait ressortir que l'enthousiasme suscité de la fin des années 80, puis de 1994 à 1996, s'était estompé et que la diaspora condamnait le gâchis politique qui existait en Haïti
Cette décision, que l'on peut bien comprendre, fut ratifiée à l'occasion d'une conférence de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR), en avril dernier à Miami. Il y fut établi que le premier souci des Haïtiens vivant aux États-Unis devait être de s'établir aux États-Unis et que, cela une fois fait, ils pourraient ensuite aider leurs frères et sœurs restés au pays. Certains conférenciers évoquèrent l'expérience d'hommes d'affaires, de professionnels et d'artistes haïtiens vivant aux États-Unis qui avaient réussi et les offrirent en modèle à la communauté. Ils examinèrent des moyens d'accroître la représentation de la communauté haïtienne aux États-Unis, aux niveaux local et national.
Par cette décision consciente d'envisager leur avenir aux États-Unis, les Haïtiens qui y vivent s'engagent dans la même voie que les groupes d'immigrés précédents, qui étaient tous arrivés avec l'intention de rentrer dans leur pays d'origine mais ne l'ont jamais fait.
On ne peut pour autant dire qu'à la conférence organisée par la Coalition Nationale des Droits des Haïtiens (NCHR), on ne se soit pas préoccupé de la situation d'Haïti. L'organisation et ses membres, qui pourraient fournir à Haïti des cadres d'appoint honnêtes et dévoués dont le pays a besoin, maintiennent toutefois leur engagement.
Cependant, les participants à ladite conférence ont clairement exprimé que la communauté haïtienne aux États-Unis n'est pas un robinet qu'on peut ouvrir ou fermer à sa guise. Il y aura, bien sûr, des cadres qui accepteront de rentrer moyennant un salaire adéquat. Mais sans le niveau d'enthousiasme et de dévouement des années 1994 à 1996, on peut se demander jusqu'où ira leur efficacité. Le succès des transferts et l'utilisation du capital humain de cette communauté sont inextricablement liés à la solution de la crise politique et ne peuvent être envisagés isolément.
S'étant intégrée en quelque sorte dans le système américain, la diaspora sera également attentive au degré de détermination du gouvernement américain en ce qui a trait à une sortie de crise. Il faut s'attendre à ce que, dans la majorité, les Haïtiens vivant aux États-Unis ne se laisseront pas convaincre que Washington s'intéresse vraiment, cette fois, à la situation haïtienne, à moins de remarquer une détermination semblable à celle de l'administration Clinton en 1994.
La première tâche à accomplir, dans l'approche d'élections libres et honnêtes en Haïti, est d'établir un lien entre les associations locales existantes et les instances gouvernementales de leur région. Celles-là n'ont aucun partenaire au sein de l'administration publique locale à cause de la crise gouvernementale actuelle dans le pays.
Les Haïtiens de la diaspora peuvent inciter leurs compatriotes restés au pays à exiger des services de leur gouvernement local parce que, dès leur arrivée au pays d'adoption, l'administration américaine leur reconnaît déjà des droits de citoyens. Ainsi, aux États-Unis, ils participent à l'élection des responsables locaux. Le peuple haïtien qui lutte pour construire la démocratie dans un climat de profonde déception, a beaucoup à apprendre de la diaspora surtout en ce qui a trait aux méthodes et aux moyens d'atteindre cet idéal démocratique.
Bien qu'elle continue d'expédier d'importantes sommes d'argent en Haïti, il est difficile de s'imaginer que la diaspora haïtienne puisse donner son plein potentiel dans sa contribution au développement de ce pays sans une solution politique généreusement soutenue par la communauté internationale.
Je souhaiterais qu'un effort de l'envergure de la campagne de 1994 se déploie mais, cette fois, de façon soutenue et non avec une hâte de s'en sortir (comme cela s'est avéré être le cas de la stratégie de retrait planifiée par les États-Unis en 1994 et 1995).
Il est vrai que la contribution de la diaspora hautement décentralisée échappe au contrôle du gouvernement. Elle offre ainsi la possibilité de créér, au bout d'un certain temps, une nouvelle réalité même indépendamment d'un accord politique et de la mobilisation internationale. Cette nouvelle réalité, toutefois, suffirait-elle à briser le carcan politique ? Cela ne semble possible que dans une perspective très éloignée.
Haïti a entamé la seizième année de sa crise politique d'après-Duvalier, une crise qui, de loin, ressemble à une crise de légitimité ou de gouvernance, mais qui, dans la situation politique qu' Haïti a héritée, est plutôt une crise de succession. Néanmoins, de même qu'au Salvador l'Alliance Républicaine Nationaliste (ARENA), d'extrême droite et le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN ) issu de la guérilla ont décidé ensemble de mettre fin à la guerre civile, de même en Haïti l'idée d'une incontournable élection libre et honnête constitue la clé d'une solution définitive à la crise de l'après-Duvalier. Une telle élection devrait se dérouler dans un climat de sécurité permettant à tous de jouir de chances égales.
Ce n'est qu'avec le préalable d'une solution politique qu'on peut envisager la diaspora haïtienne en train d'apporter sa plus grande contribution. Cette diaspora pourrait ainsi transcender le rôle de " vache à lait sans voix " qui lui est actuellement réservé, pour assumer ses pleins droits de représentation en échange de sa participation. Elle voyagerait davantage et prêterait ses services seulement dans la préparation d'une élection libre et honnête d'où sortirait un gouvernement légitime. Tout en consolidant son influence politique aux États-Unis, elle exigerait que l'administration américaine aille beaucoup plus loin que son mode actuel de médiation isolée et qu'elle reprenne dans toute sa plénitude le programme de construction du pays entamé en 1994 et 1995, mais malheureusement interrompu puis abandonné à la fin des années 90.
LE CONSEIL D'ADMINISTRATION
(élu le 2 mars 2002 pour deux (2) ans)
LA COMMISSION CLED/FORUM 2000