La Diaspora

Un Partenaire Indispensable

Pour le Développement Économique d'Haïti

20-21 JUIN 2002, HOTEL MONTANA / RITZ KINAM II, PORT-AU-PRINCE, HAITI

Ce document est une production

du Projet CLED/FORUM 2000

Port-au-Prince, Haïti
Idées-force / Synthèse de la Conférence

Les 20 et 21 juin 2002, une conférence internationale s'est tenue à l'hôtel Montana et au Ritz Kinam II, à Port-au-Prince, sous le thème : " la Diaspora : un partenaire indispensable pour le développement économique d'Haïti", à l'initiative du projet FORUM 2000 du Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED) et de ses partenaires : la Inter-American Foundation (IAF), la UNITRANSFER et la USAID-Haiti, sponsor officiel du projet.

Par la richesse des informations véhiculées par l'ensemble des seize (16) conférenciers locaux et étrangers, et par la profondeur des débats engagés par les quelque deux cents (200) participants sur l'ensemble des deux jours, la conférence a tenu ses promesses.

Ce sont les grandes idées débattues lors de ce colloque.

TAILLE ET LOCALISATION DE LA DIASPORA HAITIENNE

Le moins que l'on puisse dire est que l'on ne connaît pas le nombre exact d'Haïtiens et de descendants d'Haïtiens en terre étrangère. Entre les données communiquées par le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) par la voix de son titulaire, Monsieur Leslie Voltaire et celles de Margarita Mooney, il y a un fossé énorme. La différence vient sans doute d'hypothèses différentes utilisées dans le cadre de chacune des estimations. De fait, la notion de diaspora est complexe. Jusqu'à quel point est-on considéré comme membre de la diaspora ? Quand cesse t-on d'en faire partie ? Ces questions, introduites par Nathalie Liautaud, Coordonnatrice du projet Forum 2000, sont évocatrices de la difficulté de cerner le concept. Selon Manuel Orozco qui avait la tâche de conceptualiser la diaspora, seul le temps permettra de déterminer jusqu'à quand la connexion diaspora/ mère patrie durera.

Quoi qu'il en soit, voici les estimations du MHAVE par rapport à la taille de la diaspora haïtienne dans certains espaces géograhiques :

Etats-Unis : 1 million ; Québec, Canada : 150.000 - 200.000 ; Cuba : 300.000 ; France : 50.000 ; Amérique Centrale et du Sud : 50.000 ; Antilles : 40.000 ; Guyane : 40.000 ; République Dominicaine : 800.000 ; Turks & Caicos : 20.000. D'après ces données, la diaspora haïtienne se chiffrerait donc à plus de 2.5 millions de personnes soit quasiment près du quart de la population vivant au pays.

Dans certaines communautés, telles que Montréal, Miami... les Haïtiens auraient un poids statistique très important. Margarita Mooney soutient que les Haïtiens constituent le second groupe le plus important d'immigrants à Montréal, Canada ; Carl Braun, Président de la UNIBANK et Vice-Président de UNITRANSFER constate que les Iles Turcs & Caicos situées au nord du Cap-Haïtien sont majoritairement haïtiennes ; et, selon le Ministre Voltaire, les Haïtiens ne seraient pas loin de représenter la moitié de la population guyanaise.

IMPORTANCE DE LA DIASPORA POUR L'ECONOMIE HAITIENNE

La diaspora est une bénédiction pour l'économie haïtienne

La diaspora avec 810 millions de dollars de transferts environ et plus d'un milliard, selon toute vraisemblance, vers Haïti l'an passé est le premier bailleur de fonds d'Haïti comme l'a avancé David Adams, Directeur de USAID-Haïti. Ces transferts, sans contrepartie, de la diaspora, d'ailleurs en constante augmentation depuis 1991, représentent environ 15% du Produit Intérieur Brut (PIB), plus du double du volume des exportations et équivalent sensiblement au volume des importations haïtiennes.

On pourrait dire donc que les transferts ont un effet positif pesant sur le pouvoir d'achat et de consommation des Haïtiens mais aussi ralentissent la dégringolade de la gourde par rapport à la devise américaine.

La diaspora haïtienne, comme l'a fait remarquer le Président de la UNIBANK, M. Carl Braun, n'expédie pas que du cash. Les transferts de nourriture, et d'autres produits deviennent de plus en plus courants. Il ne faut pas non plus négliger les dons faits à leurs communautés d'origine par des Haïtiens à travers les Organisations de Coopération Inter-haïtienne (OCIH), des églises et d'autres institutions à but non lucratif. Margarita Mooney, préparant un doctorat à Princeton University note que le groupe le plus important à octroyer des dons à des projets communautaires en Haïti est celui des églises protestantes. Les organisations évoluant sous le vocable de (OCIH) comme le FHARE que coordonne Marie Carolle Tertulien à New York sont aussi dynamiques dans la mobilisation de ressources financières et physiques au profit d'écoles, d'hôpitaux, de centres de santé, et d'autres projets communautaires en Haïti.

Toutefois, il reste que la grande majorité des transferts est dirigée vers des familles nécessiteuses et donc utilisée à des fins de consommation plutôt que d'investissement.

Cette manne va t-elle durer ? Le volume des transferts va continuer à augmenter prévoit Carl Braun vu que le nombre d'immigrants légaux, tout au moins vers l'Amérique du Nord, est en hausse constante.

ENCADREMENT, SUPPORT A DONNER A LA DIASPORA

La diaspora n'est pas une "vache à lait". En dépit de l'importance de la taille globale des transferts, il ne faudrait pas considérer la diaspora comme une vache à lait ou une mine d'or. 90% de cette diaspora est constituée de familles ouvrières ne gagnant pas plus de $20.000 US l'an, indique le Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etranger, M. Leslie Voltaire. Ronel Céran, quant à lui, rapporte que les moyens de la diaspora de Floride sont minimes. Les transferts moyens, aussi, sont faibles : $170 US si l'on se réfère aux statistiques de la UNITRANSFER révélées par son Vice-Président, M. Carl Braun. Les transferts opérés vers Haïti sont donc beaucoup plus le signe du profond attachement des Haïtiens vivant à l'étranger à leurs origines et à leurs familles qu'un indicateur de richesse.

De plus, il faut garder à l'esprit que cette diaspora souffre d'abus et de discriminations dans les communautés où elle s'est implantée. Dina Paul Parks, Directrice Exécutive de NCHR (National Coalition for Haitian Rights) s'est faite le devoir de le rappeler.

En ce sens, cette diaspora a besoin de support. Elle a besoin d'être comprise, d'être protégée, d'être défendue et d'être encadrée afin de lui permettre de mieux intégrer le pays d'accueil et donc de mieux gagner sa vie. Ceci est dans l'intérêt de la nation-mère puisque, comme l'a noté l'Ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis d'Amérique, son Excellence René Antonio Léon Rodriguez, il y a une corrélation très étroite entre le statut migratoire des membres d'une diaspora et le volume des transferts qu'ils effectuent. Plus leur statut est légal et régulier, plus ils ont la possibilité de trouver de meilleurs emplois et de mieux se tirer d'affaires et plus ils ont la possibilité de transférer plus d'argent à leurs familles. Aussi, dans l'intérêt de ses nombreux ressortissants établis aux Etats-Unis ( près de 2 millions), le gouvernement du Salvador croit nécessaire d'entretenir de bonnes relations avec le gouvernement du pays hôte. Aux dires de l'Ambassadeur Rodriguez, les relations développées et entretenues par l'actuel gouvernement de son pays avec l'administration Bush ont permis à de nombreux membres de la diaspora salvadorègne établis aux USA de bénéficier d'un statut migratoire plus favorable connu sous le nom de "TPS" (Temporary Protection Status).

Il faut aussi concevoir des programmes pour supporter les communautés à l'extérieur. Les conférenciers salvadorègnes et mexicains en l'occurrence : Blanca L. Cruz et Blanca Romero du Salvador, Roberto Ramirez et Mario Riestra Venegas du Mexique ont donné une idée de types de programmes mis en place aussi bien par des organisations de la société civile que par l'Etat pour aider ces communautés à s'émanciper. Le représentant de la "IAF" Carlo Dade a aussi plaidé en ce sens demandant aux gouvernements de prendre soin de leur diaspora, de s'assurer que ses membres évoluent bien dans les communautés d'accueil.

La Banque InterAméricaine de Développement (BID) et le Fonds Multilatéral d'Investissement (MIF) sont aussi disposés à donner un concours. Reconnaissantes de l'importance grandissante des transferts de la diaspora pour Haïti et l'ensemble des pays latinoaméricains et caraïbéens (23 milliards de dollars en 2001), et alertées par le coût trop élevé d'envoi des transferts, ces institutions par la voix de Donald F. Terry, Manager du "MIF" se disent préoccupées par la question et donc intéressées à travailler pour aider les pauvres Haïtiens à réduire les coûts des transferts. " Il est temps de penser à des mécanismes permettant à ces fonds d'être transmis au moindre coût et d'avoir un impact plus significatif sur le développement économique des pays bénéficiaires. " a lancé Monsieur Terry.

Il est à noter toutefois que selon Carl Braun de la UNITRANSFER, les coûts de transaction sont élevés dans le business des transferts à cause de :

Tous ces éléments rendent les frais généraux élevés. Cependant, toujours selon Monsieur Braun, les frais chargés pour les transferts ont beaucoup baissé. Etablis à 10% quelque soit la valeur du transfert il y a 3 ans, avant l'arrivée de la UNITRANSFER sur le marché, ces frais varient aujourd'hui entre 3% et 9% pour les transferts livrés à domicile et entre 3% et 7% pour les autres types. La charge minimale est de $ 5 à la UNITRANSFER.

HAÏTI PROFITE-T-ELLE COMME IL SE DOIT DE SA DIASPORA ?



Le marché de la diaspora n'est pas encore exploité par les entreprises haïtiennes.

Les exportations de produits haïtiens à destination des communautés de la diaspora sont peu significatives. Même en matière de tourisme, explique Pierre Chauvet fils, le pourcentage d'Haïtiens qui viennent annuellement en visite est estimé à seulement 3,6% ce qui est évidemment très peu, trop peu.

Pourtant, le potentiel et les possibilités sont là et surtout d'autres pays ont su utiliser leur diaspora comme tremplin pour conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, la bière mexicaine Corona a utilisé la forte colonie mexicaine aux Etats-Unis pour pénétrer le marché américain et s'y imposer comme la première bière importée, a avancé David Adams, Directeur de USAID - Haïti. Les Salvadorègnes jouissant de la présence d'un nombre important de leurs compatriotes dans l'Ouest des USA ont, pour leur part, réussi à faire de leur bière Pilsener une marque favorite des casinos de Las Vegas. En Haïti, d'après David Adams et Karla Holstetler, Directrice de Aid To Artisans (ATA), le projet d'appui à l'agriculture haïtienne de la USAID exécuté par le Hillside Agricultural Project (HAP) et Aid to Artisans sont en train de confirmer qu'il y a, en diaspora, des débouchés intéressants pour des produits haïtiens tels que le cacao, l'igname, les produits artisanaux.

Dans la perspective de saisir ces opportunités, les entrepreneurs privés sont invités par le Ministre Leslie Voltaire à l'accompagner lorsqu'il prend son bâton de pèlerin pour aller visiter les communautés de la diaspora. Ils peuvent aussi bien investir comme la UNITRANSFER dans des études de marché afin de mieux connaître la diaspora. La diaspora, de son côté, peut, selon David Adams, inciter les supermarchés de leurs communautés respectives pour que ceux-ci acceptent davantage de produits d'origine haïtienne.

La diaspora pourrait-elle contribuer davantage au développement ?

Selon de nombreux conférenciers haïtiens de l'intérieur et de l'extérieur, la volonté de la diaspora de participer et de contribuer au développement d'Haïti ne fait aucun doute.

Même s'il est illusoire de penser que les émigrés reviendront au pays pour leurs vieux jours ( ce n'est pas la tendance au niveau mondial selon Manuel Orozco), ils sont tout de même intéressés à participer au développement national. Ils l'avaient fait après 1986 et ceci jusqu'en 94. Mais aux dires de plusieurs, ils ne recommenceront pas de n'importe quelle façon. Ronald Céran, un consultant engagé par la IAF pour une étude auprès des communautés haïtiennes de Miami, de New York et de Montréal, avance que les Haïtiens posent aujourd'hui des questions quant à la gestion qui sera faite de leurs fonds. Le passé récent leur a laissé un goût amer à la bouche et ils demandent des comptes sur leurs premiers dons. Par exemple, ils demandent où sont passés les fonds du VOAM (Voye Ayiti monte). Pour Marie Carole Tertulien, appelée à opiner sur la possibilité de demander à chaque Haïtien de la diaspora de verser $20 US par mois à un fonds de développement d'Haïti, l'idée n'est pas mauvaise. Le problème se situe au niveau de la gestion des fonds. De son côté, Dina Paul Parks de NCHR, Haïtienne d'origine ne cache pas que, selon elle, il n'y a pas encore de cadre structuré pour une contribution plus significative de la diaspora aux projets de développement en Haïti.

Toujours est-il, que des Haïtiens, soit par l'entremise d'organisations haïtiennes, soit par le biais d'organisations étrangères, sont prêts à aider. Marc Roger, membre de la diaspora haïtienne de Floride et de FAVACA (Florida Association of Voluntary Agencies for Caribbean Action) un groupe fondé en 1981 par le Sénateur Robert Graham, rappelle que son organisation n'attend que des requêtes d'ONGs, d'entreprises privées et de l'Etat pour, dans la me-sure du possible, envoyer en Haïti des missions de volontaires. Romer Boucicault, membre de FIDEB, a lui, profité de faire l'apologie de l'expérience de son organisation dans la gestion de fonds extérieurs et de micro-projets de développement au profit de la communauté paysanne.

Par ailleurs, le PDG de la UNIBANK a rappelé qu'il existe encore beaucoup de contraintes empêchant la canalisation de l'épargne de la diaspora vers Haïti. Selon M. Braun, les Haïtiens de la diaspora et clients de la UNIBANK auxquels il parle, en dépit de leur amour pour Haïti, admettent que lorsqu'il s'agit d'investissements, ils n'ont pas de nationalité, ni d'émotions. Joseph Baptiste de la National Organisation for the Advancement of Haitians ( NOAH ), transmet une idée proche de celle-ci par ces mots : " nous travaillons dur pour gagner notre vie. Nous sommes prudents en matière d'investissements et nous ne serons pas émotionnels. "

De son côté, le conférencier James Morrell a mis l'accent sur les entraves posées par la crise politique et l'insécurité à un plus grand retour d'émigrés haïtiens de talent vers leur pays.

Le message est donc clair. Haïti devra sortir de la crise et mettre en place des structures d'accueil et de gestion adéquates avant d'espérer obtenir des investissements même de la part de ses ressortissants vivant en terre étrangère.

LES ACTIONS DU MHAVE

Intervenu à deux reprises au niveau de la conférence, le Ministre Leslie Voltaire a saisi l'opportunité pour éclairer sur la vision et les principales réalisations de son ministère. Le Ministre a notamment fait état de :

Ces réalisations sont la preuve, selon le ministre, que le gouvernement et le ministère ont été et continuent d'être à l'écoute des revendications exprimées par la Diaspora et qu'il y a donc eu du chemin effectué depuis les deux premières éditions de " la Semaine de la diaspora " organisée par le MHAVE.

COMMENT MAINTENIR ET FACILITER LA COMMUNICATION ENTRE LA DIASPORA ET LES HAÏTIENS DE L'INTÉRIEUR ?

Cette question non inscrite à l'agenda des discussions a toutefois été soulevée au cours des débats. Pour l'homme d'affaires haïtien Philippe Armand, dans le long terme, la communication entre personnes de descendance haïtienne nées à l'étranger et haïtiens " natif natal " risque de devenir quasi impossible puisque les premiers parleraient anglais et les seconds, créole. Il y aurait lieu, selon Monsieur Armand, compte tenu des obligations linguistiques de la globalisation, que la diaspora contribue à une plus grande connaissance de la langue anglaise en Haïti. Cette idée cependant n'a pas fait l'unanimité. Au cours des débats sur l'essence de l'identité haïtienne, Mme Nathalie Liautaud, Coordonnatrice du Projet Forum 2000, a soulevé le questionnement relatif aux caractères propres de l'haïtianité : outre les éléments linguistique, culturel, historique... n'existerait-il pas d'autres facteurs qui la définiraient. Tout en reconnaissant le risque que des enfants nés de parents haïtiens en terre étrangère soient à un moment de l'histoire coupés de la mèrepatrie à cause de la langue, les panélistes et membres de l'assistance qui sont intervenus par la suite, maintiennent que la langue de ralliement devrait être le créole. Pour des raisons qui leur échappent, des membres de la diaspora ont avoué que leurs enfants éprouvent beaucoup plus de facilité et manifestent beaucoup plus d'intérêt à parler le créole. Il faudrait donc encourager, inciter l'apprentissage de cette langue dans les communautés de la diaspora. Rien que dans l'intérêt de maintenir le lien entre personnes d'ascendance haïtienne et personnes " natif natal ".

Claude Bernard Célestin Synergies


DISCOURS D'OUVERTURE

Ralph AUGUSTE

" Les contributions financières, qui d'après les derniers chiffres, totaliseraient près de 800 millions de dollars sont des statistiques très éloquentes quant à l'importance de la place de cette diaspora pour nous. Ceci représente la plus grande rentrée de devises du pays et un très large pourcentage de notre Produit National Brut (PNB). "



Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Depuis sa création, le Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED) a réalisé de nombreux projets dont notamment :

Nous travaillons parallèlement au Projet/CLED Forum 2000 à l'élaboration d'un agenda pour le secteur des affaires.

Le Projet Forum 2000, est beaucoup plus large que cette conférence. C'est un programme d'information, de sensibilisation et de développement de propositions de politique économique. En matière de conférences, nous en avons déjà réalisé sept, à savoir :

Nous avons organisé également des ateliers de travail autour de l'éducation et de multiples autres sujets d'importance pour nous.

Cette conférence aujourd'hui s'inscrit dans le cadre de ce projet. Elle devrait nous permettre à la fin de nous présenter et de présenter au public en général un document final restituant ainsi à tout participant sa contribution à chacune des conférences organisées par le CLED. Cette restitution serait une synthèse de la réflexion nationale faite autour de ces sujets.

Cette conférence sera disponible tant à l'écrit que sur le site internet du CLED : www. cledhaiti.org. Aussi, les intéressés seront-ils priés de consulter les Actes de la Conférence et notre site.

Dans le cadre de la diaspora haïtienne, l'attachement au pays demeure important indépendamment des conditions d'émigration aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, en Afrique et dans les Caraïbes.

Les contributions financières, qui d'après les derniers chiffres, totaliseraient près de 800 millions de dollars sont des statistiques très éloquentes quant à l'importance de la place de cette diaspora pour nous.

Ceci représente la plus grande rentrée de devises du pays et un très large pourcentage de notre Produit National Brut (P.N.B.). En comparaison cependant avec d'autres pays de l'Amérique Latine, les contributions de la diaspora haïtienne quoique importantes sont moins diversifiées, la diaspora est moins impliquée dans les efforts d'investissements au pays.

Les questions qui seront au centre de nos débats sont les suivantes:

Ce sont là quelques-uns des éléments de réflexion sur lesquels nous nous proposons de discuter lors de la conférence avec ce partenariat indispensable pour le développement économique de notre pays.

Je tiens encore à remercier tous les participants et l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), notre bailleur de fonds principal, la UNITRANSFER et la Fondation Inter-Américaine (IAF) pour leur aide à l'organisation de cette conférence.

Merci. à Donald F. TERRY

" Mais en fin de compte, ce sont les Haïtiens envoyant de l'argent à d'autres Haïtiens qui font la différence. C'est une leçon de taille pour nous qui, de Washington, pensons que tout l'argent vient du portefeuille américain. "

C'est pour moi un véritable plaisir d'être en Haïti. Je commencerai mon exposé par une anecdote. Ayant grandi à Boston, dans le Massachusetts, j'ai pu apprendre le français pendant environ 8 ans, à l'école primaire, grâce à des sœurs québécoises. Je me croyais l'enfant le plus brillant de la classe jusqu'à ce qu'une fillette haïtienne rejoigne la classe et se montra encore plus brillante que moi. A l'époque, je devais être à ma troisième ou à ma quatrième année de scolarisation. En revenant en Haïti (je suis à mon troisième voyage), je retrouve le souvenir de cette incroyable enfant qui faisait partie de ce dont nous sommes venus parler aujourd'hui : la diaspora haïtienne.

Ces Haïtiens que j'ai croisés dans l'avion à destination d'Haïti, qui sans doute ne rentrent pas définitivement au pays, mais qui font constamment la navette, illustrent cet aspect de la diaspora.

Je félicite le CLED d'avoir pensé à organiser cette conférence non seulement en mettant en relief le cas de la diaspora haïtienne mais encore celui du Mexique, du Salvador et d'autres pays qui vivent la même situation sociale et économique confrontée par les différentes diasporas.

Travaillant à la section de la Banque Interaméricaine de Développement ( BID) impliquée dans le développement du secteur privé et de celui des petites entreprises, je puis affirmer qu'au cours des récentes années, ces 13 pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, où les transferts monétaires atteignent un niveau considérable, sont devenus notre par-tie de prédilection sur la carte régionale. Donald F. TERRY

M. Donald F. Terry gère le Fonds Multilatéral d'Investissement (Multilateral Investment Fund - MIF) de la Ban-que Inter-américaine de Développement (BID) depuis sa constitution en 1993. Ce fonds de $1.3 milliards de dollars américains, parrainé principalement par le Japon, les Etats-Unis et l'Espagne, ainsi que par 30 autres pays donateurs fut établi pour fournir des allocations, des subventions et des capitaux propres permettant d'accélérer la transformation vers les économies de marché en Amérique Latine et dans les Caraïbes.

Avant de rejoindre le MIF, M. Terry a occupé des fonctions importantes au Département du Trésor des Etats-Unis.

M. Terry a obtenu un diplôme en Sciences Politiques de l'Université Yale et une Licence en Droit de la Faculté de Droit de l'Université de Berkeley en Californie. Il est également diplômé du Programme de Gestion pour Cadres Supérieurs du Secteur Public de la Faculté de Gestion de Harvard.

Avant d'aborder la situation haïtienne, je voudrais dire quelques mots sur " les transferts monétaires individuels ". Je pense que ce terme, à savoir " transferts monétaires individuels " est plutôt austère, voire quelque peu technique. C'est le genre de mots utilisés par Washington. Il apporte cependant une incroyable dimension humaine à cet autre mot austère que nous employons, la "globalisation".

Les transferts monétaires individuels s'effectuent par des personnes qui ont quitté leur pays et y envoient de l'argent, habituellement à des membres de leurs familles restés làbas ; c'est un phénomène qui existe depuis bien des générations.

J'en sais quelque chose. Mes grands-parents irlandais ont émigré à Boston, il y a environ une centaine d'années. Mais la différence, entre cette époque et aujourd'hui, réside dans le fait que mes grands-parents étaient venus rejoindre leurs frères et sœurs et que, au bout de 10 à 15 ans, il n'y avait eu plus aucune sorte de communication ou d'interaction entre eux et leur famille restée en Irlande alors que de nos jours, lorsque les gens quittent leur pays, en raison des évolutions survenues dans le transport, la communication et la technologie de l'information, ils ne partent pas pour toujours et continuent de garder le contact avec leur famille.

Les communications continuent à se maintenir entre le pays d'origine et le pays vers lequel on a émigré. Ce constat revêt un aspect beaucoup plus qu'économique, il est plutôt social. C'est un phénomène mondial, qui se manifeste en Asie, en Afrique, en Europe de l'Est, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, entre ce pays-ci et la République Dominicaine, entre le Pérou et le Chili, entre le Nicaragua et le Costa Rica, entre le Guatemala et le Mexique, entre la Bolivie et l'Argentine, ceci jour après jour.

L'argent envoyé au pays, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, atteignait un total de vingt-trois (23) milliards de dollars pour l'année 2001. Quelqu'un eut à dire à Washington : " Vous savez, un milliard par-ci, un milliard par-là, cela finit bientôt par constituer une grosse somme ". Les institutions de Washington manipulent des données économétriques énormes ; elles ont affaire aux prêts d'investissement sectoriels (ISL); aux prêts pour soutenir des réformes (PBL).

Toutefois, en 2001, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, l'USAID, l'Union Européenne et toutes les autres organisations bilatérales mises ensemble n'ont pas pu égaler la quantité d'argent envoyée par des gens relativement pauvres, vivant dans les pays développés, à d'autres gens encore plus pauvres dans leurs pays d'origine. Leurs vingt-trois (23) milliards de dollars donnent vraiment l'impression que les autres transferts monétaires sont de peu d'importance. Pour la plupart des pays, la somme des entrées de capitaux et les chiffres du commerce extérieur sont très largement dépassés par les transferts monétaires individuels effectués vers ces pays.

La tendance est évidente. Nous pensons qu'au cours des cinq ou six dernières années, les transferts monétaires individuels en Haïti ont augmenté d'au moins 50% et peut-être même de 75%.

Je suis obligé de citer ces chiffres imprécis parce qu'ils ne sont pas vraiment connus. Ils représentent toutefois ce qu'il est possible de faire de mieux comme estimation. Nous croyons être prudents en chiffrant, le montant des transferts à destination d'Haïti, en l'an 2001, à huit cent dix (810) millions de dollars . Cela représente près de 20% du Produit National Brut (P.N.B.) d'Haïti, ce qui est le deuxième plus fort pourcentage du P.N.B. pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. Le Nicaragua occupe malheureusement, à mon avis, la première place en matière de pourcentage du P.N.B. en transferts monétaires individuels. Ce sont là de forts montants, et nous pouvons même les avoir sous-évalués. La tendance est telle que s'ils ne l'ont pas encore atteint, ces montants avoisineront un (1) milliard dans un avenir assez proche. Ce montant est très élevé, même pour Washington.

Il est donc temps d'envisager comment ces ressources peuvent être transférées à moins de frais et l'argent une fois parvenu à destination, comment les fonds peuvent servir à renforcer l'économie. C'est ce qu'essaie de faire le Fonds d'Investissement Multilatéral de la Banque Interaméricaine de Développement. Nous avons des projets au Mexique et nous allons en avoir au Salvador, mais nous pensons travailler avec le CLED et d'autres organisations d'ici pour trouver des moyens d'aider aussi Haïti.

D'autres membres de l'Inter American Dialogue impliqués dans ce type d'opération pourront en parler.

A l'occasion d'une brève rencontre, le directeur de la UNIBANK et moi avons parlé des moyens d'aider Haïti. Nous nous réjouissons de ce qu'une organisation comme la UNIBANK soit impliquée dans ce projet.

Je trouve que la formule de la UNIBANK " Livraison à domicile en moins de deux heures " est à encourager. Recevoir un transfert monétaire à domicile en deux heures est plutôt bien, mais payer un transfert à coût peu élevé est encore mieux.

Dans ce monde de globalisation, il est question de mouvements commerciaux et de mouvements de capitaux ; cependant, trop souvent ces mouvements ne se concrétisent pas dans un pays comme Haïti. J'avoue que ceux qui protestent, à l'occasion des réunions annuelles devant les organismes internationaux, leur reprochant n'avoir pas assez fait pour les gens ordinaires des pays en développement, pour s'occuper uniquement des élites, ont raison.

Nous devons permettre à des pays comme Haïti de bénéficier de quelques-uns des avantages de la globalisation et de cette technologie d'information et de communication.

C'est ce que je propose de faire, dans cinq (5) ou dix (10) ans, quand les transferts monétaires individuels atteindront un (1), un et demi (1.5) ou deux (2) milliards de dollars.

Les cartes en plastique donnent accès à la technologie d'information mondiale. Je suis moi-même détenteur de cartes en plastique - la carte American Express et une carte de la mutuelle de crédit délivrées par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et la carte d'American Airlines Frequent Flyer Citibank.

En insérant cette carte dans un distributeur, il n'y a peut-être pas encore beaucoup de ces distributeurs en Haïti- il est possible d' en retirer 200 à 300 dollars en monnaie locale. Le seul problème réside dans le fait que le bénéficiaire est facturé pour un montant de deux (2) à (3) trois dollars pour une transaction, qui en principe ne devrait coûter que quelques centimes.

Je parie que la plupart des personnes ici présentes aujourd'hui ont dans leur portefeuille au moins une carte en plastique.

Les gens pauvres vivant aux États-Unis, qui sont les Haïtiens de Miami, de New York et du Massachusetts, paient d'ordinaire bien plus que deux à trois dollars pour envoyer de l'argent à leur pays d'origine. Je dispose de cette carte en plastique parce que j'ai un lien avec une institution. Il n'est besoin d'être ni sorcier ni chirurgien du cerveau pour le comprendre.

Nous pouvons découvrir des moyens, pour les Haïtiens vivant en terre étrangère, de s'organiser assez bien pour établir des liens avec des institutions financières pouvant leur délivrer ces cartes en plastique, qu'ils utiliseront pour des retraits d'argent à la UNIBANK et en d'autres établissements.

Cela ne fonctionnera peut-être pas rapidement en Haïti, mais cela fonctionne déjà dans le Chiapas, la partie du Mexique la moins développée, certes, mais celle où l'on trouve aussi le plus de distributeurs "ATM" par habitant. Pourquoi y a-t-il le plus de machines par habitant à Chiapas ? La réponse est tout à fait logique. Parce que l'idée ne sourit pas aux banques d'installer des succursales à Chiapas, avec tout ce que cela exige en matière de locaux, bureaux, téléphones, etc., mais elles y installeront des distributeurs. C'est donc très paradoxal, mais la population de Chiapas jouit davantage de l'accès aux distributeurs "ATM" et à cette technologie de l'information que certaines autres parties du Mexique. Il s'agit ici d'un objectif d'avenir, de ce qui n'est pas encore à notre portée dans ce pays.

Je ne sais pas exactement le montant à payer pour envoyer de l'argent en Haïti. Je sais cependant que, pour expédier ces vingt-trois milliards de dollars en Amérique Latine, le coût a été de trois à quatre (4) milliards de dollars, soit 12% à 15% par transaction. Il y a de cela trois ou quatre ans, avant la concurrence, cela aurait coûté près de 25%. Je sais par intuition que très peu de gens accepteraient de payer autant pour envoyer seulement de l'argent, alors que, munies de ces cartes en plastique, ils pourraient le faire avec beaucoup plus d'efficacité. Les gens pauvres ne devraient pas avoir non plus à l'accepter. Et une fois l'argent reçu, il faudrait déterminer comment en renforcer l'impact sur l'économie.

La question est d'importance et des institutions telles que la Banque Interaméricaine de Développement (BID) voudraient travailler de concert avec les Haïtiens, par l'intermédiaire du Fonds Multilatéral d'Investissement (MIF), pour envisager les moyens de venir en aide. Mais en fin de compte, ce sont les Haïtiens envoyant de l'argent à d'autres Haïtiens qui font la différence. C'est une leçon de taille pour nous qui, de Washington, pensons que tout l'argent vient du portefeuille américain. Il y a beaucoup d'argent qui transite de mains haïtiennes à d'autres mains haïtiennes et nous devons aider à en faire le meilleur usage possible.

Merci de votre attention.

Panel 1

Caractéristiques de la Diaspora :

Vue d'ensemble

du flux de versements

de la Diaspora vers Haïti

Manuel OROZCO

" Si les coûts des transferts monétaires étaient réduits de 50%, le P.N.B. du pays en question augmenterait d'au moins 1%. Il y a donc des avantages certains à travailler dans ce sens. "

Je remercie le CLED de m'avoir invité à parler un peu de notre travail relatif aux émigrés et aux transferts monétaires vers l'Amérique Latine et les Caraïbes. Mon exposé fera suite, en quelque sorte, à celui de Donald Terry, dans la logique de considérer l'émigration et l'immigration comme " la dimension humaine de la globalisation ".

L'Amérique Latine et les Caraïbes ont été intégrées à l'économie globale par le déplacement de la main d'œuvre et les transferts monétaires effectués par les travailleurs. Ces transferts monétaires constituent ces sommes d'argent qu'ils envoient au pays natal par suite d'un engagement ou d'une obligation qu'ils ressentent vis-à-vis de leur famille.

Le processus d'intégration économique se déroule à travers ce que j'appellerais les quatre "T" : le Tourisme, les Télécommunications, le Transport et le " Trade " (mot anglais qui signifie " commerce "), le tout se rapportant souvent d'une façon directe à l'émigration.

Dans plusieurs pays, le taux du tourisme est fonction du pourcentage de personnes originaires du pays qui y retournent pour des visites. Haïti ne fait pas exception. Même en République Dominicaine, un pays visité par beaucoup de touristes, 30% de ceux-ci sont des Dominicains résidant aux États-Unis. Un phénomène similaire s'observe au Salvador, au Nicaragua et même au Mexique, où 20% des touristes sont des Mexicains vivant à l'étranger et qui reviennent visiter leur pays.

Parlant des télécommunications, un ancien vice-président Manuel OROZCO

Directeur du Programme de l'Amérique Centrale au sein de l'Inter-American Dialogue (IAD), M. Manuel Orozco supervise un projet spécial sur l'impact des flux de versements (remittances) sur le développement dans les communautés Latino-américaines aux Etats-Unis et en Amérique Latine.

Détenteur d'un Doctorat et d'une Maîtrise en Administration Publique de l'Université de Texas à Austin et d'une Licence (B.A) de l'Université Nationale de Costa Rica, M. Orozco a enseigné à l'Université d'Akron, à Ohio.

Ses domaines de recherches incluent la globalisation, les relations internationales, la démocratie, les conflits dans les sociétés affligées par la guerre et la politique des minorités. Il a effectué des recherches sur demande de l'Institut de Politique Tomas Rivera sur les problématiques liées à la migration, à l'ethnie, aux relations internationales et leurs implications pour les Etats-Unis.

M. Orozco est l'auteur de nombreuses études sur les flux de versements et contributions de la diaspora, tels que: "Associations de Villes Natales Latino-américaines en tant qu'Agents de Développement en Amérique Latine" (Latino Hometown Associations as Agents of Development in Latin America) et "Les Flux de Versements et les Marchés: Nouveaux Acteurs et Nouvelles Pratiques" (Remittances and Markets: New Players and Practices).

d'AT&T en poste en Amérique Latine eut à dire que les chiffres d'affaires au Salvador représentaient six fois ceux du Brésil. Voilà qui indique la magnitude et l'effet de l'émigration parce que les chiffres d'affaires en question sont fonction de la demande en appels téléphoniques internationaux entre les Salvadoriens vivant aux États-Unis et leur famille au Salvador.

Dans le secteur du transport, les compagnies aériennes sont aussi affectées considérablement par le flot d'immigrés arrivant dans leur pays d'origine ou quittant celui-ci.

Les associations régionales et les associations communautaires d'immigrés en provenance de différentes parties de l'Amérique Latine, qui organisent des levées de fonds pour venir en aide à leurs communautés d'origine, représentent une évolution significative.

Les investissements d'immigrés dans les petites entreprises constituent également un sujet très intéressant. Il est possible que dans un avenir proche - dans les dix ans - le partenaire le plus intéressant pour certains secteurs devienne la communauté d'immigrés qui connaît à fond les marchés du pays d'origine, de même que les besoins de ce pays.

Une étude que nous avons menée l'an dernier, au sujet des immigrés d'Amérique La-tine a révélé que 10% d'entre eux sont prêts à investir ou ont déjà investi dans leur pays d'origine. Les indices peuvent donc déjà se remarquer.

Il existe sans aucun doute, concernant l'émigration internationale, une série de tendances auxquelles nous devons faire attention. L'une d'entre elles se rapporte au changement se produisant dans nos économies, des exportations agricoles aux exportations de textile et de main d'œuvre. Un autre facteur est que les transferts monétaires constituent toujours le lien économique le plus important entre les diasporas - les citoyens ayant émigré vers d'autres pays - et les pays d'origine. Je m'attends à ce qu'à long terme, les transferts monétaires perdent de leur importance par rapport aux autres types d'échanges économiques, mais, pour le moment, ils sont très importants. Le marché des transferts monétaires présente certaines caractéristiques qui reflètent, selon le pays en question, des niveaux de concurrence et des niveaux d'échecs en ce qui concerne les prix, les livraisons et l'accès aux instruments et infrastructures financiers. Nous assistons certainement à un nouveau type d'évolution économique en Amérique Latine.

Je disais à quelques collègues que, pour la première fois de son histoire, la Commission Economique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes (ECLAC), l'une des institutions financières les plus influentes de l'Amérique Latine et des Caraïbes dans les domaines du commerce et du développement économique, a cité six importantes stratégies de développement économique pour cette région. L'une d'entre elles est l'émigration, notamment en ce qui concerne la question des transferts monétaires.

Sur la question de l'évolution des dynamiques, on remarque qu'en Amérique Latine et dans les Caraïbes, qui comptent un grand nombre d'immigrés aux États-Unis et dans d'autres parties du monde, les exportations alimentaires et l'agriculture connaissent un déclin significatif quant au pourcentage du Produit National Brut (P.N.B.) qu'elles représentent. Dans la plupart de ces pays, la population active continue à décliner à mesure que l'industrialisation progresse, mais aussi pour d'autres raisons. En même temps, un autre type de développement économique lié aux transferts monétaires se constate. Nous assistons à un déclin de l'agriculture, une montée de l'émigration, notamment vers les États-Unis, une hausse dans les transferts monétaires par ceux qui travaillent à l'étranger et d'importantes transformations dans les économies des pays d'origine, comme l'indique la proportion des transferts monétaires par rapport à l'agriculture dans le P.N.B. Les cas de la République Dominicaine et du Salvador illustrent le déclin de l'un de ces secteurs au profit de l'autre. Même en Haïti, on peut constater à quel point les transferts monétaires sont devenus aussi importants que le commerce avec les États-Unis. La valeur des exportations vers les États-Unis est inférieure à celle des transferts monétaires effectués depuis ce même pays, selon les données très conservatrices de la Banque Centrale d'Haïti, où le montant des transferts est sans doute considérablement sous-évalué.

D'autres estimations avancent que les transferts monétaires vers Haïti doivent totaliser environ huit cents (800) millions de dollars. Ce qu'il est important de noter, c'est la croissance en spirale du flux monétaire, des communautés d'émigrés vers leur pays d'origine.

Bien que j'utilise le terme d'une manière inappropriée, quand je parle de communauté latino-américaine, je fais référence aussi à la communauté haïtienne. Cette communauté, aux États-Unis, n'est pas seulement démunie, mais elle a aussi très peu d'accès aux systèmes bancaires.

Le fait que moins de 50% des Latino-américains vivant aux États-Unis disposent d'un compte en banque, pose un très sérieux problème. Aux États-Unis, l'accès aux institutions bancaires signifie l'accès au crédit facilitant la gestion économique et l'accès à l'intérêt rapporté par l'épargne. Nous savons également qu'en Amérique Centrale et dans les Caraïbes, seule une infime minorité, de 5 à 20% de la population, gère des comptes en ban-que.

Par conséquent, nous assistons à une montée de l'opportunisme. Je reçois au moins deux appels téléphoniques par semaine de sociétés impliquées dans le transfert monétaires me demandant de leur indiquer la manière dont elles peuvent profiter de ces occasions d'affaires. Elles disent avoir accès à une formidable technologie permettant d'expédier de l'argent à meilleur marché et demandent quelles communautés peuvent avoir besoin de leurs services, à quel prix et à quel taux de change. Il existe aussi des sociétés ayant un intérêt direct dans les communautés et qui proposent les transferts monétaires comme service supplémentaire.

Selon une étude effectuée sur environ cent (100) sociétés de transferts monétaires, les coûts sont encore élevés. Les frais réclamés pour les transferts monétaires vers Haïti semblent se situer dans la moyenne. On paie davantage pour les transferts monétaires vers Cuba, la Jamaïque et la République Dominicaine, partiellement en raison de la distribution des parts de marché. Une seule société contrôle 70% du marché des transferts monétaires vers la Jamaïque, ce qui représente presque un monopole. En République Dominicaine, où sept (7) sociétés contrôlent 90,9 % du marché, il existe quelque chose d'équivalent à un cartel, qui tient une réunion chaque lundi à 10 heures pour décider du taux de change à imposer pour la semaine. Les émigrés non seulement paient les frais pour le transfert monétaire, mais ils perdent aussi sur la valeur de leurs dollars à cause de la spéculation sur le taux de change. Dans les pays où il existe davantage de concurrence, au Mexique par exemple, les frais sont moins élevés quoiqu'ils atteignent 10% du montant expédié. Selon une enquête que nous avons menée l'an dernier auprès de 1.000 immigrés Latino-américains, et selon notre analyse des prix réclamés par différentes sociétés pour expédier 200 dollars, soit la moyenne des transferts que disent effectuer les émigrés, les coûts des transferts continuent d'être élevés. Mais le plus important est de pouvoir disposer d'une infrastructure institutionnelle permettant de réduire ces coûts et faciliter les échanges entre les communautés. Nous avons entendu les propos de Donald Terry sur la pénurie de distributeurs automatiques de billets en Haïti, ce qui est aussi la réalité dans d'autres pays d'Amérique Latine. Répétons donc ici, les conditions nécessaires à l'implantation d'un meilleur système de transfert. Si les coûts des transferts monétaires étaient réduits de 50%, le P.N.B. du pays en question augmenterait d'au moins 1%. Il y a donc des avantages certains à travailler dans ce sens. En guise de conclusion, je voudrais ajouter qu'il me semble qu'il existe, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, un paysage économique lié à deux dynamiques. Au Guatemala, par exemple, les transferts monétaires poursuivent leur croissance ininterrompue face aux fluctuations dans les exportations du café et des produits agricoles en général. Les transferts monétaires n'ont pas vraiment ralenti par suite de la récession économique ou des répercussions des événements du 11 septembre 2001. Les émigrés s'efforcent sérieusement de tenir leurs engagements envers leurs familles. Nous devons travailler à améliorer leur accès aux comptes en banque aux États-Unis, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, à inciter ceux qui ont déjà accès aux banques, à utiliser le système bancaire pour les transferts monétaires, de même qu'à encourager les institutions bancaires et mutuelles de crédit, à faciliter les transferts monétaires à bon marché.

Je vous remercie de votre attention.

Margarita MOONEY

" La nostalgie de la terre natale, ressentie par les émigrés, constitue une puissante source de motivation pour les transferts monétaires aux fins de développement. Ce sentiment de solidarité ouvre la porte à une mobilisation de ressources humaines et économiques qui pourrait produire un formidable impact sur le développement d'Haïti. "

Mon exposé traitera de la mobilisation des transferts monétaires collectifs dans la diaspora haïtienne. Il se subdivisera en trois parties.

La première partie sera un aperçu concernant le nombre et le lieu de résidence des membres de la diaspora haïtienne aux États-Unis, au Canada, en France et dans les Caraïbes.

Dans la seconde partie de l'exposé, je décrirai les principales formes d'organisations rencontrées dans la diaspora haïtienne et je ferai état de ceux, d'entre les différents groupes, qui peuvent effectuer des transferts monétaires collectifs destinés aux projets de développement en Haïti, et d'une façon particulière, des expériences réussies par des églises de la diaspora.

La troisième partie de la préparation présentera les résultats d'une enquête interne menée par la Fondation Interaméricaine (IAF) sur des projets auxquels elle participe, où les transferts monétaires collectifs sont utilisés. Je ferai part des leçons qui ont été tirées et dont pourrait s'inspirer la diaspora haïtienne pour agrandir la portée et renforcer l'impact de ses transferts monétaires collectifs.

Bien que les rapports de recensements avancent souvent des chiffres trop bas pour les populations noires et immigrées, ils sont encore les sources les plus fiables dont nous disposions en ce qui concerne les Haïtiens vivant en terre étrangère. Les chiffres présentés au Tableau 1 proviennent des données du plus récent recensement pour chacun des Margarita MOONEY Mlle Mooney prépare un Doctorat en Sociologie de l'Université de Princeton, au New Jersey. Elle s'est spécialisée dans les relations entre l'Eglise Catholique et les communautés Haïtiennes de Montréal, New York, Miami et Paris et ses recherches l'ont amenée en Haïti.

Au cours des trois ans qu'elle a passé à la Fondation Arias pour la Paix et le Progrès Humain au Costa Rica, elle s'est penchée sur l'adhérence des accords de paix au Nicaragua, à El Salvador et au Guatemala.

Diplômée de l'Université de Yale, elle collabore présentement avec la Fondation Inter-Américaine (IAF) dans la recherche et le développement de stratégies de travail avec les communautés de la Diaspora Haïtienne.

Mlle Mooney est l'auteur et coauteur de nombreux articles sur les groupes d'immigrants et les flux de versements vers leur pays d'origine, notamment " Les attaches sociales et les investissements des saisonniers mexicains ", et " Capital Social et Développement ". pays. En raison du décalage vers le bas, ces chiffres ont été majorés de 10 % dans chaque cas. Les données du recensement aux États-Unis représentent le nombre d'individus qui se sont déclarés d'ascendance haïtienne, qu'ils soient nés en Haïti ou aux États-Unis. Les données du Canada et de la France représentent uniquement le nombre d'individus nés en Haïti, parce que les rapports de recensement de ces pays ne fournissent pas d'information sur l'ascendance.

Selon le recensement des États-Unis, le nombre d'Haïtiens qui y vivent, a doublé de 1990 à 2000. Les données du Service américain d'immigration et de naturalisation indiquent aussi qu'Haïti continue de bénéficier d'environ 20.000 nouveaux visas d'immigrés par an. Tout immigré qui a reçu une autorisation de séjour permanent ou acquis la citoyenneté américaine a aussi le droit de faire entrer aux États-Unis certains membres de sa famille. Il faut donc s'attendre à ce que la diaspora haïtienne continue de croître en nombre.

Le point que je vais aborder est relatif aux organisations de la diaspora haïtienne qui sont les plus aptes à devenir des partenaires dans les projets de développement où les transferts monétaires collectifs sont utilisés.

Quels sont ceux, de ces groupes d'émigrés, qui effectuent des transferts monétaires vers Haïti ? Que pouvons-nous retenir de leurs expériences ? Dans le cas de la diaspora haïtienne, il existe à New York, tout comme à Montréal, des fédérations de ce type d'associations qui effectuent des transferts monétaires vers Haïti pour soutenir des projets de développement. Ces fédérations ont pour nom RECADE, à Montréal (Recadrement des Associations pour le Développement en Haïti), et FARHE, à New York (Fédération des Associations Régionales Haïtiennes à l'Étranger). L'exposé de Marie-Carolle Tertulien fournira de plus amples informations sur les activités de cette fédération.

À Miami, ville où j'ai effectué le plus de recherches sur la diaspora haïtienne, il n'existe pas de fédération d'associations de personnes originaires de la même ville (HTA ). A vrai dire il n'y a pas beaucoup de ces associations d'Haïtiens à fonctionner. Les origines disparates des membres des communautés haïtiennes dans les différentes villes de la diaspora expliquent pourquoi il existe différentes formes d'organisations à travers les villes. Les communautés haïtiennes de Montréal et de New-York commencèrent à grandir dans les années 60, alors que des Haïtiens instruits quittaient leur pays à la recherche d'opportunités pour poursuivre leurs études ou travailler comme professionnels. Cela forme un contraste avec la communauté haïtienne de Miami, qui comprenait initialement des réfugiés fuyant les violences politiques, de la fin des années 70 jusqu'aux années 90. À présent, les Haïtiens résidant à New-York et à Montréal possèdent les connaissances et les ressources nécessaires pour effectuer des transferts monétaires destinés au développement en Haïti.

Bien que la communauté haïtienne de Miami ait créé une pléthore d'organisations, il se trouve que la plupart de celles-ci se focalisent sur la satisfaction des besoins sociaux des Haïtiens vivant à Miami.

Les recherches que j'ai faites à Miami ont révélé que les émigrés effectuent souvent ensemble des transferts monétaires vers Haïti à travers leurs églises. Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces expériences pour nous permettre d'élargir l'utilisation des transferts monétaires pour le développement ?

D'abord, la coopération entre les églises d'Haïti et de Miami commence souvent par une prise de contact personnelle entre deux prêtres catholiques ou deux pasteurs protestants. Le prêtre ou pasteur d'Haïti se rend aux États-Unis pour présenter un projet à financer à une congrégation. Après la collecte de l'argent, le responsable religieux l'apporte en Haïti. Les visites régulières se répètent pendant toute la durée du projet, ce qui indique combien il importe de garder le contact, du début à la fin du projet. La confiance est aussi à la base de la capacité des églises à mobiliser les gens pour les transferts monétaires collectifs. Les fidèles font confiance à leur responsable religieux, qu'ils ne croient pas agir par intérêt personnel. Ils acceptent de donner de l'argent pour des projets collectifs parce qu'ils croient que l'église n'utilisera l'argent que dans les buts prévus. Il est important de souligner le rôle particulièrement influent joué par les églises en Haïti dans les services de base, particulièrement dans les régions où la présence gouvernementale est faible. Les églises jouissent d'une bonne réputation pour les services sociaux et inspirent confiance aux émigrés, qui acceptent, à travers elles, de faire des dons aux projets.

De plus, les fidèles d'une même congrégation se font mutuellement confiance. Ils ont plusieurs intérêts en commun. Les congrégations se réunissent généralement une ou plusieurs fois par semaine, pour prier et prendre part à des activités sociales, et pour s'entraider. L'envoi de transferts monétaires collectifs constitue une forme de collaboration de plus dans le cadre de leur congrégation. En dernier lieu, les églises haïtiennes à l'étranger aident la diaspora à préserver sa culture et son identité, ce qui constitue une base de solidarité et encourage les gens à aider leur pays d'origine.

Il existe, pourtant, des limites dans l'utilisation des transferts monétaires par les églises aux fins de développement. Les églises ne sont pas des organisations centrées sur un objectif économique. Les types de projets de développement qu'elles tendent à soutenir ne sont pas hautement institutionnalisés et, généralement, les projets ne durent qu'aussi long-temps que les contacts personnels sont entretenus. Les églises et les responsables religieux devraient, néanmoins, être considérés comme des partenaires potentiels dans les projets de développement en raison de leur longue expérience, des contacts qu'ils ont établis au niveau des populations haïtiennes et de leur capacité à inspirer confiance à de nombreux Haïtiens de la diaspora. De plus, les projets de développement peuvent connaître des hauts et des bas, et certains peuvent même échouer. En dépit de tout, les congrégations religieuses demeurent de bons partenaires à cause de leur stabilité, indépendamment des progrès réalisés par les projets. Finalement, il peut s'avérer plus facile d'effectuer des transferts monétaires collectifs à travers des groupes qui existent déjà et qui possèdent une certaine expérience dans plusieurs formes de collaboration que d'essayer de démarrer une organisation dans le but spécifique de financement du développement.

En ce qui a trait aux leçons tirées du travail de la Fondation Interaméricaine (IAF) dans le domaine des transferts monétaires, le récent examen effectué par l'IAF sur son travail avec les projets utilisant les transferts monétaires au Salvador et au Mexique a produit d'intéressantes observations.

D'abord, il est essentiel d'identifier les projets capables de mobiliser des membres d'associations et de produire des résultats tangibles et vérifiables. Ensuite, les organisations d'émigrés qui s'impliquent dans les transferts monétaires devraient s'efforcer d'observer la neutralité politique de même que la transparence et accepter de rendre compte de leurs activités. La Fondation Inter-Américaine (IAF) a aussi découvert que le manque de con-fiance dans le gouvernement du pays d'origine décourageait la formation de partenariats entre les émigrés et les institutions locales.

Toutefois, le manque de confiance est un obstacle qui peut être contourné par l'effort concerté des partenaires. Comme nous l'avons appris en écoutant les exposés des intervenants du Mexique et du Salvador, certains groupes d'émigrés ont fini par accorder leur confiance au gouvernement de leur pays à l'occasion d'un rapprochement, de contacts personnels, d'une communauté d'objectifs et de mécanismes de coopération.

Certains diront que la crise actuelle de légitimité politique et la situation économique sont aujourd'hui pires en Haïti qu'elles ne l'étaient au Mexique ou au Salvador, mais je leur répondrai qu'il y a plus de similitudes que de différences entre ces pays. Les spécificités confrontées par chaque diaspora par rapport au gouvernement du pays concerné peuvent varier, mais tous les partenaires dans les projets de développement doivent passer par certaines étapes consistant à créer la confiance, établir des objectifs, s'entendre sur les mécanismes de collecte et de distribution, créer des moyens d'évaluation et mesurer les résultats.

La conférence organisée par le CLED offre une merveilleuse occasion de parler de nouveaux acteurs institutionnels, de mécanismes et de partenariats, ainsi que des obstacles à l'élargissement de l'usage qui est fait des transferts monétaires aux fins de développement. Beaucoup d'exemples démontrent que des organisations d'émigrés désireuses de le faire peuvent utiliser leurs structures institutionnelles pour renforcer les ressources et soutenir les objectifs des gouvernements locaux et nationaux. La nostalgie de la terre natale, ressentie par les émigrés, constitue une puissante source de motivation pour les transferts monétaires aux fins de développement. Ce sentiment de solidarité ouvre la porte à une mobilisation de ressources humaines et économiques qui pourrait produire un formidable impact sur le développement d'Haïti.

Ronel CERAN

" Les compatriotes de la diaspora sont plutôt préoccupés par la situation politique en Haïti et ils se posent des questions. Il y a bien une crise de confiance dans le pays, et aussi dans le gouvernement haïtien. "

Je me propose au cours de cet exposé de présenter les réalisations de la Fondation Inter-Américaine (IAF) en Haïti pour l'année 1992.

Cette Fondation avait établi un partenariat, avec une association vénézuélienne en vue de finaliser un projet de développement au Venezuela. Cette expérience s'étant révélée fructueuse, elle a voulu la répéter.

Aussi, à la demande de la Fondation Inter-Américaine (IAF), je me suis rendu à Miami pour m'informer de la volonté que pourrait manifester la diaspora haïtienne de la Floride et des possibilités qu'elle aurait pour participer au cofinancement de projets de développement en Haïti.

Autrement dit, une organisation en diaspora voulant financer un projet dans sa zone, ne disposant pas de ressources suffisantes pour le faire, pourrait bénéficier d'une contribution de la Fondation Inter-Américaine (IAF).

Je révélerai les résultats de cette étude effectuée en 1992 et ferai ensuite une mise à jour des données recueillies à Miami, à Montréal et au Québec.

Je dois cependant avouer que cette mise à jour sera quelque peu limitée dans la mesure où je n'ai passé que deux jours dans chacune de ces zones ciblées, ce que j'estime insuffisant pour la qualité d'une étude pareille.

Je vais tenter une rétrospective de dix (10) ans pour dégager le constat qui a pu être fait à ce moment-là. Ronel CERAN M. Céran est Ingénieur Civil, spécialisé en gestion financière et en sciences de l'environnement. Actuellement Consultant ponctuel pour la Banque Mondiale sur les pro-jets d'environnement, M. Céran a été antérieurement consultant pour la Inter American Foundation (IAF), Membre du cabinet du Ministre de l'Environnement, Coordonnateur du Plan d'Action pour l'Environnement (PAE), et Administrateur Général des projets de la Deustche Welt Hunger Hilfe (DWHH) / Agro Action Allemande.

M. Céran a travaillé pendant 8 ans pour le compte de la IAF dans le financement de projets de développement en Haïti. Il a effectué plusieurs missions d'évaluation et autres études pour le compte d'organisations telles la OXFAM, Le Catholic Relief Services (CRS), le Programme de Micro Réalisations de l'ACDI (PMR), la Banque Mondiale, et l'Agence Française des Volontaires du Progrès de l'Ambassade de France (AFVP). Il a été également responsable pour la DATEX Inc de la coordination des activités d'environnement urbain du projet ASSET de la USAID en Haïti.

M. Céran a réalisé ses études en Haïti et aux Etats Unis. Il est diplômé de l'Institut Supérieur Technique d'Haïti, et de l'Université de Long Island à New York.

Nous avons découvert l'existence à Miami d'associations très dynamiques, structurées sur la base de leur origine communale haïtienne et dont les principales initiatives consistaient à appuyer financièrement certaines activités de développement dans leurs communes d'origine, et à maintenir le contact entre les membres de leurs communautés et ceux de la diaspora visant ainsi à renforcer leur solidarité.

Nous avions aussi découvert l'existence d'associations socio-professionnelles qui avaient déjà donné leur contribution à des activités communautaires en Haïti pendant que d'autres avaient en vue le financement de petits projets.

Nous avions également rencontré des dirigeants d'églises catholiques et de cultes réformés qui, dans le cadre de services sociaux, octroyaient de l'aide humanitaire et offraient d'autres services à la communauté en général.

En plus de leurs activités en diaspora, ces églises réformées, faisant partie des Missions Internationales, parrainaient certaines activités communautaires entreprises par les églises-sœurs établies en Haïti.

Nous avions aussi rencontré des leaders dont la motivation était essentiellement politique. Et parmi eux, certains créaient des fondations qui fournissaient des aides humanitaires ponctuelles à certains individus en Haïti et avaient certains projets en perspective pour le pays. Je fais allusion à M. Despinos qui est, depuis, devenu un membre de la Mairie de Miami.

Nous avions rencontré des hommes d'affaires qui évoluaient dans le commerce, l'importexport, la vente de services. Certains d'entre eux, avaient érigé dans le domaine de la vente de services, érigé, - le mot est fort mais c'était bien le cas -, un système d'exploitation déloyale au détriment de la grande majorité qui ignorait les multiples contours du système américain.

De manière générale, ils n'avaient jamais manifesté un grand intérêt pour les activités communautaires quand ils étaient sollicités pour une contribution à leur réalisation.

Nous avons parcouru plusieurs villes de l'Etat de Floride. Nous y avons rencontré des ouvriers travaillant pour la plupart dans les champs. Ils étaient en butte en général à des difficultés énormes et subissaient le poids de l'exploitation également à cause de leur ignorance du fonctionnement du système américain.

Au terme de cette étude qui avait duré à peu près un mois, il était ressorti que tous les secteurs rencontrés se disaient intéressés pour une raison ou une autre au développement d'Haïti.

Il faut toutefois préciser que le secteur qui présentait à l'époque des potentialités organisationnelles et qui se sentait effectivement concerné par le développement communautaire restait celui des organisations communales et dans une moindre mesure, celui des organisations socio-professionnelles qui avaient déjà participé de manière désintéressée au financement de projets dans le pays.

A l'époque du coup d'Etat, tous ceux que nous avions abordés avaient jugé le moment inopportun pour ce partenariat et n'étaient pas disposés à reprendre leurs activités tant que la situation politique n'était redevenue normale et qu'elle ne leur inspirerait con-fiance.

Quant aux autres secteurs, exception faite des hommes d'affaires, constamment préoccupés par le profit et l'expansion de leur entreprise, ils trouvaient l'idée de la fondation intéressante et souhaitaient son approfondissement.

Cependant, compte tenu de toutes les difficultés économiques et financières de certains, de l'approche exclusiviste et socialiste pratiquée par d'autres et enfin de risques de récupération politique potentiels existant à l'époque, il n'était pas prudent de les considérer comme des secteurs potentiels intéressés à l'idée de co-financement d'activités communautaires en Haïti.

Aussi, avons-nous à ce moment déterminé pour l'IAF, les mécanismes qui étaient possibles pour concrétiser cette idée de co-financement de projet en Haïti. Ainsi, nous étions arrivés à trois (3) scénarios possibles :

Une approche globale ;

Une approche sectorielle ;

Une approche régionale. C'est cette dernière approche que nous avions recommandée à l'IAF.

Aujourd'hui, le constat que je peux dresser est que les compatriotes abordés ne manifestent pas le même engouement qu'il y a dix (10) ans.

Cependant, compte tenu du nombre de jours passés à effectuer cette enquête et en raison de l'échantillon considéré, il serait tout au moins prétentieux de prendre ces conclusions pour définitives et représentatives de la diaspora haïtienne vivant aux Etats-Unis et au Canada.

Les compatriotes de la diaspora sont plutôt préoccupés par la situation politique en Haïti et ils se posent des questions. Il y a bien une crise de confiance dans le pays, et aussi dans le gouvernement haïtien.

Des remarques aussi bien relatives à l'enrichissement rapide de compatriotes parce qu'ils avaient profité des fonds alloués à la réalisation des Petits Projets à la Présidence (P.P.P.) qu'à l'ignorance dans laquelle les autorités ont laissé ceux qui avaient apporté leur contribution à l'organisation Voye Ayiti Monte (VOAM) illustrent cette crise de confiance. En effet près d'un million et demi (1½) de dollars avaient été collectés pour assurer l'exécution des activités de l'organisation.

Aussi, ils veulent être informés de l'utilisation qui a été faite de ces fonds et connaître les raisons pour lesquelles le gouvernement n'a pas jugé utile de faire de la gestion transparente de cet argent. Margarita Mooney, a fait référence au facteur confiance. Je pense qu'il faut que la confiance renaisse dans ce pays.

De l'argent qui avait servi à payer les diplômes, les certificats vendus à Miami, en diaspora au prix de $25 ils veulent aussi savoir l'utilisation qui en a été faite.

Je me souviens moi-même avoir contribué $250 pour des diplômes pour mes enfants et moi-même, qui sont encore à la maison.

Ils ont également parlé de leur expérience, mauvaise, enregistrée suite à l'expédition de matériels consistant en : lits d'hôpitaux, matelas, matériel sanitaire etc… qui arrivés à la douane avaient disparu.

Outre cela, la situation d'insécurité qui règne dans le pays constitue un frein à la participation au développement d'Haïti car comment venir en Haïti co-financer un projet de développement et n'être pas certain d'y revenir parce qu'un " zenglendo ", un " chimè " vous aura identifié comme "diaspora", c'est-à-dire comme "quelqu'un ayant de l'argent".

Un autre facteur qui explique le fait que cette diaspora ne manifeste pas autant d'engouement à participer est l'avenir de ses enfants qu'il lui faut assurer. Or, notre diaspora surtout celle qui vit en Floride dispose de moyens financiers peu élevés. Deux intervenants, Margarita Mooney et Manuel Orozco l'ont mentionné. Nos compatriotes vivant à New-York, au Canada sont des professionnels, leurs revenus sont beaucoup plus élevés.

En dépit de ses problèmes, la communauté haïtienne vivant à Miami n'a jamais cessé de manifester sa volonté de participer à des projets de développement en Haïti. Cependant, elle est préoccupée par la situation de ce pays. Elle va jusqu'à se demander pourquoi participer à un projet de développement si le pays ne va pas changer.

Nous l'avons fait pendant longtemps. Il y a eu beaucoup de projets de développement à avoir été financés mais les résultats ne sont pas visibles.

Le constat qui s'est dégagé c'est que le pays est en train de sombrer. Et à ce moment la question qui se pose est : " allons-nous retourner dans ce pays " ?

Au cours de notre rencontre, la crise politique a été évoquée dans les débats . Les compatriotes n'arrivent pas à comprendre que des frères, qui il y a 10 ans, étaient des alliés et aujourd'hui sont devenus des ennemis. Et que deux (2) ans après, les partis antagonistes n'arrivent pas à trouver une solution à ce problème.

Beaucoup se sont demandés pourquoi, en l'an 2000, ne pas avoir donné les postes de neuf sénateurs réclamés par l'OEA et par certains partis politiques en Haïti et avoir été obligés de le faire un an après, ce qui n'a pas eu la même portée si ce même geste avait été fait au moment où presque tout le monde le réclamait.

Finalement, la réserve des compatriotes en diaspora porte sur les priorités suivantes. Faudra-t-il élaborer des projets de développement au prime abord ou ne faudrait-il pas résoudre la crise politique et penser au développement, afin de s'assurer que tout financement servirait vraiment parce qu'il aura été créé un Etat qui soit responsable, un Etat qui ait une vision. Les Haïtiens vivant à l'extérieur sont prêts à aider. Ils n'ont jamais caché leur détermination à participer dans le co-financement de projets de développement en Haïti cependant ils demeurent réticents.

Les interrogations qui ont été soulevées par ces compatriotes se situeraient autour de l'existence même du Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) et des activités qu'il aurait à entreprendre dans le cadre de sa mission.

Ils souhaiteraient que l'Etat haïtien installe des bureaux pour les communautés de la diaspora par exemple à New York, à Montréal, au Québec. Ce ne serait pas des Consulats, ni des Ambassades que l'Etat devrait créer mais des bureaux qui " s'occupent de la diaspora " et l'aidant à concrétiser ses efforts.

En principe, ils veulent participer au co-financement, mais ils pensent à élaborer des projets en Haïti qui rapportent aux gens qui investissent de l'argent. Que ces investisseurs soient des organisations, ou des individus. Nous investissons notre argent dans un projet avec l'AIF, ceci rapporte quelque chose à notre patelin mais quel bénéfice tirons-nous dans tout ceci ?

Ils ont insisté sur le fait qu'il faudrait développer les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC). Beaucoup d'entre eux sont prêts à participer à la mise sur pied de programmes pareils. Je sais que cette possibilité-ci existe même au niveau rural, nous pouvons avoir en Haïti, l'Internet facilement. Facilement, façon de dire, car ce service sera peut-être un peu cher, cependant nous pouvons avoir accès à cette technologie et l'offrir aux paysans, qui vivent en campagne et qui ne rentrent pas souvent à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, à Jacmel, aux Cayes où déjà cette technologie existe.

Ils ont aussi identifié des points qu'il faudrait débattre tels :

Je regrette infiniment dans le cadre de cette mise à jour de n'avoir pas pu rencontrer les cadres du Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) qui m'auraient permis de mieux présenter cet aspect. Je vous remercie.

Carl F. BRAUN

" Le marché des transferts est beaucoup plus vaste que le simple transfert livré à domicile et la gamme des produits est beaucoup plus intéressante qu'on ne l'aurait cru. "

Je vais au cours de mon exposé vous entretenir sur les transferts en considérant l'aspect micro-économique et commercial. Pour ce faire, j'essaierai de couvrir certains points que j'estime être d'un grand intérêt pour tous.

Ces éclaircissements que je me propose d'apporter sur l'aspect micro-économique permettront de mieux appréhender l'approche macro-économique et sociologique de la question.

Ma démarche consistera à formuler un certain nombre de questions qui porteront sur les catégories socioprofessionnelles qui envoient de l'argent à leurs familles restées en Haïti, les causes de ces envois d'argent, la quantité d'argent expédié, les modalités de paiement, les produits qui se regroupent sous l'appellation du terme "transferts". Je terminerai en énumérant quelques caractéristiques de ce marché.

Qui envoie de l'argent?

Je pourrais dire que tous les Haïtiens ayant émigré envoient de l'argent à leurs familles restées en Haïti. Au prime abord, nous retrouvons les Haïtiens qui ont émigré dans les années 60 sous la dictature des Duvalier; ensuite, ceux qui ont laissé le pays dans la décennie 80 et finalement ceux qui ont fui le pays après le coup d'Etat en 1991 et obtiennent, jusqu'à date, des visas d'immigrant.

Ceux-ci voyagent illégalement. Leur revenu est estimé à moins de vingt mille (20.000) dollars par an soit un revenu per capita inférieur à celui des communautés latino-américaines aux Etats-Unis. Carl F. BRAUN

M. Braun est actuellement Président du Conseil d'Administration de la UNIBANK S.A et Vice-Président de UNITRANSFER. Il est également le Président du Groupe Financier National (GFN) et Président d'Honneur de Capital Consult, une firme de conseils en économie, finance et gestion.

M. Braun siège au Conseil d'Administration de Immobilier, S.A. (IMSA) comme Trésorier et est le Vice-Président de la Société Nationale d'Investissement (SNI).

Ce ne sont pas seulement nos compatriotes ayant émigré aux Etats-Unis qui envoient de l'argent. Il ne faut pas sous-estimer l'apport des Haïtiens vivant en République Dominicaine.

Il est opportun de rappeler que les activités de transfert existent depuis très longtemps; depuis qu'Haïti a commencé à exporter sa main-d'œuvre vers Cuba au début du siècle dernier, ensuite vers la République Dominicaine. Déjà à l'époque, nos compatriotes se livraient à des activités de transferts, transferts qui, toutefois, ne transitaient pas par des compagnies formelles.

Ce n'est qu'à partir des années 60 que le marché a commencé à sentir la nécessité d'avoir recours à une compagnie structurée.

Quelles sont les causes de ces envois d'argent ?

Les raisons qui portent les Haïtiens à effectuer ces envois d'argent sont assez diverses, mais les plus courantes semblent être :

Volume et mode d'envoi des transferts

Si l'on veut établir des statistiques quant à la quantité d'argent envoyé, il est possible en se référant aux différentes estimations, de conclure que les Haïtiens envoient beaucoup d'argent.

Les valeurs déclarées par les sept (7) compagnies de transfert autorisées à fonctionner en Haïti sont à mon avis très loin de la réalité. Ces chiffres ne tiennent pas compte de toutes les estimations, auquel cas, je pense que ce montant avoisinerait les 300 à 400 millions de dollars par an. Il faut souligner que non seulement les compagnies régulières peuvent ne pas déclarer les chiffres exacts mais aussi vu que beaucoup de transferts transitent par le milieu informel, il demeure difficile de les quantifier.

Une autre estimation faite à partir des chiffres de la balance des paiements, telle qu'établie par la Banque Centrale, la Banque de la République d'Haïti (BRH), accuse une augmentation drastique même dans les chiffres officiels. Les raisons pour lesquelles il faut changer cette estimation est, si on se base et sur la réalité, on verrait que les montants des transferts qui se chiffraient à près de 69.6 millions de dollars en 1991, à 108 millions environ en 1995 ont été, qu'à mon point de vue largement sous-estimés.

Influencée par les chiffres qu'elle recevait des bailleurs de fonds internationaux, la Ban-que Centrale après révision de ces données, est arrivée aujourd'hui à un montant beau-coup plus proche de la réalité du marché global qui serait de l'ordre de 623.6 millions de dollars pour l'année 2001.

Deux autres estimations plus récentes réalisées par la Banque Inter-Américaine de Développement (BID) et par le Multilateral Investment Fund (MIF) avec l'étude de M. Orozco situent les montants des transferts entre 720 et 810 millions de dollars entre 15% et 22% du PIB. Je pense que ces chiffres sont plus proches de la réalité. D'autres estimations, plus récentes, feraient avoisiner le montant global des transferts autour des 800 millions de dollars et je me range à l'avis de Donald Terry pour qui les transferts accuseraient un montant d'un (1) milliard.

Le montant des transferts accuse une moyenne de 170 dollars par envoi. Les compagnies formelles réalisent environ entre 150 et 250.000 transactions par jour. La fréquence des envois est de 6 à 8 fois l'an pour une même personne Certaines intermédiations financières attirent une clientèle qui n'est le plus souvent pas bancarisée. La présence de la monétique est très faible sur le marché. En général l'Haïtien pour un transfert, préférera le contact humain. Sa démarche consistera à rentrer dans un bureau pour aller voir un agent d'une des compagnies ou à la rigueur il ira acheter un "money order." Les compatriotes de la diaspora les mieux instruits et les mieux éduqués, les professionnels utilisent de plus en plus la formule du transfert direct, qui consiste à expédier un montant par DHL, par exemple, pour faire un dépôt. Ces transferts, souvent, ne sont pas comptabilisés dans les chiffres d'affaires des compagnies.

Pour expédier de l'argent à leurs familles restées au pays, nos compatriotes recourent aux compagnies de transferts, à des institutions financières régulières comme la Unibank qui est la maison-mère de la UNITRANSFER, à des " money order ", à des regroupements d'associations, à des particuliers, prêtres, pasteurs et amis en qui ils ont confiance.

Un simple coup d'œil sur la liste des produits et services qu'offrent ces compagnies nous permet d'identifier les différents types de transferts qui intéressent ce marché.

Le marché des transferts

Le marché des transferts est beaucoup plus vaste que le simple transfert livré à domicile et la gamme des produits est beaucoup plus intéressante qu'on ne l'aurait cru.

Je vais terminer par vous présenter en peu de mots le marché du transfert en Haïti. C'est un marché extrêmement compétitif et tous ceux qui veulent l'intégrer doivent le savoir. Nous sommes en train de passer de l'informel au formel c'est-à-dire que, là où il y a de cela vingt ans, les compagnies informelles se livraient à des opérations de transferts, de nos jours, ce sont les compagnies formelles, régulières, qui paient des impôts, qui ont des licences aux Etats-Unis qui doivent faire des investissements, qui s'en chargent.

Pour avoir une licence à New York, en plus de l'application, il faut faire un dépôt de 750 mille dollars de cautions ; pour la Floride, le montant se chiffre à 50 mille, il y a d'autres Etats où le montant dépasse le million.

Une entreprise qui veut offrir des services de transfert doit immobiliser au moins deux millions et demi à trois millions de dollars si elle veut garantir une couverture à la population haïtienne.

La livraison à domicile exige une technologie sophistiquée et une logistique impressionnante quant à la structure de paiement. Les caractéristiques identifiées pour cette industrie sont :

Nous avons recours à trois (3) moyens pour collecter les montants aux Etats-Unis dans la communauté haïtienne. Souvent l'expéditeur qui préfère le contact humain se rend à un bureau pour effectuer cette opération de transferts. Dans d'autres cas, les compagnies recrutent des agents et des sous-agents. La UNITRANSFER compte aujourd'hui près de 200 agents aux Etats-Unis, en Louisiane, en Georgie, en Pennsylvanie, au Connecticut; la Western Union, des milliers d'agents. Notre avantage compétitif, c'est le fait que nous soyons ethniquement orientés, nous n'offrons nos services qu'à la communauté haïtienne. Je pense qu'une bonne couverture est donnée à cette communauté parce que nous utili-sons bien des structures qui vont des agences de voyage, en passant par des centres communautaires, des salons de coiffure, aux multi-services.

Perspectives

Je crois que le volume des transferts ira en augmentant à cause du nombre de plus en plus élevé d'immigrants.

Le marché des transferts est beaucoup plus compétitif aujourd'hui qu'il y a trois ans. Les frais prélevés ont diminué drastiquement. En particulier, depuis l'arrivée de la UNITRANSFER sur le marché en août 1999. Il est de plus en plus difficile pour les compagnies de réaliser d'énormes profits.

Récemment, avec l'introduction du produit Internet à travers Banking UNIBANK On Line le volume des transferts a encore augmenté.

La supervision est nécessaire et constitue une garantie pour que l'industrie puisse offrir des services extrêmement importants à la diaspora haïtienne.

Je vous remercie de votre attention et j'espère que les éclaircissements que j'ai apportés vous auront été quelque peu utiles.

Intervention de M. Leslie Voltaire,Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etrangerau déjeuner-débat de la première journée



Leslie VOLTAIRE " Ce ministère existe pour que batte le cœur de tous les Haïtiens, ceux restés au pays ou ceux évoluant hors du pays au même rythme et pour convenir du fait que notre diaspora ne peut même pas être considérée comme un partenaire, mais comme l'autre partie de nous-mêmes sans laquelle nous n'existons pas."

Je remercie le CLED de l'invitation qui m'a été transmise pour participer à ces deux journées de réflexion sur le thème " La Diaspora Haïtienne, un Partenaire Indispensable pour le Développement Économique d'Haïti. "

Les brillantes présentations des différents intervenants et la place réservée au Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE) me montrent combien cet échange s'inscrit dans la perspective positive de ce vieux dicton : " Aide-toi, le ciel t'aidera " ou encore en créole " Se grès kochon ki kwit kochon."

La diaspora prendra plaisir à savoir que sa contribution évaluée à près de huit cents millions (800.000.000) dollars nous aura permis de traverser les moments difficiles que nous connaissons dans notre vie de peuple sans une aide étrangère effective.

Le 10ème département est cette entité qui se rapprocherait du "District of Columbia" des Etats-Unis d'Amérique. Bien qu'il ne soit pas précisé à l'ordre du jour, je suggèrerais que le premier point de réflexion s'articulât autour de l'identification du Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE).

N'étant rattachée à aucune juridiction pour avoir une po-

Leslie VOLTAIRE

M.Leslie Voltaire est l'actuel Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE). Il a été Conseiller du Président René Préval en infrastructures et urbanisme, Coordonnateur de la politique nationale de l'habitat en Haïti et Coordonnateur de l'étude Profil Environnemental de Port-au-Prince.

M. Leslie Voltaire a présidé la Commission Analyse des sites pour la résolution de la zone d'Utilité Publique de l'extension Nord de Port-au-Prince, la Commission du Plan de Développement Urbain de Port-au-Prince, et le Comité de Pilotage des Logements Sociaux. Il a été entre autres, Directeur du Cabinet Particulier du Président Jean-Bertrand Aristide, Ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, Membre du Conseil d'Etat de la République d'Haïti et Directeur de la Planification à l'Office National du Tourisme.

P.D.G. de la firme d'études et de construction Archiplan S.A, M. Voltaire a été Professeur d'Architecture et d'Urbanisme à l'Université d'Etat d'Haïti. Diplômé en Architecture de l'Université Autonome du Mexique, et détenteur d'une Maîtrise en Planification Urbaine et Régionale de l'Université Cornell, M. Voltaire est l'auteur de nombreux ouvrages sur les projets de logements urbains et est membre fondateur de l'Association des Architectes Haïtiens. pulation provenant des neuf départements du pays, disposant de solides moyens économiques, la diaspora haïtienne constitue le centre nerveux virtuel du pays tout entier.

Le Ministère du 10ème département est donc le Ministère de la collectivité.

Ce ministère existe pour que batte le cœur de tous les Haïtiens, ceux restés au pays ou ceux évoluant hors du pays au même rythme et pour convenir du fait que notre diaspora ne peut même pas être considérée comme un partenaire, mais comme l'autre partie de nous-mêmes sans laquelle nous n'existons pas. Comme vous le savez, ce ministère fut créé pour réparer l'injustice faite par la Constitution haïtienne à nos ressortissants à l'étranger, à nos compatriotes, qui ont été notre voix quand nous sommes restés sans voix devant le malheur, devant la brutalité de ceux qui n'avaient pas compris que le monde avait changé. Mon ambition est que ce ministère soit celui de la citoyenneté retrouvée.

J'ai été surpris de constater que, jusqu'en 1970, le Petit Larousse ne retenait pas dans son vocabulaire des mots courants, le terme "diaspora". Il l'inscrivait dans son lexique des mots d'histoire après les locutions latines et étrangères ou le définissait encore comme: "l'ensemble des communautés juives établies hors de la Palestine". Cette référence au 6ème siècle avant Jésus-Christ nous permet, par extension, d'avancer que la diaspora haïtienne est constituée de communautés établies hors du pays natal, ce pays natal que nous voulons de toutes nos forces convertir en terre promise.

Le manuel de Georges Anglade propose de retenir que la diaspora haïtienne est un ensemble d'expatriés constitués en communautés établies hors du territoire.

Il y a une nécessité d'affiner cette approche, et psychologie à l'appui, il convient de retenir l'existence de ces trois types de famille à savoir:

En tout état de cause, je simplifierai en vous demandant de considérer comme ressortissant de la diaspora haïtienne, tout migrant haïtien et sa descendance. Je m'appuie pour cela sur des textes de loi que le Ministère a soumis au Parlement et sur notre projet d'amen-dement de la constitution.

Ceci étant clarifié, je vais donc aborder la géographie de la diaspora et surtout sa composition à savoir la façon dont elle s'est constituée au cours des tourmentes politiques qu'a vécues notre peuple.

Comment s'est constituée la Diaspora haïtienne?

Cette diaspora s'est constituée, contrainte ou forcée, au début du siècle. Les premiers Haïtiens à avoir migré ont retenu les destinations suivantes: le Canal de Panama, Cuba et le Venezuela, des pays d'Amérique Centrale et du Sud, la République Dominicaine. Ils y ont constitué une main-d'œuvre utilisée dans les plantations sucrières de ces pays.

La deuxième vague de migration est née de la conjonction du durcissement de la dictature en Haïti et de la proclamation des indépendances africaines. Cette migration a emporté dans son sillage une partie importante de l'intelligentsia haïtienne. Beaucoup de nos compatriotes ont fait le choix de quitter le pays.

La troisième vague de migration est celle constituée par des réfugiés haïtiens qui quit-tent illégalement le pays à destination de terre étrangère sur des bateaux à risques, et qui se regroupent sous le nom de "boat-people".

Aujourd'hui, après un siècle, la diaspora haïtienne peut être estimée à deux (2) à trois (3) millions d'âmes. C'est énorme d'autant plus que la migration continue.

Nous nous proposons de revenir sur l'analyse des quatre grands blocs géographiques qui regroupent la grande majorité de notre diaspora : l'Amérique du Nord, l'Europe, la Caraïbe, l'Amérique Centrale et du Sud, la République Dominicaine.

Qu'est-ce que cela nous donne en terme de population?

La diaspora haïtienne peut être estimée aujourd'hui à deux (2) et trois (3) millions de personnes disséminées à travers quatre grands blocs géographiques.

Les Etats-Unis comptent environ un (1) million de ressortissants haïtiens. Le Québec, au Canada,150.000, la France, 50.000, les Bahamas, 60.000, les îles Turks and Caicos, 20.000, Cuba, 300.000 (je fais allusion aux descendants d'Haïtiens à Cuba), l'Amérique Centrale et du Sud, 50.000, la Guyane, 40.000, la Martinique et la Guadeloupe, 40.000. En République Dominicaine, ils sont 800.000 selon l'ambassadeur Guy Alexandre.

Composée à 90% de familles ouvrières, notre diaspora, à cause de son niveau de connaissance et de savoir-faire, connaît des difficultés d'intégration dans les sociétés d'accueil en dépit du fait que leurs descendants obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les enfants du même âge vivant dans le pays d'accueil. Il n'en demeure pas moins vrai qu'elle se retrouve endettée et contribue à la survie d'une ou de plusieurs familles en Haïti.

Nos compatriotes de la diaspora constituent ainsi une classe moyenne qui justement fait défaut ici en Haïti.

De plus, la famille haïtienne vivant en diaspora et celle vivant au pays comptent à peu près le même nombre d'enfants. Cela signifie que notre diaspora, dans les pays considérés, accuse un pourcentage d'enfants scolarisés supérieur à la population scolaire du pays.

Je vous fais part d'un constat qui m'a été rapporté : sur cinq bourses offertes par le Centre Spatial de Gourou, en Guyane Française, centre qui recrute les meilleurs élèves dans les disciplines scientifiques, cinq jeunes Haïtiens ont été lauréats au grand dam des familles guyanaises. Le même record s'est reproduit aux Bahamas, en Guadeloupe, et en République Dominicaine.

Quelles sont les réponses de l'Etat à l'attente de la diaspora qui est en droit d'être exigeante d'autant plus que les compatriotes de l'extérieur en dépit de leurs efforts pour s'intégrer dans les pays d'accueil, sont toujours considérés comme des parias et malgré leurs efforts pour soutenir le pays et son gouvernement depuis 1990, n'ont pas encore obtenu les privilèges qui leur sont dûs. Pourtant, ils répondent toujours à notre appel et revendiquent ouvertement leur haïtianité, il suffit de se rappeler la fête du drapeau dans les communautés de Boston, de New York…

Depuis un an et demi que je dirige ce ministère, j'ai eu comme souci de faire vivre la diaspora au même rythme que le pays. Aussi, il m'a paru important de mettre en place quelques outils qui me semblent aujourd'hui les premiers attributs physiques de citoyenneté active de nos compatriotes de l'extérieur :

Le projet de loi portant sur les privilèges accordés aux Haïtiens d'origine et à leurs descendants.

Les lois qui viennent d'être votées par les deux Chambres stipulent que: "Tout Haïtien d'origine et ses descendants sont dispensés de visas du Parlement haïtien pour entrer et sortir du territoire d'Haïti, de l'accomplissement de formalités relatives à l'obtention du permis de séjour, au paiement de taxes y affiliées, de l'accomplissement des formalités du permis de travail, du permis d'emploi et du paiement des taxes qui y sont affiliées, de l'accomplissement des formalités liées à la licence des étrangers et du paiement des taxes qui y sont affiliées. En outre, ils sont éligibles tant à la fonction publique qu'au marché de l'emploi, sauf dans les cas expressément interdits par la Constitution. Ils sont dispensés de l'autorisation du Ministère de la Justice pour acquérir toute propriété immobilière. Ils sont autorisés à acquérir en zone urbaine toute propriété immobilière avec une superficie ne dépassant pas 3 hectares 87, soit l'équivalent de 3 carreaux de terre. Ils sont habilités à jouir pleinement des mêmes droits sur la succession que les Haïtiens restés au pays.

En plus des lois qui accordent des privilèges, le MHAVE va bientôt présenter au Parlement une loi relative aux Organisations de Coopération Inter-Haïtienne (OCIH); laquelle loi va les autoriser à fonctionner en Haïti et à bénéficier des avantages suivants:

Nous avons aussi établi au ministère un programme de valorisation. En récompense à toutes les personnes retenues et à toutes les organisations préalablement répertoriées, nous avons décerné des plaques d'honneur pour les efforts déployés et les sacrifices qu'elles ont consentis afin de rehausser le prestige d'Haïti et de participer à son développement.

En vue de viser et de cibler la jeune génération, le ministère a eu à prendre part à plusieurs programmes culturels en subventionnant des artistes et des intellectuels du 10ème département à des évènements en Haïti tels la foire du livre en Haïti et le festival racine 2001 de Miami.

En outre, le Ministère avait obtenu que soit respectée la mémoire des victimes haïtiennes au World Trade Center en 2001.

Relativement au programme de collectivité, nous avons développé un "media center" et un site internet www.haiti2004lakay.com qui reçoit près de 123.000 visites. Ce media center a permis de compiler plusieurs programmes plus particulièrement le programme économique disponible sous forme de données statistiques, informations et documents se rapportant aux activités économiques pour les investisseurs haïtiens.

En ce qui a trait au programme de solidarité, le Répertoire des Associations Régionales Haïtiennes du 10ème département peut être consulté sur le site internet du Ministère. Nous avons contribué à conduire à terme des projets que certaines organisations avaient déjà élaborés dont les plus remarquables concernent l'électrification de la ville d'Aquin et de ses environs, la construction d'un centre médical incluant des services de maternité, de radiologie.

Le dernier projet que nous aimerions vous présenter est le Programme 2004, dont l'objectif de ce programme est de susciter l'émergence de comités d'association 2004, un peu partout dans la diaspora. Ainsi, ces associations qui se regroupent le plus souvent pour l'élaboration de projets qu'elles ont elles-mêmes conçus concernant leurs communautés respectives seront portées à investir dans le projet 2004 du Ministère.

Nous avons aussi en vue l'organisation de deux expositions, l'une sur Toussaint Louverture conçue par The birth of the Black of Haïti. Il s'agit d'une exposition itinérante faisant le tour de grande concentration en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Europe, l'autre est en perspective pour 2004. Nous sommes en pourparlers avec la Smithsonian Institute pour réaliser le "folk festival" qui se tient chaque année à Washington D.C. pendant environ quinze jours.

Nous profitons de la circonstance pour inviter les entrepreneurs et tout un chacun à participer à cette grande foire en 2004 pendant quinze jours pour présenter Haïti au reste du monde.

Je vous remercie beaucoup.

Panel 2



L'expérience des autres :

La diaspora de l'Amérique latine

et de la Caraïbe



Roberto RAMÍREZ

" Les émigrés ne sont pas intéressés à soutenir les projets liés à l'assistance sociale, ni les projets de survie. Pour qu'ils acceptent d'appuyer un projet, il faut que celui-ci soit viable et capable d'apporter des changements dans leurs conditions de vie. "

Je remercie le CLED et la Fondation Inter-Américaine de l'invitation qui m'a été lancée pour participer à cette conférence sur la diaspora haïtienne. Mon intervention portera sur la mission et les réalisations d'APOYO à travers le Mexique plus précisément.

APOYO est une organisation non gouvernementale (ONG) dont le but est d'aider les agriculteurs mexicains à améliorer le rendement de leur production. Nous avons, jusqu'à présent, formé environ 2.500 chefs de famille dans le domaine de la production, de l'organisation. Nous avons aussi élaboré 230 projets dans 14 États du Mexique dans un esprit tout à fait altruiste.

Nous avons établi un fonds d'environ (17) millions de dollars pour financer ces projets et, à la longue, environ (90%) de cet argent a été récupéré. Environ (30%) de nos projets sont établis dans des zones où l'on enregistre un taux élevé d'émigration et où, selon les données du recensement, une baisse démographique aurait même été enregistrée : Zacatecas, Oaxaca et quelques régions de Puebla, Guerrero et Michoacán. La régression démographique y a atteint (1%) au cours des cinq (5) dernières années.

Comment arrivons-nous à gérer ces projets de production dans des secteurs enregistrant des taux élevés d'émigration ?

L'une des principales causes de l'émigration, par exemple du Mexique vers les Etats-Unis, est due en partie à la constante détérioration des ressources naturelles de leur milieu. Par exemple, dans certaines régions d'Oaxaca où le

Roberto RAMÍREZ

M. Ramírez est le Directeur Général de la Fondation pour la Productivité Rurale (Fundación para la Productividad del Campo). Connue aussi sous le nom d'APOYO, cette ONG mexicaine, supportée et patronnée par l'IAF, utilise les contributions des communautés d'émigrés pour exécuter des projets de développement dans les états mexicains de Oaxaca, de Jalisco, de Guanajuato, de Chihuahua, de Durango, de San Luis Potosi, de Veracruz, de Hidalgo, de Guerrerro et de Zacatecas. taux d'émigration est le plus élevé, la production du maïs est de trois cents (300) kilos par hectare, alors que la moyenne nationale du Mexique est de 2,2 tonnes. Les populations tendent à émigrer à cause de ce décalage. Il en résulte une stagnation parce que les personnes laissées sur place sont celles qui possèdent le moins de qualification et ont reçu le moins de formation. Les enquêtes menées dans plusieurs zones où nous travaillons nous ont révélé qu'approximativement (90%) de la population concernée n'ont jamais reçu aucune sorte de formation pour la production. Ils n'ont pas l'habitude de produire; ils ne savent que survivre et, dans plusieurs cas, continuent à ne compter que sur les transferts monétaires. Ces derniers, le plus souvent, sont considérés comme des revenus ou comme appoint financier et, parfois, comme source principale de revenus dont dépend une fa-mille entière.

Quelle utilisation avons-nous vu les gens faire de l'argent des transferts dans les communautés rurales ?

Selon les enquêtes que nous avons menées dans nos zones de travail, au moins les trois quart (¾) des transferts monétaires sont utilisés pour la consommation. Le logement est aussi très important pour ces communautés, qui sont essentiellement rurales. Dans certaines d'entre elles, des programmes ont été mis en oeuvre pour l'amélioration, l'agrandissement et la construction d'habitations. Dans d'autres communautés les transferts monétaires ont servi à acquitter les dettes. Les ressources financières sont d'une grande importance pour les agriculteurs et, quand elles ne sont pas disponibles, il leur faut s'adresser aux usuriers qui, à ce moment, prêtent de l'argent à des taux d'intérêt exorbitants. Ces taux peuvent atteindre environ (10%) par mois dans la plupart des communautés en question. Ainsi donc, ceux à qui des membres de leur famille envoient de l'argent s'en servent pour payer une partie des intérêts liés aux dettes. Nous avons encore découvert deux usages qui se font des transferts monétaires : les épargnes (en quelque sorte, des fonds de prévoyance) et les activités de production (pour un très faible pourcentage).

Comment pouvons-nous faire avancer les projets de production, dans de pareilles conditions ?

Nous assistons à la détérioration des ressources et à une utilisation très faible des transferts monétaires à des fins d'épargne et de production. Comment pouvons-nous convertir l'argent des transferts en capital productif ? En fin de compte, c'est bien ce que disaient souhaiter les émigrés, lors de nos rencontres avec ces organisations. Ils voulaient voir l'argent des transferts converti en capital productif, pouvant financer des investissements à long terme.

Comment travaillons-nous ?

Nous avons en premier lieu commencé par résoudre le problème de la pénurie de ressources matérielles et naturelles qui sévissait dans ces communautés. Nous travaillons avec ces agriculteurs à améliorer la productivité de leurs terres. En deuxième lieu, nous nous appliquons à leur fournir de l'assistance technique. Nous mettons ici l'accent sur la formation et l'assistance technique, où nous établissons les principes d'agriculture. Nous avons travaillé dans cinq (5) domaines : la terre, le sol, l'eau et deux autres techniques associées, pour la préservation de la production végétale. Une fois la production stabilisée grâce à l'assistance technique et par la formation des agriculteurs, par le moyen des cours et de documents comme ceux-ci - rappelez-vous qu'environ (50%) des personnes avec qui nous travaillons sont illettrées - la démonstration devient alors une étape importante. Cela implique notre présence à leurs côtés, travailler sur leurs parcelles et leur expliquer comment réaliser des améliorations, en simplifiant des informations très techniques pour leur apprendre à gérer leurs plantations.

Un autre point important consiste à solutionner la question des intermédiaires qui interviennent dans la commercialisation, parce que ces communautés, étant très dispersées, sont à la merci d'intermédiaires très influents. Il faut donc d'abord résoudre ce problème lié à la vente des produits, avant de pouvoir passer à la promotion de projets visant à la production.

Des résultats tangibles ont été obtenus au niveau de la productivité. Dans le cas du Michoacán, au bout de quatre ans de travail, la communauté arrive à maintenir un taux de croissance d'environ (90%) des denrées traditionnelles, comme le maïs. En d'autres termes, avant de commencer à travailler avec nous, elle produisait trois tonnes et demie (3½), tandis que maintenant, au cours des trois (3) dernières années, elle a pu en produire six. Dans l'Oaxaca, la croissance de la production s'est stabilisée aux alentours de (82%). Voilà qui procure assez de confiance pour s'engager dans le processus d'investissement.

Comment structurons-nous le processus d'investissement ?

Une fois réglée la question de la productivité, nous essayons d'élaborer un plan qui inspire assez de confiance et de certitude pour démarrer les opérations. Comme cela a été dit les émigrés veulent bien soutenir les projets d'investissement dans leurs communautés, à condition que les projets en questions aient une chance de réussir. Sinon, c'est très difficile. Les émigrés ne sont pas intéressés à soutenir les projets liés à l'assistance sociale, ni les projets de survie. Pour qu'ils acceptent d'appuyer un projet, il faut que celui-ci soit viable et capable d'apporter des changements dans leurs conditions de vie.

Comment fonctionnent les projets ?

Tout projet doit commencer par une évaluation des ressources naturelles et humaines disponibles dans la communauté avec laquelle nous envisageons de travailler : les gens savent-ils lire et écrire et, si non, comment nous sera-t-il possible de réaliser le travail proposé ? A cette fin, nous organisons plusieurs ateliers dans le but d'examiner tous ces problèmes ainsi que le projet particulier sur lequel nous envisageons de travailler.

L'utilisation de cette méthode a permis de réaliser au Mexique divers projets

Une usine de production alimentaire dans l'État d'Oaxaca, une chaîne de cybercafés, dix cafés dans la zone autochtone où nous travaillons dans l'État de Guerrero, un centre commercial dans l'État de Michoacán, où les fermiers peuvent acheter des fournitures pour la production agricole et vendre leurs produits. L'année dernière, (40.000) tonnes de graines ont été vendues à ce centre commercial, à un prix d'environ (25%)supérieur à celui des intermédiaires. C'est le genre de projets que les communautés d'émigrés veulent soutenir, des projets qui améliorent leur niveau de vie.

Comment nous travaillons avec les émigrés ?

En ce qui concerne la diaspora mexicaine, la majorité du secteur rural est organisée par clubs, dont la plupart sont à caractère social ou culturel. Ce ne sont pas des entités de production, ni des groupes fondés dans un but précis, tel celui d'investir de l'argent dans la communauté. Il ne s'agit pas ici d'un secteur d'affaires qui aurait déjà fonctionné avec succès aux Etats-Unis mais plutôt de gens qui font la navette, qui arrivent et s'en vont continuellement, mais qui tendent à rester aux États-Unis. Ils ne sont pas des investisseurs ; ce sont des gens à qui il faut une formation en matière d'investissement, ce qui est plus facile en raison du contact avec la réalité aux États-Unis, en ce qui a trait à la gestion des crédits et des opérations économiques - ce qu'ils ne rencontrent pas dans leurs communautés rurales d'origine. Nos activités consistent à organiser des ateliers sur l'identification d'opportunités commerciales et à établir, avec eux, des liens grâce auxquels ils garderont le contact avec leurs communautés.

Comment les liens sont établis ?

Par des plans de financement et des prêts. Dans la plupart des cas, les fonds sont versés directement à des membres de leur famille par des émigrés qui ne s'intéressent pas à l'argent, aux gains financiers ou aux intérêts sur les prêts. Ces fonds sont classés comme une partie des dons de la famille au projet. Le lien est aussi établi par les épargnes, et c'est peut-être là que résident les meilleures perspectives d'avenir et de croissance.

Comment cela fonctionne ?

Voici comment nos deux projets les plus avancés ont été mis en oeuvre dans l'Oaxaca et le Michoacán. L'argent reçu par les transferts est déposé dans des comptes d'épargne gérés par des coopératives d'épargne que nous avons créées. Ces coopératives prélèvent un pourcentage sur les épargnes. Dans le Michoacán, par exemple, un quota de 50 dollars par mois a été fixé pour les émigrés qui participent à la caisse d'épargne, pour être consacré à la production. Ce processus est connu comme celui de la formation de capital productif, un capital très important pour ces communautés, servant à financer partiellement, mais de façon essentielle, quelques-unes des activités de production. Il arrive que l'émigré retire son argent, et, dans ce cas, le cycle est clos.

Les retombées positives de ce plan.

Aux États-Unis, la diaspora se préoccupe davantage de la production ; elle bénéficie d'une formation plus avancée et, comprenant que son niveau de vie va changer, elle veut bénéficier de ce changement. Elle voit que la communauté va bénéficier en ce qui concerne la nourriture, les infrastructures de base, et beaucoup de choses, et il est très important que l'émigré se rende compte de cela. S'il ne s'en rend pas compte, il n'acceptera pas de participer. Le type d'organisation auquel les émigrés adhéreront aux États-Unis ne cessera pas d'être social. L'aspect culturel est aussi d'une grande importance pour eux. Mais, après tout, les émigrés ont également une vision communautaire qui compte pour beaucoup. C'est un résumé du type de travail que nous avons réalisé pendant ces cinq ans. Je vous remercie .

Mario Riestra VENEGAS " La migration ne peut être arrêtée tant que perdureront ses causes. Le CONOFAM, organisme présidentiel au service des Mexicains expatriés, s'est engagé à renforcer les liens entre les potentiels émigrés et leurs communautés, afin de persuader ceux-ci de rester au Mexique."

Au nom des 25 États mexicains que je représente en qualité de coordonateur national de l'Agence gouvernementale des Mexicains vivant à l'étranger, je voudrais remercier Carlo Dade, représentant de la Fondation Interaméricaine, ainsi que Nathalie Liautaud, coordinatrice de Forum 2000 et Roberto Ramírez Rojas, directeur d'APOYO, de m'avoir invité à cette importante rencontre.

Avant de vous parler des envois d'argent, je voudrais citer quelques données qui me semblent mériter une certaine attention.

Mario RIESTRA VENEGAS

Nommé Représentant Spécial à cette conférence par le Dr Juan Hernandez, M. Venegas est Directeur de l'Office de Développement Hu-main chargé des Emigrants Mexicains à l'Etranger au sein du bureau du Président Mexicain, M. Vincente Fox.

Il dirige le Bureau Mexicain de Coordination Nationale, qui est le Bureau des Etats Mexicains sur l'Emigration. Il est également Conseiller du Gouverneur de l'Etat de Puebla.

La migration ne peut être arrêtée tant que perdureront ses causes : la répartition inégale du développement économique au Mexique entraîne une pénurie d'emplois dans de nombreuses régions. Les possibilités d'embauchage ne manquent pas aux États-Unis parce que la main-d'oeuvre américaine n'arrive pas à répondre à la demande dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie agro-alimentaire, de la construction et des services. Nombreux sont ceux à qui profite la migration : les ouvriers eux-mêmes, ceux qui embauchent les émigrés, et ceux qui, aux États-Unis, bénéficient des 240 milliards de dollars dépensés par les Mexicains d'origine et les Américains d'ascendance mexicaine. En outre, le Mexique ainsi que plusieurs sociétés américaines bénéficient de cette partie de leurs revenus que les émigrés envoient dans leur pays.

Au cours des dernières décennies, ces envois sont devenus de plus en plus importants, aussi bien par leur montant que par leur incidence. Dans son rapport de 1999 sur la balance des paiements, le Fonds Monétaire International (FMI) fait état d'un flux mondial annuel supérieur à 100 milliards de dollars en envois d'argent, dont plus de 60% à destination des pays en voie de développement. En 2001, les envois d'argent vers le Mexique ont dépassé 8,9 milliards de dollars, un montant supérieur à ce qui fut expédié vers n'importe quel autre pays, au cours de la même année. Puebla, l'État dont je suis originaire, a reçu 10 % de ce montant, soit 800 millions de dollars. Chaque mois, 200.000 mandats postaux sont encaissés. L'une des villes, Izucar de Matamoros, dispose de 22 bureaux de change pour une population de 50.000 personnes qui viennent y échanger plus de 500.000 $ par jour. L'an dernier, les envois d'argent vers le Mexique ont été supérieurs aux revenus générés dans le pays par le tourisme, et ont représenté plus de la moitié des investissements directs d'étrangers au Mexique.

Les envois d'argent vont continuer de croître proportionnellement à l'émigration vers les pays étrangers. À l'heure actuelle, l'intégration économique stimule le phénomène de la migration. Toutefois, selon des études menées par la Banque interaméricaine de développement, la Banque centrale mexicaine et le Conseil national sur la population, le taux de fécondité est en train de chuter au Mexique. Ce facteur, allié à un taux de croissance économique modeste et au succès des projets de développement, pourrait créer de meilleures possibilités d'embauchage au Mexique, qui encourageraient les gens à rester au pays. Entre temps, cependant, la tendance à la migration persiste dans une partie de notre population.

Le CONOFAM, organisme présidentiel au service des Mexicains expatriés, s'est engagé dans la promotion de programmes dans l'éducation, la culture, la santé et les sports visant à renforcer les liens entre les potentiels émigrés et leurs communautés, afin de persuader ceux-ci de rester au Mexique. Nous travaillons aussi assidûment à ce que l'argent envoyé au pays serve de ressource pour le développement. C'est en ce sens que Jaime Lucero, président de la Casa Puebla établie à New York, a récemment effectué, dans sa communauté d'origine, un investissement de 25 millions de dollars devant créer, sur une période de trois ans, 7.000 emplois dont 2.000 ont déjà été pourvus. Cette initiative s'inscrit dans le programme d'" Adoption d'une microrégion " du président Fox. En 2001, plus de 350 petites entreprises ont été démarrées dans mon État d'origine à l'aide de l'argent reçu des expatriés. La plupart sont gérées par des femmes, ce qui ne surprend guère vu que 75 %, au moins, des envois d'argent sont destinés à des mères, épouses, sœurs, ou filles.

Les associations mexicaines, dont il existe plus de 600 aux États-Unis, soutiennent en général des projets de développement social dans leurs communautés d'origine. Depuis à peu près dix ans, au niveau des États, les gouvernements ont commencé à compléter les contributions de ces associations par un abondement dollar pour dollar. La participation des municipalités a fait grimper cet abondement à deux pour un, il y a six ans, et, trois ans plus tard, le gouvernement fédéral a adhéré au programme et ainsi porté l'abondement au niveau de trois pour un. Cette année, l'abondement de trois pour un a été officiellement garanti par le gouvernement fédéral, pour soutenir les projets de production gérés par les petites entreprises, aussi bien que les projets sociaux.

Les expatriés mexicains qui investissent dans leur pays commencent par reconstruire leurs maisons avec des matériaux de meilleure qualité. Ils y effectuent des mises à niveau pour la prestation de nouveaux services, et les équipent de téléviseurs, de réfrigérateurs et de machines à coudre. Les associations mexicaines fondées aux États-Unis aident aussi dans la construction d'écoles, de dispensaires, de centres sportifs, de routes et de ponts. L'un de ces derniers mesure 80 mètres de long, et nous en avons entrepris la construction avec l'aide d'Axutecos de New Jersey qui a partagé les coûts à hauteur de 25 %. Certaines associations ont réalisé l'approvisionnement en électricité de leurs communautés. L'approvisionnement en eau potable est aussi une priorité. Les Mixtecos de Brooklyn ont financé à hauteur de 20 % la réalisation d'un de ces projets dans une petite ville. Certains émigrés mexicains deviennent des chefs d'entreprise dans leur pays. Ils ouvrent des restaurants, des magasins, des boulangeries, et des usines. Le " King of Tortilla ", qui prépare et livre quotidiennement plus de 5 millions de tortillas dans le New Jersey et à New York, a investi 5 millions de dollars dans une installation de confection de japaleños pour la clientèle mexicaine aux États-Unis. Cette clientèle, appelée clientèle de la nostalgie, est en train de croître. D'autres usines situées au Mexique produisent des haricots frits et des sauces, et traitent des feuilles de cactus, toujours pour la clientèle de la nostalgie vivant aux États-Unis. La municipalité met gratuitement des terrains à la disposition des investisseurs émigrés. Au niveau des États, les gouvernements forment les personnes pour ces emplois et leur versent un salaire minimum pendant leur formation. Quant à présent, avec le soutien de la Banque Mexicaine de Développement et de la Banque Interaméricaine de Développement, nous nous préparons à financer des études de faisabilité pour aider sans frais les émigrés à prendre des décisions éclairées.

Nous nous proposons de travailler, en collaboration avec toutes autres agences et institutions internationales appropriées, à relever les défis les plus importants. Il y a encore beaucoup à faire, en ce qui a trait à la résolution des problèmes des émigrés, mais nous y travaillons avec beaucoup d'assiduité.

" Les objectifs des CS consistent à apprendre à nos frères à penser par euxmêmes, à travailler, à se nourrir, à envoyer leurs enfants à l'école, et donc à améliorer la qualité de leur vie, à la grande satisfaction de nous tous. "

Nous représentons les Communautés Salvadoriennes (CS). En tant que représentantes de ces Communautés, c'est, pour nous, un honneur de nous joindre ici à la communauté haïtienne et de vous transmettre les salutations chaleureuses de notre président, Luís Felipe Romero, de même que celles du comité de direction de la Communauté Salvado-rienne (CS) dont nous sommes, et des communautés que représentent, à leur tour, les différents membres du comité.

Les Communautés Salvadoriennes ( CS) sont une jeune et récente organisation qui a été créée à la suite d'un séisme. Nous allons en faire l'historique et faire part de ce qui a été accompli en un peu plus d'un an.

Notre première activité a consisté en une levée de fonds qui nous a permis de construire des maisons. Il nous a été très difficile de prendre cette décision vu qu'il y avait un grand besoin d'eau, de nourriture et de matériels au Salvador.

Blanca L. CRUZ et Blanca ROMERO

Blanca L. Cruz et Blanca Romero sont les Coordonnatrices des Communautés Salvadoriennes Unies (Comuni-dades Unidas Salvadoreñas, CUS) basées à Washington DC. CUS réunit des Salvadoriens émigrés aux Etats-Unis, dans le but de promouvoir des solutions soutenables et de canaliser l'aide financière aux communautés démunies au Salvador. CUS unit ces forces avec celles de nombreuses communautés.

A date, CUS et sa campagne "Maisons pour la Population " (Viviendas para el Pueblo) a pu construire des toits permanents pour près de deux cents (200) familles. Le travail ardu a été complété durant de nombreuses heures de volontariat, mais le désir de la communauté salvadorienne des Etats-Unis à contribuer localement a l'amélioration du niveau de vie locale s'est révélé déterminant pour la résussite de ce projet.

CUS préconise la participation active de la Femme, et l'éducation dans les communautés démunies du Salvador.

Nous avons, cependant, décidé de le faire car nous voulions que les dons de nos compatriotes, de nos amis d'Amérique Latine et des États-Unis, ainsi que ceux de nos voisins de Washington, fussent-ils modestes ou généreux, servent à quelque chose d'utile, à quelque chose qui perdure. Nous avons préféré accorder la priorité aux maisons plutôt qu'à assurer une journée de subsistance.

Nous avons appris l'existence d'une société qui s'occupait de la vente de maisons préfabriquées pour les régions sinistrées. Un marché conclu avec cette société nous a permis de faire l'acquisition de 75 maisons que nous avons transportées au Salvador. Délégués et habitants des zones rurales du Salvador passèrent des journées sous le soleil et sous la pluie pour installer ces maisons.

Le travail de la Communauté Salvadorienne est exclusivement accompli par des bénévoles, mais les frais de voyage, ainsi que les frais d'essence et les repas sont complètement pris en charge lorsque nous travaillons. Nous continuons de travailler avec assiduité parce que nous avons promis de livrer 25 maisons pré-fabriquées à la plantation "Los Lorgartos", où les conditions de vie sont très difficiles. Ces maisons compléteront plus ou moins le projet " maisons pour la population ".

Nous avons continué à entretenir des relations avec les communautés dans lesquelles nous sommes engagées. Nous les visitons assez régulièrement, nous tenant au courant de leur situation. Nous les mettons en contact avec d'autres institutions pour nous assurer de la continuité de leurs progrès. Nous y exerçons une surveillance, afin de communiquer notre volonté de servir dans le but de progresser, parce que sans cette volonté, il se peut que l'argent n'aille pas là où il devrait aboutir.

Nous avons aussi mis en oeuvre des projets consacrés aux enfants. Nous leur apportons des appareils et des jouets pour qu'ils trouvent un peu de joie et de bonheur. C'est alors merveilleux d'observer leurs visages.

En tant que bénévoles, nous considérons que notre seule rémunération réside dans cette expression de joie et de bonheur qui se lit sur le visage des bénéficiaires, et nous y trouvons la force pour continuer à travailler avec les gens démunis.

La CS est une association qui a déjà travaillé pendant plusieurs années dans la discrétion pour nos communautés d'origine.

Moi, Blanca Cruz, je représente la communauté de Chiquirín. Cette communauté qui hier encore, n'était qu'un point sur la carte, un canton de La Unión, tout près du Golfe de Fonseca, est actuellement un point développé, j'en suis très fière.

En 1995, nous nous sommes mis à réfléchir à ce que nous pouvions faire pour nous aider nous-mêmes, et nous avons décidé de nous unir, de conjuguer nos forces, et de travailler au développement de Chiquirín. Cela n'a pas été très facile en raison de la méfiance des populations (il leur est difficile de faire confiance aux autres). Il faut commencer petit à petit pour pouvoir montrer le peu de choses qui a été réalisé.

Nous avons donc débuté, petit à petit, en organisant des tirages au sort et des fêtes, ainsi que diverses activités dans le but de collecter des fonds.

L'un des premiers projets que nous avons mis en oeuvre à Chiquirín a été l'installation de la première ligne téléphonique - pas une ligne directe, mais une connexion établie par antenne. Chaque fois que j'y retourne, je constate avec émerveillement tout ce qui peut être accompli, même quand on vient de commencer.

Nous avons ensuite entamé le projet de construction routière. Ne disposant pas assez d'argent, nous avons seulement nivelé la route, ce qui a rendu plus facile l'accès à Chiquirín. Nous avons aussi travaillé à restaurer des églises, et participé à la construction de terrains de jeu, où les enfants peuvent s'adonner aux sports, ce qui a permis d'améliorer leurs conditions de vie.

n travaillant seuls, nous, citoyens de Chiriquin nous ne pourrons pas beaucoup accomplir, mais en nous unissant pour travailler ensemble, nous obtiendrons de meilleurs résultats.

Nous avons conclu un marché avec le Fonds d'investissement social pour le développement local au Salvador (Fondo de Inversión Social para el Desarrollo Local en El Salvador). C'est la première fois que nous avons pu bénéficier de son soutien. Nous avons présenté trois projets, pensant que peut-être l'un d'entre eux serait approuvé.

L'un des projets consiste à équiper le centre scolaire de Chiriquín, très petit et vient d'inaugurer sa classe de sixième. Ensuite, il s'agira d'apprendre à nos enfants à quitter les petites communautés à un très jeune âge.

Un autre propose d'établir un centre communautaire, puisque le canton ne dispose pas d'un endroit où les gens peuvent se réunir pour des activités sociales et discuter de sujets d'intérêt communautaire. De plus, nous avons soumis un projet visant à l'amélioration de la route conduisant à l'école, dont l'accès est difficile en saison pluvieuse. Nous recevons du soutien pour ces trois projets, et nous nous réjouissons de pouvoir travailler non seulement avec le gouvernement local de La Unión, mais aussi avec le gouvernement central du Salvador. Cela nous ouvrira des portes. Nous sommes heureux du rapprochement avec les deux gouvernements, car il nous permettra d'entretenir avec eux de meilleures relations et de continuer à progresser, non seulement en ce qui concerne le développement communautaire, mais aussi en matière de création d'emplois et de réduction de l'émigration.

Les objectifs des CS consistent à apprendre à nos frères à penser par eux-mêmes, à travailler, à se nourrir, à envoyer leurs enfants à l'école, et donc à améliorer la qualité de leur vie, à la grande satisfaction de nous tous. C'est là un rêve qui prendra du temps à se réaliser, et il y a beaucoup à faire, mais je suis sûre que c'est possible.

René Antonio León RODRIGUEZ

"Les transferts d'argent ne constituent pas la solution aux problèmes de développement, mais ils offrent les moyens de concevoir les politiques propres à promouvoir le développement."

Je me propose de vous entretenir sur l'importance des transferts d'argent au Salvador. Auparavant, j'établirai en quelque sorte un parallèle entre Haïti et le Salvador. En ce qui concerne leurs communautés d'expatriés, Haïti et le Salvador ont de nombreux points communs.

Avec une superficie de 21.000 kilomètres2 , le Salvador est à peu près de la même dimension que l'État du Massachusetts et nos 6,1 millions d'habitants représentent une densité d'environ 300 personnes par km2 La densité démographique est à peu près la même en Haïti, qui mesure environ 27.000 kilomètres2 pour 8 millions d'habitants. Près de 25 % des Salvadoriens résident aux États-Unis et dans d'autres pays étrangers. Le nombre de Salvadoriens résidant aux États-Unis s'élève, au bas mot, à 2.000.000 millions, avec les plus fortes concentrations à Los Angeles, à Washington D.C., dans le Maryland, en Virginie, à New York et à Houston. De même qu'Haïti, nous avons 250.000 de nos ressortissants au Canada, à Ottawa, à Toronto et à Montréal. Le nombre d'Haïtiens vivant en République Dominicaine se situerait entre 300.000 et 800.000. Beaucoup de Salvadoriens se sont également installés dans les Caraïbes, dont plus de 45.000 au Bélize, où ils constituent plus de 10 % de la population et travaillent majoritairement dans l'agriculture. Paris accueille 45.000 de vos compatriotes, tandis que 45.000 des nôtres constituent une très importante présence à Milan, en Italie. Des Haïtiens se sont aussi installés dans d'autres parties du monde, alors qu'à Brisbane, en Australie, nous revendiquons 50.000 Salvadoriens.

René Antonio Leon RODRIGUEZ

L'ambassadeur Rodriguez a entre-pris une carrière professionnelle dans les secteurs académique, privé et gouvernemental. Professeur, il a enseigné l'Economie à l'Université de l'Amérique Centrale (Central American University - UCA) et à l'Université Dr. José Matias Delgado, et la Gestion au niveau de la maîtrise (Business Administration) à UCA.

De 1989 à 1991, il a occupé le poste de Gestionnaire Technique à la Chambre de Commerce et d'Industrie du Salvador. Au cours de cette même période, il a aussi travaillé comme Consultant à l'Association Nationale pour l'Entreprise Privée (National Association for Private Enterprise, ANEP) et à l'Association des Exportateurs et des Usines de Café du Salvador (ABECAFE).

Il rejoint le Ministère de l'Economie en 1992 au poste de Directeur des Négociations pour les Echanges Internationaux et l'Intégration Economique. Il fut responsable des échanges commerciaux et négociations économiques multilatérales au GATT.

En 1994, il devient Vice-Ministre de l'Economie, responsable des politiques d'échanges commerciaux, des négociations commerciales internationales et de la promotion de l'investissement au Salvador. Il a représenté le Salvador dans diverses négociations ministérielles et rencontres dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Il a également dirigé le groupe de travail sur l'accès au marché pour la ZLEA.

Depuis 1997 il est Ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis. Sous sa direction il y eut la ratification du pro-jet de loi sur "l'Association Commerciale Etats-Unis-Bassin des Caraïbes" (U.S.-Caribbean Basin Trade Association Law) ; cette législation améliore les avantages commerciaux accordés aux produits du Salvador exportés aux Etats-Unis sous l'Initiative du Bassin des Caraïbes (Caribbean Basin Initiative -CBI).

Les diasporas haïtienne et salvadorienne se ressemblent non seulement par la taille, mais aussi par la diversité de leurs pays d'accueil et l'apport de leurs membres au développement social et économique de leurs pays d'origine.

Il existe, pourtant, certains traits dont je ne suis pas vraiment fier. Il s'agit du niveau de vie de la population et des données statistiques. Au cours de l'année 2001, nous avons réduit le taux de pauvreté au Salvador de 42 à 17 % de la population totale. Toutefois, deux séismes dévastateurs ont frappé les zones les plus reculées du pays, mettant à mal les progrès jusqu'alors réalisés. Environ 25 % des Salvadoriens vivent encore dans une pauvreté extrême. Après Haïti, le Salvador est, de toute la planète, le pays le plus affecté par la déforestation. Certains des traits communs à Haïti et au Salvador ne sont donc pas des plus réjouissants.

Les Salvadoriens qui vivent à l'étranger, et particulièrement ceux qui résident aux États-Unis, sont le moteur de l'économie et du développement de notre pays. Ils envoient à leurs familles restées au Salvador près 2 milliards de dollars en transferts d'argent chaque année. Au cours des cinq premiers mois de 2002, les transferts d'argent ont progressé d'environ 7%, pour atteindre 800 millions de dollars, ce qui permet de prédire qu'ils dépasseront 2 milliards de dollars d'ici la fin de l'année. La raison en est que les Salvadoriens restent très attachés à leur pays et, de plus, jouissent d'une relation privilégiée avec les États-Unis en ce qui concerne l'immigration.

L'an dernier, le Salvador a subi deux séismes qui ont détruit plus de 225.000 maisons, ou plus de 25 % de la totalité de nos lieux d'habitation, ainsi que 72 hôpitaux, dispensaires et centres de santé, et plus de 1.500 écoles. De plus, le cours du café, principale denrée du pays, a chuté jusqu'à 46 $ le sac de 1,25 kilogramme, le plus bas de son histoire sur le marché international. Nous avons aussi assisté à une flambée des prix de l'essence, suite aux événements tragiques du 11 septembre qui ralentirent l'économie de notre principal partenaire commercial, les États-Unis, et à une baisse de la demande mondiale pour nos produits. Malgré tout, les transferts d'argent aux familles augmentèrent en 2001 de 1.7 à

1.9 milliard de dollars et l'économie salvadorienne connut une croissance de plus de 2%. Comment expliquer cela ?

En fait, les tremblements de terre ont occasionné une accélération des transferts d'argent. Au 13 février 2001, l'administration Bush avait adopté une Clause de protection provisoire (appelée "Temporary Protection Status " ou le TPS) s'étendant à tous les Salvadoriens vivant aux États-Unis. Le "TPS" peut changer de façon très sensible les conditions de vie de ses bénéficiaires car il permet aux Salvadoriens de postuler en toute légalité pour les emplois les mieux payés, offrant des avantages sociaux et des prestations, auxquels n'ont pas accès les étrangers sans papiers. Une personne qui bénéficie du "TPS" peut travailler n'importe où aux États-Unis. Si j'habite à New York et qu'il m'arrive de perdre mon emploi, le "TPS" me permet d'en chercher un autre à plus de 400 kilomètres, à Washington D.C. Faute de me faire embaucher dans cette ville, je peux aller en Caroline du Nord où, bien sûr, le "TPS" sera encore valable. Si je travaillais dans le secteur tertiaire, le plus éprouvé par les attentats terroristes, cela me permettrait de chercher du travail dans l'industrie du bâtiment.

Les transferts d'argent vers le Salvador ont progressé de plus de 200 millions de dollars grâce à la générosité de l'administration Bush, qui a octroyé le "TPS" aux Salvadoriens pour aider à la reconstruction de leur pays, suite aux dommages infligés en un mois par les deux séismes survenus à bref intervalle au début de 2001. L'un de nos objectifs prioritaires, aux États-Unis, est le renouvellement de la Clause de protection provisoire (TPS) le 9 septembre prochain. Le président Bush devrait annoncer sa décision vers le 10 juillet par l'intermédiaire de son ministre de la Justice et nous espérons qu'il voudra bien pro-longer le "TPS" d'au moins une année.

Il existe une corrélation marquée entre le nombre de nos immigrés aux États-Unis et le volume des transferts d'argent. C'est la raison pour laquelle je milite auprès du Congrès et du gouvernement américains en faveur d'une augmentation de l'assistance aux Salvadoriens. C'est sans doute le plus important aspect de ma mission à Washington D.C.

En outre, la Loi sur la régularisation et l'assistance aux immigrants du Nicaragua et de l'Amérique centrale (Nicaraguan Adjustment and Central American Relief Act, ou NAJACARO) rend éligibles les immigrants de cette catégorie, entrés aux Etats-Unis avant 1990, à un titre de séjour permanent s'ils remplissent certaines conditions. J'ai reçu l'ordre de notre président d'essayer d'obtenir que l'année soit changée de 1990 à 1995, pour que les immigrants salvadoriens qui bénéficient actuellement du "TPS" puissent être aussi régularisés. C'est là une mesure très importante pour la stabilité du Salvador. L'afflux des transferts a produit un énorme effet dans les domaines économique et social, au point que la diaspora aux États-Unis constitue l'un des principaux acteurs du développement pour le Salvador.

Il me serait difficile de croire qu'un pays dont 25 % de la population résident aux États-Unis puisse ne pas cultiver de bonnes relations avec le gouvernement et le Congrès américains. Notre président entretient d'excellents rapports personnels avec le président Bush. Au cours des 18 derniers mois, les présidents Bush et Flores se sont rencontrés en plus de cinq fois, et la dernière occasion fut le dîner officiel offert par le chef d'État américain, il y a deux semaines, à des dignitaires venus assister à la convention de l'Union Internationale de Télécommunication (International Telecommunications Union) à Washington D.C. Le 24 mars, le président Bush visitait le Salvador. Il appelle le président Flores par son sur-nom de Paco et l'a personnellement invité à des forums, dont la dernière réunion des G8 à Gênes, en Italie. C'est très important, car pour servir les intérêts d'une diaspora dans le pays d'accueil, il n'y a pas un meilleur moyen que de devenir un allié et ami du gouvernement de ce pays-là. Notre président visitera bientôt le Canada, dont il a déjà rencontré le Premier ministre, de même que celui d'Australie. Il fait le tour du monde pour rencontrer les autorités de tous les pays où résident des Salvadoriens, et c'est là un élément clé pour la réussite de nos ressortissants à l'étranger.

Pour ce qui est de l'impact des transferts d'argent au Salvador, nous trouvons une autre similitude encore avec le cas d'Haïti. Je ne peux pas insister suffisamment sur le fait qu'un apport de 2 milliards de dollars à l'économie du Salvador, avec leurs 100% de valeur ajoutée, équivaut au quintuple du chiffre d'exportation des ateliers d'assemblage vers les États-Unis, à près de 40 % du P.I.B. du Salvador, à 65 % de son chiffre total d'exportation, ou encore à près de 70 % des recettes totales du café. C'est ce montant-là qu'expédient à leur pays les Salvadoriens résidant aux États-Unis, après avoir satisfait leurs besoins de base en logement, nourriture et éducation. Afin de préparer leurs chèques mensuels, les Salvadoriens doivent parfois travailler jusqu'à 18 heures par jour. Certains d'entre eux ont trois emplois et trouvent à peine le temps de dormir.

Leur présence se fait sentir sur les plans économique et social. Bien qu'ils ne bénéficient pas de l'assistance sociale, ils s'adressent aux services sociaux dans les domaines de la santé et de l'éducation. Je peux vous affirmer qu'à Washington D.C. les Salvadoriens constituent 65% de la clientèle des Organisations non Gouvernementales (ONG) engagées dans les services de santé. Les conséquences des transferts d'argent sur les conditions de vie de la diaspora n'ont pas été étudiées. Les organisations salvadoriennes engagées dans les projets sociaux et économiques au Salvador ne devraient pas oublier qu'il existe, parmi les Salvadoriens résidant aux États-Unis, des personnes qui sont dans le besoin.

Au Salvador, les transferts d'argent nous ont permis de jouir d'un certain luxe économique. C'est grâce à ces transferts que nous pouvons importer plus que nous n'exportons et que notre gouvernement peut dépenser au-delà de ses recettes. Ils nous offrent la posssibilité d'investir plus que nous n'épargnons. Ils nous ont permis de " dollariser " l'économie du Salvador. Trente jours avant le séisme du 1er janvier 2001, l'économie salvadorienne était complètement " dollarisée ". Le colón était officiellement resté la monnaie légale, mais le dollar l'était aussi, de fait. On peut dire qu'actuellement, la monnaie salvadorienne a disparu de la circulation à 75 % et j'espère que ce sera pour toujours. Au beau milieu de l'une des années les plus difficiles pour l'économie du Salvador, la " dollarisation " a entraîné le taux d'intérêt le plus bas de l'Amérique Latine et un taux d'inflation qui était l'un des plus faibles. Le système financier du Salvador a renversé son cours grâce à la " dollarisation ". Nous sommes maintenant ceux qui reçoivent des capitaux. Cela nous a permis de connaître une stabilité macro-économique à long terme dans notre pays. Comment le Salvador a-t-il pu " dollariser " son économie ? Grâce aux transferts d'argent.

Ces transferts ont aussi permis au gouvernement d'appliquer des politiques d'économie de marché qui auraient, autrement, été plus difficiles à mettre en œuvre à cause de leurs conséquences sociales. Au beau milieu de la guerre, de même qu'au cours des années 90, par exemple, le Salvador a privatisé le secteur de la télécommunication. Plutôt qu'un monopole d'État, nous avons 25 opérateurs. Alors que l'État exerçait autrefois un monopole sur le téléphone portable, nous avons actuellement quatre entreprises dans ce secteur. Une communication téléphonique entre le Salvador et New York coûte moins cher qu'un appel de New York à Los Angeles. Le marché a connu un prodigieux essor. La durée totale des liaisons téléphoniques entre le Salvador et le reste du monde a grimpé à un milliard de minutes par an. Voilà pourquoi de nombreuses entreprises souhaitent faire des affaires avec le Salvador. Un appel passé, en fin de semaine, d'un portable à un autre coûte autant au Salvador qu'à Los Angeles : 0,09 $ la minute. Grâce à la concurrence, les prix baissent parfois jusqu'à 0,02 $ la minute. Quel est le délai d'attente pour obtenir une liaison téléphonique au Salvador ? Aucun. Vous pouvez acheter un téléphone portable à une station-service. Suite à la privatisation, le nombre de téléphones fixes a augmenté de 250.000 à plus de 1.2 million.

Le Salvador est en train de devenir la plaque tournante de la télécommunication en Amérique Centrale. Ceci s'explique tant par la volonté politique d'effectuer les réformes, que par les transferts d'argent qui créent les conditions propices à la mise en œuvre des réformes en amortissant l'incidence sociale de ces dernières. Le Salvador a réformé, par exemple, le secteur de l'électricité en privatisant la distribution, maintenant assurée par quatre sociétés américaines. Nous avons privatisé les régimes individuels de retraite, et le résultat en a été un immense marché financier. Des sociétés salvadoriennes sollicitent actuellement l'autorisation d'investir à l'étranger, parce qu'elles disposent de tant de liquidités qu'elles peuvent acquérir des titres ou des actifs financiers d'entreprises qui en vendent sur les places boursières internationales. Le Salvador a atteint, grâce à toutes ses réformes, une côte élevée de solvabilité. C'est le seul pays de la région à en bénéficier, hormis le Chili et le Mexique. Je dirais que les transferts d'argent aux familles ont contribué à tout cela.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre que c'est le meilleur des mondes, car je reconnais qu'il existe beaucoup de problèmes. Mais si le Salvador occupe aujourd'hui son rang mondial de 13ème pays à économie libre, c'est parce que les transferts d'argent nous ont procuré cet espace de " respiration " et de maturation qui nous a permis de réaliser un prodigieux bon en avant dans notre niveau de développement national. Les transferts d'argent ne constituent pas la solution aux problèmes de développement, mais ils offrent les moyens de concevoir les politiques propres à promouvoir le développement. Si l'on se croise les bras en attendant que les transferts d'argent apportent une solution à ses problèmes, l'on se prépare à une déception. Il a été porté à ma connaissance que l'économie haïtienne bénéficie d'un apport de 800 millions de dollars, mais je dirai franchement que je ne vois pas où va cet argent. Si vous visitez Chiquidín, Dibucá et tous les autres villages de l'est du Salvador, vous verrez les résultats des transferts d'argent dans l'amélioration des routes, des écoles, de l'infrastructure, des maisons et du niveau de vie.

Il est très important de mettre en place des mécanismes financiers pour maximiser les transferts d'argent. J'ai failli verser des larmes en entendant les propos du représentant de l'une des entreprises, qui disait que c'est un travail difficile réclamant beaucoup de capitaux, que les marchés sont maigres et qu'il est nécessaire d'avoir un chéquier bien approvisionné. La vérité est que la marge de bénéfice par transaction est très faible ; cependant, le nombre de transactions est si élevé que vous réalisez des millions. Je pense, de plus, qu'il est très important d'encourager la concurrence. Pourquoi pensez-vous que les banques salvadoriennes ont une forte présence aux États-Unis ? La ville de Washington D.C. compte à elle seule jusqu'à présent cinq banques salvadoriennes mais elles seront dix d'ici la fin de l'année. Savez-vous combien de banques salvadoriennes ont ouvert leurs portes à Los Angeles ? Quatre, et elles seront dix d'ici la fin de l'année.

Nous ne faisons pas payer de taxes ni de surcharges pour les transferts d'argent. Nous sommes complètement " dollarisés ", donc le taux de change ne nous intéresse pas, et il n'y a pas de commission liée au taux de change. En théorie, vous avez 2 milliards de dollars, mais l'effet multiplicateur sur l'économie rend ce montant encore plus important. Le concurrent à contrôler 29 % des 2 milliards dollars transférés au Salvador est la Western Union. Et nous nous en réjouissons parce que la concurrence fait baisser les prix. J'effectue personnellement des transferts d'argent vers le Salvador. Je payais autrefois 65 $ pour les transferts dépassant $1.000. Actuellement, si j'utilise les services de Comercio of El Salvador, Banco Agrícola of El Salvador ou Banco Salvadoreño of El Salvador, je paie 8 $, et les prix continuent de baisser rapidement. Le temps arrivera où l'important ne sera pas les frais imposés par transaction, mais la valeur ajoutée des services à la clientèle. Dans un système financier complètement libéralisé, l'entreprise qui offrira des services à valeur ajoutée est celle qui contrôlera le marché .

Nous savons que le vote des Salvadoriens vivant aux États-Unis est recherché par les politiciens. L'un des partis politiques du Salvador a établi un organisme de liaison avec les communautés salvadoriennes aux États-Unis, en prévision des élections de 2006 ou de 2009 au Salvador. Il existe deux ou trois des partis politiques à vouloir faire participer les émigrés salvadoriens au processus électoral au Salvador. Les politiciens américains considèrent les Salvadoriens vivant aux États-Unis comme une composante majeure du vote latino-américain. Nous voulons nous assurer que tout Salvadorien qui remplit les conditions nécessaires devienne un citoyen des États-Unis et s'inscrive comme électeur ; que tout Salvadorien inscrit comme électeur adhère à un comité d'action politique dans sa localité ; et que tout Salvadorien membre d'un comité d'action politique aspire à se faire élire au niveau local, au niveau de son État ou niveau fédéral. C'est par ce seul moyen que nous pourrons nous établir, d'ici à l'an 2030, comme la diaspora juive l'a fait aux États-Unis. Il n'existe aucun autre moyen.

La diaspora salvadorienne constitue le plus vaste marché pour les entreprises salvadoriennes fonctionnant au Salvador. Celles qui se sont confinées au marché intérieur du Salvador sont en faillite, alors que celles qui ont su occuper un créneau dans la communauté salvadorienne établie aux États-Unis sont en train de prospérer. La clientèle nostalgique salvadorienne aux États-Unis grandit rapidement parce que, entre autres raisons, les Salvadoriens disposant du plus fort pouvoir d'achat sont ceux qui vivent aux États-Unis. Notre formule est " de Sánchez à Sánchez à Smith. " Nous voulons que, du Salvador, un Sánchez exporte à un Sánchez vivant aux États-Unis, et que celui-ci accède à la clientèle anglo-saxonne, et ainsi à Smith. Il y a des entreprises qui réalisent de bonnes affaires en utilisant cette formule. La Constancia produit une bière appelée Pilsen. À mon grand étonnement, Pilsen occupe actuellement la deuxième place parmi les bières importées aux États-Unis - non parce que les deux millions de Salvadoriens ont un trop fort penchant pour la bouteille, mais à cause de " Sánchez à Sánchez à Smith ". Les plus importants clients de Pilsen aux États-Unis sont les casinos de Las Vegas.

L'importance économique de la diaspora, dans le sens inverse des transferts d'argent vers le pays d'origine, réside dans sa valeur en tant que marché. Les iguanes y compris la soupe d'iguane en conserve, sont le produit non traditionnel le plus important que nous exportons vers les États-Unis. Au Salvador, nous mangeons notre fleur nationale. Nous consommons un type d'iguanes, en raison de leurs propriétés spéciales;ils coûtent $35 l'unité. La communauté salvadorienne aux États-Unis représente un marché de plusieurs millions de dollars pour les entreprises salvadoriennes. Le président Bush a pris l'engagement, par l'organe du Congrès américain et des membres de son administration, que le Salvador et les autres pays d'Amérique Centrale sont ceux avec qui les États-Unis entameront des négociations en vue d'un accord de libre échange, après les négociations avec le Chili et Singapour. Puisque les États-Unis sont notre principal partenaire économique, nous souhaitons bénéficier des mêmes privilèges que le Mexique. Cela comptera beau-coup pour la croissance et les emplois au Salvador, en permettant aux Salvadoriens de rester dans leur pays plutôt que de s'expatrier à la recherche d'un meilleur avenir.

Intervention de

M. René Antonio Leon Rodriguez,

ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis

au cours du dîner-débat

de la première journée



René Antonio Leon Rodriguez

" Les transferts sont le résultat de décisions de personnes individuelles. Le gouvernement ne devrait pas s'impliquer dans le processus décisionnel des transferts, ni chercher à influencer leur utilisation ni même envisager de réguler ces flux monétaires. "

Je voudrais remercier le Centre pour la Libre Entreprie et la Démocratie (CLED) et Inter-American Foundation (IAF) pour cette invitation.

Lorsque j'étais gosse il y a environ 35 ans, mon père m'a emmené au Stade National du Salvador pour assister à un match de foot-ball entre Haïti et le Salvador. Mon pays avait battu 1-0 à Port-au-Prince et il nous fallait seulement un match nul pour nous classifier pour la coupe du Monde 1970. Mais, Haïti gagna sur le score de 3 à 0 ; ce match reste à jamais gravé dans ma mémoire. Depuis, j'ai toujours voulu connaître ce pays qui a produit des footballeurs aussi talentueux que Francillon, Sanon, Baptiste et tant d'autres.

Autant donc vous dire que c'est pour moi, un grand plaisir d'être ici.

Les transferts sont un phénomène multidimensionnel et sont l'expression d'une situation sociale, économique et même anthropologique. Ils sont le résultat du départ de nombreux citoyens d'un pays vers un autre pays pour différents raisons. Dans le cas du Salvador, la guerre a semblé être la cause principale de la migration. Entre 1979 et 1992,en effet, le Salvador a connu une guerre civile qui a forcé de nombreux salvadoriens à quitter le pays. Cependant, pour d'autres c'est la recherche de meilleures opportunités économiques et les retrouvailles avec leurs familles qui les ont poussés a émigrer.

Les transferts affectent les politiques publiques nationales et sont tout au moins dans le cas du Salvador, le meilleur

René Antonio Leon RODRIGUEZ

L'ambassadeur Léon a entrepris une carrière professionnelle dans les secteurs académique, privé et gouvernemental. Professeur, il a enseigné l'Economie à l'Université de l'Amérique Centrale (Central American University - UCA) et à l'Université Dr. José Matias Delgado, et la Gestion au niveau de la maîtrise (Business Administration) à UCA.

De 1989 à 1991, il a occupé le poste de Gestionnaire Technique à la Chambre de Commerce et d'Industrie du Salvador. Au cours de cette même période, il a aussi travaillé comme Consultant à l'Association Nationale pour l'Entreprise Privée (National Association for Private Enterprise, ANEP) et à l'Association des Exportateurs et des Usines de Café du Salvador (ABECAFE).

Il rejoint le Ministère de l'Economie en 1992 au poste de Directeur des Négociations pour les Echanges Internationaux et l'Intégration Economique. Il fut responsable des échanges commerciaux et négociations économiques multilatérales au GATT.

En 1994, il devient Vice-Ministre de l'Economie, responsable des politiques d'échanges commerciaux, des négociations commerciales internationales et de la promotion de l'investissement au Salvador. Il a représenté le Salvador dans diverses négociations ministérielles et rencontres dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Il a également dirigé le groupe de travail sur l'accès au marché pour la ZLEA.

Depuis 1997 il est Ambassadeur du Salvador aux Etats-Unis. Sous sa direction il y eut la ratification du pro-jet de loi sur "l'Association Commerciale Etats-Unis-Bassin des Caraïbes" (U.S.-Caribbean Basin Trade Association Law) ; cette législation améliore les avantages commerciaux accordés aux produits du Salvador exportés aux Etats-Unis sous l'Initiative du Bassin des Caraïbes (Caribbean Basin Initiative -CBI). remède administré contre la pauvreté depuis 15 ans. Ils ont permis au Salvador la mise en œuvre de réformes économiques, politiques et sociales qui autrement n'auraient pas été possibles. Ces transferts s'élèvent à présent à deux (2) milliards de dollars l'an soit 5 fois la valeur de l'industrie de la sous-traitance au pays qui emploie plus de 90.000 personnes.

Il y a donc un lien entre les transferts monétaires et le développement et c'est cet aspect que je vais traiter.

Il y a présentement un début autour du meilleur usage ou de l'utilisation à des fins productives des transferts monétaires. Comme vous le savez sûrement, les transferts sont le résultat de décisions de personnes individuelles. Aussi, je pense à une leçon que les pays récipiendaires devraient retenir, c'est que le gouvernement ne devrait pas s'impliquer dans le processus décisionnel des transferts, ni chercher à influencer leur utilisation ni même envisager de réguler ces flux monétaires. Tenter de réguler ce secteur serait comme chercher à éliminer les transferts.

Au Salvador, nous avons convenu qu'il n'était pas approprié que le gouvernement s'engage dans une aventure pareille. Si nous devons faire quelque chose pour augmenter l'impact social et économique des transferts, nous devrons le faire avec les organisations de ressortissants Salvadoriens qui cherchent à laisser le pays pour s'établir aux Etats-Unis. Nous avons par contre découvert que notre meilleure arme contre la pauvreté était la politique d'immigration envers les Salvadoriens qui cherchent à laisser le pays pour s'établir aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et ailleurs.

Nos ressortissants en terre étrangère gagnent entre 20.000 et 30.000 dollars l'an, plus de 97% des fonds transférés sont consacrés à la satisfaction des besoins primaires Nous basant sur l'expérience Mexicaine, nous avons engagé un dialogue avec des institutions impliquées dans la défense des droits des immigrants Salvadoriens et nous avons convenu de la nécessité de constituer un fonds de garantie (Trust Fund).

Bien sûr, n'ayant pas autant de ressources que le Mexique, nous avons commencé à réfléchir à la meilleure formule pour établir un partenariat avec les Salvadoriens vivant à l'étranger. Nous sommes ainsi arrivés à développer notre propre version de ce qu'on appelle " L'Unité à travers la solidarité ". Ces programmes ont la particularité d'être des fonds liés au développement et de servir de fonds de contrepartie du gouvernement du Salvador.

Je ne suis pas en train de dire que nous apporterons 3 dollars pour chaque dollar investi par une organisation d'expatriés salvadoriens dans leurs projets. Le fait est que, nous avons cet argent et il sera disponible pour les meilleurs projets qu'auront conçus ces organisations avec leurs municipalités.

Lorsque nous avons proposé cette formule pour la première fois à une organisation salvadorienne basée à Los Angeles, elle a cru que nous nous moquions d'elle. Mais nous avons insisté et commencé avec 125.000 dollars la construction d'un petit lac botanique avec une sorte de marina pour les pêcheurs. Lorsque les fonds furent épuisés, nous trouvâmes un financement de 75 millions de dollars de la Banque Inter-Américaine de Développement (BID) lequel permit de mettre 4 millions de dollars à la disposition des communautés salvadoriennes aux Etats-Unis tous les 2 mois en fonds de contrepartie. Ces communautés rivalisèrent systématiquement afin d'avoir accès à ces fonds.

A cet effet, elles ont été initiées à soumettre leurs offres pour le 1er juillet 2002. Le niveau d'enthousiasme, d'engagement et de notoriété a généré la compétition entre les communautés salvadoriennes établies aux Etats-Unis. Nous avons reçu plus de 50 projets de tous types à date. Nous avons aussi mis au point un processus d'application pour l'accès à ces fonds ; lequel exige que les habitants des communes bénéficiaires au Salvador s'engagent eux aussi dans le financement. Ceci marche très bien.

Nous sommes très heureux des résultats de cette adaptation de la formule mexicaine.

Je pense que le succès du programme favorisera son institutionnalisation dans un futur proche et j'espère que nous serons en mesure d'obtenir cet argent de nos propres ressources et de l'intégrer à notre budget national.

Je voudrais souligner à ce propos quelques points qui, selon moi, déterminent le succès.



La diaspora salvadorienne compte plus de 300 organisations aux Etats-Unis ; toutes sortes d'organisations ; à vocation politique, humanitaire ou autre. Il y a une nécessité de créer une ambition commune parmi toutes ces entités pour qu'elles se structurent afin que cette diaspora devienne un groupe solide avec la même influence politique et économique que la communauté juive. Ceci est notre vision au niveau du gouvernement actuel.

Lorsque cette vision s'accomplira, l'intérêt de notre diaspora sera prise en considération par le congrès et par le gouvernement américains.

Il y a donc derrière cette vision, un grand plan de travail pour faire de la diaspora salvadorienne l'une des plus importantes et des plus influentes communautés d'immigrants aux Etats-Unis.

Je vous remercie

Panel 3



Le rôle des organisations

de la Diaspora

dans la canalisation

des ressources humaines

et financières de notre pays

Marie-Carolle TERTULIEN



" Les associations régionales veulent offrir leur soutien sans faire la charité. Leur but est de créer l'autosuffisance, et non la dépendance. "

C'est pour moi un privilège de participer à cette conférence en qualité de déléguée de la Fédération des Associations Régionales Haïtiennes à l'Étranger (FARHE), dont je suis la coordonnatrice.

Je voudrais remercier Carlo Dade et Nathalie Liautaud de m'avoir invitée à venir prendre part à cette importante discussion.

J'aimerais, au prime abord, présenter un historique des différentes étapes qui nous ont conduit à l'existence de cette fédération.

Vers la fin des années 70 et le début des années 80, nous avons assisté à la création de différentes associations régionales aux États-Unis, plus particulièrement à New York, ainsi qu'à Montréal, au Canada. Les Haïtiens se sentaient fatigués de la situation politique au pays. Les médias, aussi bien que certaines organisations politiques, sociales, religieuses et populaires, se mirent alors à la recherche de moyens et de for-mules pouvant aider à apporter des changements politiques et sociaux dans le pays d'origine.

En novembre 1982, le régime des Duvalier exila plusieurs journalistes, dont le défunt Jean Léopold Dominique de même que certains leaders politiques. Cet acte servit de catalyseur pour la communauté haïtienne de la Diaspora, qui s'engagea à soutenir la rébellion des compatriotes contre le gouvernement. Nous avions ainsi, d'une part, les organisations politiques et, d'autre part, les associations régionales. Les deux groupes développèrent un lien de solidarité avec Haïti.

Marie-Carolle TERTULLIEN

Marie-Carolle Tertulien est la Coordonnatrice de la Fédération des Associations Régionales Haïtiennes à l'Étranger (FARHE). Cette fédération est une coalition de 43 associations régionales impliquées dans le travail humanitaire dans plusieurs régions en Haïti.

Elle est également la Secrétaire Générale de l'Organisation pour le Développement de Lascahobas, Mme Tertulien occupe le poste de spécialiste paralégal senior à l'Autorité Portuaire (Port Authority) de New York et de New Jersey.

Elle détient un diplôme en Gestion de Ressources Humaines de l'Université PACE.

L'idée de constituer une fédération d'associations régionales est venue d'un compatriote, Francois Michel, lors employé au Consulat d'Haïti à New York. En octobre 1995, il eut la noble idée d'inviter à New York des délégués de 43 associations régionales, pour les inciter à mettre eux-mêmes sur pied des moyens de collecter des fonds. Il prit l'initiative d'organiser le premier congrès d'associations régionales le 3 décembre 1995, au Medgar Evers College de Brooklyn. Les participants y convinrent de créer la Fédération des Associations Régionales. Pendant trois ans et trois mois, un groupe de délégués d'associations régionales s'appliquèrent à atteindre leur but, avec courage et détermination. La Fédération des Associations Régionales Haïtiennes à l'Étranger (FARHE) vit enfin le jour le 18 avril 1999.

Les objectifs que poursuit la FARHE sont les suivants:



Les associations de la FARHE ont un but commun : contribuer au développement de la région d'origine des émigrés qui adhèrent à ces associations.

Pour faire connaître les différentes régions et aider les associations à se faire connaître à d'autres intéressés, la FARHE a conçu à Brooklyn, une émission sur les ondes de Radio Soleil d'Haïti, où un forum est offert à chaque groupe pour la présentation de sa région particulière : position géographique, environnement, produits, et engagement du groupe en question. Grâce aux activités de la FARHE, sept communautés se trouvant en Haïti ont bénéficié d'un don 20.000 livres de PYB, Inc., une organisation canadienne de Montréal. La FARHE poursuit son travail avec ses membres, afin d'assurer le succès de leurs démarches.

Les associations comprennent notamment des groupes de personnes originaires des mêmes villes, unies par la volonté de promouvoir le développement de leur région. Elles puisent leur détermination dans leur sensibilité aux besoins des régions, pour y avoir vécu, dans leur connaissance de la population, et dans leur capacité à inspirer confiance et un sens du devoir envers ceux qui sont restés au pays. Rien n'est plus puissant que le sens de ses obligations. Les membres sont tout à fait passionnés de leur travail et peuvent communiquer leur enthousiasme à d'autres, au service de la même cause.

Ce serait, cependant, de ma part, une grave omission, si je manquais de dire que les actions individuelles sont aussi motivées par un certain intérêt personnel. Les gens veulent s'assurer de trouver le même confort auquel ils se sont habitués dans le pays d'accueil, une fois de retour au pays d'origine pour la retraite.

Bien que louables, les bonnes intentions ne peuvent, à elles seules, garantir le succès. Une association régionale a besoin de structure pour fonctionner. Le but de la FARHE est de travailler avec ses membres à établir un tel système. La structure une fois mise en place, il faudra penser à la suite.

Nous opérons depuis les États-Unis. À défaut d'un mode d'opération bien défini pouvant être appliqué par les associations dans leurs régions d'origine, nous continuerons à rencontrer un sentiment de frustration chez nos membres, l'inefficacité dans la fourniture des services et, dans le cas de certaines associations, l'abandon total des activités.

Je voudrais souligner que nos membres sont tous des bénévoles. Ils disposent d'un riche savoir-faire professionnel, administratif et technique, et sont toujours prêts à se mettre au service d'un objectif commun. Ceux qui adhèrent aux associations régionales sont des travailleurs assidus, consciencieux et fiables, qui trouvent de la satisfaction à mettre leurs connaissances au service des autres.

Les associations régionales veulent offrir leur soutien sans faire la charité. Leur but est de créer l'autosuffisance, et non la dépendance. Elles veulent participer à la solution. Elles prônent l'éducation pour promouvoir le changement. Elles s'engagent dans des activités à but éducatif, telles que la construction d'écoles et de bibliothèques dans les zones rurales, les bourses d'études et les parrainages, le versement de salaires aux enseignants, et la distribution de fournitures et de matériel scolaires. Certaines veillent à ce que les élèves reçoivent au moins un repas par jour ; d'autres envisagent la création d'écoles techniques et professionnelles. Nous savons qu'il faut une population active bien formée, en vue de garantir la durabilité du développement, mais il nous faut aussi des gens en bonne santé pour le maintien de cette population active.

Les associations régionales s'investissent dans la construction d' hôpitaux et de dispensaires et, dans certaines zones éloignées, dans la formation de sages-femmes et du personnel d'assistance médicale. Elles ouvrent des pharmacies communautaires. Dans le domaine sanitaire et celui de l'environnement, elles entreprennent, au niveau municipal, des opérations de nettoyage et de construction de clôtures autour de cimetières. Elles réparent des églises, balisent les rues et érigent des écriteaux d'identification pour les projets, ce qui, produit un effet d'importance sur le moral des habitants de ces localités, qui peuvent ainsi identifier leur lieu de résidence. Nos membres sont capables de fournir de tels services parce qu'ils sont décidés à aider leur patelin. Les fonds qu'ils utilisent pour soutenir ces projets proviennent des activités sociales qu'ils organisent. Ils ne reçoivent d'argent d'aucune autre source. Ils identifient les besoins et ils travaillent lentement, mais sûrement, à changer les choses.

Pour conclure, je voudrais vous citer ces paroles d'Henry Ford : " Réunir un groupe de personnes, c'est un début ; les garder ensemble, c'est déjà du progrès ; travailler ensemble, c'est un succès. ". Si ces paroles sont vraies, la FARHE est certainement sur la voie du succès.

Merci.

Romer BOUCICAULT

" Une implication de la diaspora dans des projets de développement local, si elle est bien dirigée, peut contribuer à améliorer les conditions de vie des couches défavorisées du pays et à les rendre moins dépendantes pour la satisfaction de leurs besoins."

Mon exposé sera une présentation de la Fondation des Institutions pour le Développement et l'Education Civique à partir de la Base (FIDEB). Je ferai état de son expérience et je mentionnerai des activités qu'elle a réalisées pour conclure sur le rôle des organisations de la Diaspora dans la canalisation des ressources humaines et financières.

La Fondation des Institutions pour le Développement et l'Education civique à partir de la Base (FIDEB) est une fondation créée en 1997 avec la participation des secteurs suivants:

En terme d'importance, les organisations paysannes représentent le groupe dominant. Elles sont suivies par le secteur public au niveau local, Mairies et Casecs. Le secteur privé est le plus faiblement représenté au niveau de la Fondation.

Cette fondation est gérée et administrée par un conseil d'administration de 9 membres. On y trouve :



Romer BOUCICAULT Né à Belladère, Romer Boucicault est actuellement Coordonnateur de l'Organisation des Paysans de cette zone et Agent Agricole du Ministère de l'Agriculture. Il a fait des études supérieures à l'Institut Diocésain pour l'Education des Adultes (IDEA) où il a reçu une formation de Technicien Agricole et Animateur en Développement. Il est également diplômé du Centre d'Appui et de Formation (CAF) comme Technicien en production de poulets de chair. Il a également une formation en gestion de Petites Entreprises.

Au cours de sa carrière professionnelle, M. Boucicault a été Responsable de la formation de groupes de jeunes et Responsable de supervision de projets dans le Comité Haïtien de Développement (CHADEV). -2 Délégués et 2 Conseillers. Elle compte également 3 commissions qui renforcent la structure administrative et la secondent dans la gestion des activités de cette Institution. Il s'agit de :

De plus, un Conseil technique de 5 membres aide l'Institution dans la planification de ses activités.

Il n'est pas facile de mobiliser les ressources des secteurs publics et privés pour la réalisation de projets répondant réellement aux besoins des diverses communautés à l'intérieur du pays, en raison de la crise politique, économique et sociale qui sévit depuis 1986. Aussi, le secteur public n'arrive pas à fonctionner dans des conditions normales et le secteur privé fait face à des contraintes économiques et sociales qui affectent ses activités économiques. En dépit de cela, cette fondation est quand même parvenue à créer un fonds propre.

Ce fonds et une subvention de la Fondation Inter-Américaine (IAF) de 143 mille dollars US, ont permis la première phase d'exécution des différentes activités.

La FIDEB compte à son actif, les activités suivantes :

A ces formations ont participé certains maires et membres casecs, des membres du secteur privé au niveau local et des organisations paysannes.

Cette expérience nous montre qu'au niveau de la collaboration intersectorielle, le secteur public local est plus flexible. La participation du secteur privé a été relativement faible malgré sa volonté de prendre des engagements. Ceci est dû à des contraintes et au fait qu'il n'a pas vu clairement son intérêt.

Le système de financement de petits projets mis en place par la FIDEB est basé sur le principe suivant : le 1/3 du montant du projet est financé par la Fondation et les 2/3 restants, par les secteurs privé ou public et les organisations bénéficiaires.

Les organisations qui identifient leurs projets et qui ont eu l'engagement des autres secteurs présentent leurs demandes. Pour ce faire, des formulaires de demande leur sont fournis par le bureau de FIDEB.

De cette manière, la FIDEB a participé de 1999 à 2000 à la réalisation de 85 projets. Le financement consenti par l'institution s'est élevé à 78.000 dollars. Les valeurs mobilisées par les autres secteurs ont atteint 223.400 dollars. Les projets financés ont été réalisés dans les départements géographiques suivants: l'Ouest, le Sud- Est, le Centre, l'Artibonite, la Grande- Anse, le Nord-Ouest et le Nord :

La nature des projets financés est présentée dans le tableau suivant:
Nature des projetsNombre
Agriculture38
Socio-culturel29
Autres projets à caractère économique7
Santé8
Artisanat3
Total 85


Les bénéficiaires directs et indirects des projets de la FIDEB peuvent atteindre plus de 200.000 personnes.

L'apport de la FIDEB aux activités de développement local est très important. L'institution cible des problématiques qui correspondent aux besoins réels des populations bénéficiaires. La plupart des projets financés tels que construction de petits ponts, captage de sources, aménagements de salles de classe, stockage... dans des sections communales du pays n'auraient jamais été pris en compte par le secteur étatique au niveau central. Cela témoigne de l'importance de la réalisation des projets de développement local dans le pays.

La FIDEB pense que les organisations de la diaspora ont un rôle à jouer dans la canalisation des ressources humaines et financières en Haïti. D'après les informations disponibles, la diaspora a envoyé dans le pays chaque année environ 800 millions de dollars pour satisfaire les besoins primaires de nos compatriotes. Cette mobilisation de ressources constitue une contribution appréciable pour le pays.

Pour nous, à la FIDEB la diaspora haïtienne peut servir de moteur de développement pour le pays en permettant une mobilisation des ressources des secteurs publics et privés vers des activités productives capables d'améliorer les conditions de vie des populations défavorisées du pays. Pour que l'investissement de la diaspora puisse être efficace, il faut qu'il y ait de bonnes structures tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays et que des ressources mobilisées soient canalisées dans des projets capables d'apporter des changements durables dans les conditions de vie des plus défavorisés du pays. Ces projets peuvent être de natures diverses par exemple :

La FIDEB a acquis l'expérience dans la gestion de micro- projets de développement avec la participation des secteurs publics et privés. L'institution supervise la conception et la mise en exécution de ces projets au niveau national et dispose de ressources humaines adéquates.

Une implication de la diaspora dans des projets de développement local, si elle est bien dirigée, peut contribuer à améliorer les conditions de vie des couches défavorisées du pays et à les rendre moins dépendantes pour la satisfaction de leurs besoins.

Il est possible de qualifier l'impact de la canalisation des ressources de la diaspora, dans le sens du développement des diverses régions du pays de positif.

Cet impact le sera à tous les niveaux. Aussi, convient-il de relater:



Dina PAUL PARKS

" Nos compatriotes de la diaspora envoient annuellement plus de 800 millions de dollars au pays. Cela représente plus que l'argent actuellement demandé par Haïti aux bailleurs de fonds internationaux. Ce qui compte le plus, c'est qu'il s'agit d'une source financière stable qui soutient le pays à travers les années, qu'il pleuve, qu'il vente et quelle que soit la situation politique. "

C'est pour moi un honneur et un privilège de participer à cette conférence au nom de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR). C'est avec joie que je rentre au pays natal. J'ai pris naissance à Fermathe. J'ai ensuite émigré aux États-Unis dès l'âge de sept ans. Je remercie à la fois le CLED et la Fondation Inter-Américaine de m'avoir donné l'occasion de prendre part à ces deux journées de discussions que je souhaite voir déboucher sur des actes concrets.

Je commencerai d'abord par présenter un bref historique de la NCHR et ensuite faire ressortir pourquoi, selon moi, elle a sa place à cette conférence.

Depuis vingt ans, la NCHR se tient à l'avant-garde de la défense des droits de la personne humaine et de la démocratie en Haïti, en même temps qu'elle lutte pour l'application de principes justes et équitables dans le traitement des réfugiés et immigrés haïtiens aux États-Unis.

Fondée en 1982 afin de répondre aux besoins de personnes qui fuyaient par vagues le régime des Duvalier pour chercher refuge aux Etats-Unis, la NHCR a mis sur pied des activités s'inscrivant dans les démarches entreprises par nous en vue de l'organisation du soutien international à la lutte pour les droits de la personne en Haïti, en passant par

Dina PAUL PARKS

Dina Paul Parks est Directrice Exécutive de la Coalition Nationale des Droits des Haïtiens (NCHR). A NCHR depuis 2000, elle a travaillé comme Associée en Politique, collaborant sur le développement d'analyses de politiques et de recommandations sur l'immigration, les droits humains et le développement communautaire Haïtiano-Américain. Elle a cultivé des relations avec des leaders de partout aux Etats Unis, afin de développer un réseau unifié capable d'actions concrètes et effectives sur des points d'importance pour la communauté Haïtienne vivant à l'étranger.

Avant de se dédier à NCHR, Mme Paul Parks était à la Fondation Ms. Pour les Femmes, en tant qu'Officier des Relations Fondation-Entreprises, gérant les relations entre la Fondation et les bailleurs de fonds institutionnels et l'administration des allocations de gestion. Mme Paul Parks a été directement responsable d'une levée de fonds de plus de US$ 10 millions pour l'œuvre de la Fondation sur la santé des femmes et jeunes filles, la sécurité et le développement économique.

Elle a également travaillé dans la résolution de problèmes de gestion et d'organisation institutionnelle au sein du Groupe Assistance Gestion, une boîte de conseil à but non-lucratif basée à Washington, spécialisée dans l'assistance à des organisations progressistes et à investissement social.

Membre de la Coalition de la ville de New York contre la faim et membre fondateur d'une organisation de tutelle nommée The League, ayant pour but de combiner développement et efforts d'activisme social pour les huit organisations Africano-Américaines du Ivy League, Mme Parks est également Directrice de l'Association Africano-Américaine des Anciens de Harvard (AAAHA). Elle est diplômée des Universités de Harvard et de Rad-cliffe. Elle est l'épouse de Kirk A. Parks et a une fille de quinze mois nommée Noelle. la résistance aux politiques d'interdiction des États-Unis et la formation d'observateurs des droits de la personne au service de l'O.N.U. Ces activités sont les suivantes :

Par l'évaluation régulière de notre travail pour en déterminer l'efficacité, cette coalition a également pu répondre à des besoins urgents se manifestant dans un milieu en constante évolution. À mesure que la communauté croissait en nombre et en maturité aux États-Unis, la NCHR s'est impliquée de plus en plus dans des activités communautaires ciblant les immigrés haïtiens. En 1995, nous lancions le Community Action Program (CAP) (Programme d'action communautaire), qui comprenait plusieurs activités visant à faciliter la sortie de l'ombre de la communauté haïtienne et sa pleine intégration dans la société américaine.

Ce double rôle a pourtant apporté son cortège de défis. Nous restons profondément engagés et continuons de travailler avec le bureau de la NCHR à Port-au-Prince dans le combat pour l'application de la loi, le respect des droits de la personne, et l'établissement d'institutions démocratiques fortes en Haïti. Il n'en demeure pas moins vrai que nous restons toutefois convaincus que l'un des apports les plus importants au succès d'Haïti, à long terme, et à sa pleine accession à la démocratie devra provenir d'une diaspora forte et dynamique, capable d'actions décisives, stratégiques et intégrées, au profit de ceux qui travaillent sur le terrain, en Haïti, et en collaboration avec eux. La NCHR s'intéresse beaucoup à faciliter également ce processus.

Pour démontrer notre engagement en ce sens, nous avons organisé, en avril, une conférence nationale haïtiano-américaine à Miami à laquelle plus de 175 personnes assistèrent. Cette conférence qui a été qualifiée d'historique, et intitulée " Developing a National Haïtian-American Agenda: Moving Forward Together " (Pour établir un agenda haïtianoaméricain : Tous ensemble, en avant) avait pour but d'entamer l'élaboration d'un plan d'action stratégique au service de la communauté haïtiano-américaine. Sans surprise, l'une des séances qui a généré le plus d'enthousiasme fut celle qui traitait du rôle de la Diaspora en Haiti " Haïti and the role of the Diaspora " (Haïti et le rôle de la diaspora). Le sujet semble être d'actualité.

Nul ne peut prétendre ne pas comprendre l'importance du rôle de la diaspora dans la survie d'Haïti par les temps actuels, ainsi que dans son succès à l'avenir. Nos compatriotes de la diaspora envoient annuellement plus de 800 millions de dollars au pays. Cela représente plus que l'argent actuellement demandé par Haïti aux bailleurs de fonds internationaux. Ce qui compte le plus, c'est qu'il s'agit d'une source financière stable qui soutient le pays à travers les années, qu'il pleuve, qu'il vente et quelle que soit la situation politique. Il est peut-être encore plus important de souligner que plus cette communauté haïtienne reste en terre étrangère, et mieux elle arrive à s'y établir, plus ce montant, qui atteint déjà près d'un milliard de dollars, tend à une progression géométrique.

En plus des transferts monétaires individuels aux amis et membres de la famille, la diaspora dispose aussi de mécanismes structurels pour l'investissement en Haïti à travers les associations régionales. Il existe également un certain nombre de projets de développement soutenus par la diaspora, qui fonctionnent merveilleusement en Haïti. Deux d'entre eux, Lambi Fund et Fonkoze, ont obtenu des résultats dans la satisfaction de besoins de développement de base, tels que l'agriculture et les services financiers. Lambi Fund soutient des activités agricoles à travers le pays en fournissant du matériel, des ressources et de l'assistance technique dans plusieurs cas où les moyens de subsistance auraient autrement fait défaut. Fonkoze fournit toute une gamme de services financiers, comprenant les services bancaires et les micro-prêts aux Haïtiens défavorisés. Ces deux programmes, dont le succès est évident, ont évolué et gagné en popularité au cours des récentes années, et ainsi attiré de plus en plus de ressources pour accomplir leurs tâches. Ce sont de brillants exemples de ce que des investissements financiers viables peuvent apporter au pays.

Toutefois, la croissance à long terme et le succès d'Haïti exigeront plus que des investissements financiers. Je pense que nous devons, à cette conférence, envisager le mot " développement " dans son sens le plus large et définir le rôle de la diaspora de façon plus globale. Le vrai développement ne peut s'établir et s'épanouir dans un pays non seulement confronté à un bilan économique négatif, mais également à une mortalité infantile galopante, à un taux endémique de VIH/SIDA et à d'autres maladies infectieuses, tout en étant privé d'infrastructures et d'un système éducatif digne de ce nom, et atteint d'autres maux qui menacent son capital humain. En tant que communauté vivant en terre étrangère, nous disposons de certains atouts et d'un certain savoir-faire qui peuvent servir d'appoint ou de supplément aux ressources, financières et autres, déjà disponibles ici, en Haïti.

Nous avons, pour la plupart, entendu parler de la mission sanitaire cubaine qui a envoyé des médecins et autres professionnels de la santé, pour un an, dans plusieurs zones rurales d'Haïti pour prodiguer des soins de base là où il n'existe ni dispensaires ni hôpitaux. Nous devons tous être reconnaissants à nos voisins pour cette forme de soutien, mais nous devons aussi exhorter l'Association des Médecins Haïtiens à l'Etranger à monter au créneau et prendre la direction de cette campagne. Bien qu'un effort ait déjà été entrepris dans ce sens, il n'est toujours pas assez intense ni assez soutenu pour produire des effets durables. Parmi d'autres possibilités, on peut citer l'établissement de programmes pour Haïti avec l'Université de Porto Rico. Ce partenariat a produit un soutien technique, ainsi qu'un apport économique en espèces et en nature, et des occasions d'échanges en matière de formation à la Faculté de Médecine de Port-au-Prince. Il a beaucoup aidé à la formation de nombreux médecins haïtiens.

Aux possibilités de ce type de programmes dans d'autres domaines, tels l'éducation, la gouvernance, l'administration, le génie, la planification urbaine et la protection de l'environnement, vous pouvez commencer, et seulement commencer, à vous faire une idée du potentiel de développement quasi illimité d'une collaboration réelle et efficace entre la diaspora haïtienne et son pays d'origine.

Certains demanderont pourquoi Haïti continue de souffrir de problèmes aussi graves et chroniques, alors que le pays bénéficie déjà de tant de ressources. Il est évident que la réponse est aussi complexe que la question elle-même. Il faut cependant considérer le manque de planification et de coordination comme une composante clé du problème. Le plus fort de l'investissement de la diaspora en Haïti est actuellement fragmenté, c'est-àdire qu'il n'est pas intégré dans un cadre stratégique de développement national. Il en résulte que les connaissances, le savoir-faire et les ressources sont souvent insuffisamment utilisés, voire gaspillés, dans des tentatives répétées de réinvention de la roue, plutôt que dans un effort visant à tirer des leçons, établir des liens, et construire à partir de ce qui a déjà été fait.

Aucun dialogue national n'a jamais été établi, ni à l'étranger, ni en Haïti même, afin de faciliter l'élaboration d'un tel plan, du moins jusqu'à présent. Au cours des présentations, des échanges d'information et des discussions de ces deux jours, je ne pense toutefois pas m'aventurer beaucoup en disant que, pour la plupart, nous n'avons rien entendu de très nouveau ni de révolutionnaire. Plusieurs d'entre nous ont entendu des propos similaires, tout au moins en partie, à plusieurs occasions, dans plusieurs milieux, en parlant à différents intéressés. Ce qu'il y a d'unique aujourd'hui, c'est la manière de réunir plusieurs parties pour la première fois à la même table, et de les engager dans un dialogue sérieux sur le progrès du pays. S'il faut espérer atteindre nos objectifs, ce dialogue doit être franc, transparent et sincère.

Quand nous réfléchissons sérieusement à ce qui peut se " faire au sujet d'Haïti ", nous disposons collectivement d'un nombre impressionnant d'atouts. Si nous n'avons pas progressé jusqu'ici, ce n'est pas tellement par manque de capacités et de ressources, mais plutôt par manque de vision, de discipline, et de volonté personnelle et politique. Comme nous l'avons déjà fait, nous pouvons accéder aux ressources nécessaires pour effectuer des changements réels, mais trop souvent nous nous sommes laissés arrêter par des questions d'idéologie, par le manque de confiance ou par l'apathie. Pour la plupart, malheureusement, nous ne savons pas encore accepter nos différences de vues. Pour la plupart, malheureusement, nous persistons dans ce jeu à somme nulle où le gagnant veut tout remporter. Pour la plupart, malheureusement, nous continuons à nous méfier les uns des autres alors que nous nous demandons de l'aide ailleurs. Pour la plupart, malheureusement, nous continuons à associer l'échec ou la réussite du pays à certaines personnalités plutôt que de nous focaliser sur des questions relatives aux infrastructures et aux institutions.

Haïti ne saura, ni ne pourra avancer à moins que ces habitudes de comportement destructives ne soient abandonnées. Bien que la NCHR insiste sur la nécessité d'intensifier l'effort des particuliers et de le mieux coordonner afin de répondre aux besoins d'Haïti, elle soutient que les investissements privés ont des limites et ne peuvent, par eux seuls, tirer le pays de la crise. Il existe des fonctions qui sont du ressort d'un État souverain et, tant que nous n'aurons pas parlé de la capacité du gouvernement à remplir son rôle, nous continuerons de prôner des solutions partielles à un problème beaucoup plus étendu. Les gouvernements haïtiens d'aujourd'hui et de demain ont besoin des ressources et moyens nécessaires, financiers, humains et techniques, à l'exercice de ces fonctions. Si elle s'engage dans la bonne voie, la diaspora peut jouer un rôle essentiel dans l'utilisation de ces ressources.

Il y a, cependant, une condition. Les projets de développement qui ont le mieux réussi ont présenté, au moins, deux caractéristiques : un système de gestion à la fois transparent et responsable, qui a su gagner la confiance en produisant des progrès et des résultats vérifiables. À la lumière de ces principes, et à condition de disposer de l'autorité et de l'indépendance nécessaires, le Ministère haïtien de la diaspora peut servir de courroie de transmission efficace dans le développement d'un partenariat réel et efficace entre le gouvernement haïtien et la diaspora. D'autres pays y ont réussi. Nous avons donc des modèles dont nous inspirer, en les adaptant à nos besoins. Il est crucial que nous mettions tous la main à la pâte et saisissions l'occasion qui s'offre à nous. L'avenir d'Haïti dépend de nos actes et de notre volonté de travailler ensemble dès maintenant.

Marc Roger

" Le rôle de la diaspora ne peut être circonscrit aux envois d'argent, ce serait ignorer toute la contribution en terme de formation et d'assistance technique qu'elle pourrait apporter dans le processus du développement en Haïti. "

Je tiens à remercier le Centre pour la Libre Entreprise et la démocratie (CLED) d'avoir pensé à inviter l'Association des Agences Volontaires pour l'Action Caraïbéenne de la Floride (FAVACA) pour une action concertée dans la Caraïbe à participer à un forum aussi important.

La FAVACA est une association privée à but non lucratif fondée par le l'ancien Gouverneur de Floride, M. Graham devenu sénateur. Son objectif vise à l'amélioration des conditions environnementales, sociales et économiques dans la région par l'assistance technique et la formation. Lors de la décennie 80, la Floride a connu une importante vague de migration haïtienne à tel point que les décideurs se sont sentis obligés de réagir d'autant plus que les lois américaines favorisaient en quelque sorte les Cubains, eux pouvaient rester aux Etats-Unis mais pas nos compatriotes.

Les Etats-Unis ont cru qu'en envoyant des biens et du matériel en Haïti, la situation dans le pays s'en trouverait allégée. Mais ce n'était que le début de l'immigration haïtienne. De plus ces programmes d'assistance humanitaire n'ont pas eu les résultats escomptés au début. Alors la FAVACA s'est transformée et s'est mise à la recherche de moyens plus pratiques pouvant apporter une amélioration à la situation haïtienne. Elle a créé en son sein un Corps de Volontaires ayant pour objectif de ramener des connaissances en Haïti où les effets de la fuite de cerveaux, résultant de l'immigration se faisaient sentir. Je ne détiens pas de données statistiques, mais je pense que peut-être il y a plus de médecins à Miami qu'en Haïti. Comme vous le savez la

Marc ROGER
Responsable des Programmes Internationaux de l'Association des Agences Volontaires pour l'Action Caraïbéenne de Floride (FAVACA) depuis 1996, M. Roger gère tous les aspects du recrutement et du placement de volontaires, l'évaluation et les rapports de missions d'assistance technique à Haïti, Bonaire, Curaçao et St.Marteen. Avant de s'intégrer à la FAVACA, il était responsable de la planification des Réponses aux Désastres pour l'Etat de la Floride, et gérait des Projets d'Infrastructures pour la municipalité de Los Angeles en Californie.

M. Roger est Ingénieur, diplômé en Génie de l'Université Concordia de Montréal et a obtenu un Certificat en Gestion des Urgences par l'Etat de la Floride. Floride a beaucoup de besoins et puisque la fuite des cerveaux s'est poursuivie, l'Association a cru qu'en ramenant les ressources humaines au pays, la migration vers la Floride diminuerait.

Ce programme a commencé il y a tout juste vingt ans. Malgré des débuts difficiles, je suis aujourd'hui avec vous pour vous parler des succès que la FAVACA a enregistrés. Mais avant tout, j'aimerais vous parler du mode de fonctionnement de la FAVACA et de son programme de Corps des Volontaires.

Nous estimons à 150 le nombre de missions accomplies cette année par les Volontaires de la FAVACA en Amérique Centrale et dans la Caraïbe. La FAVACA couvre les frais des volontaires qui donnent gratuitement de leur temps et de leurs connaissances en participant à des missions d'assistance technique de courte durée qui aide les régions à s'aider elles-mêmes. Les consultants apportent de nouvelles technologies, de nouveaux programmes. Ils répondent aux besoins exprimés par nos partenaires.

Nos volontaires se recrutent principalement au niveau des universités, du secteur des affaires et de la communauté de la diaspora haïtienne.

A titre d'exemple de l'efficacité et du mode de fonctionnement du programme, des éleveurs de porcs qui avaient constitué une coopérative avaient sollicité notre aide en vue de déterminer la meilleure méthode d'augmenter la production et d'améliorer la situation économique de leur village. Comme quelques mois avaient passé sans que nous n'ayons eu de réponse, nous leur avons demandé s'ils étaient prêts à démarrer le projet. Ils nous ont fait savoir que ce n'était pas la peine de dépêcher quelqu'un sur place car ils avaient mangé leurs porcs. Cependant, six mois plus tard, ils nous ont fait signe qu'ils étaient prêts à nous recevoir. Et je suis heureux de dire que 10 ans plus tard, ils ont non seulement des porcs à manger mais encore ils en vendent au village voisin, ce qui a amélioré les conditions économiques du village entier. L'effet d'une seule requête peut continuer à se faire sentir 10 ans après. Au fait, le même consultant qui a avait commencé ce projet est revenu porter soin aide au même village d'années en années. Nous ne nous intéressons pas qu'aux projets de courte durée puisque dix ans après, le même consultant poursuit son intervention dans le même village et participe à son progrès.

Les projets que nous appuyons sont des projets relatifs essentiellement à l'environnement, à la création d'emplois, à l'augmentation de la productivité à la promotion de l'auto-suffisance alimentaire, à l'amélioration des conditions de vie. Une bonne partie des fonds alloués à la réalisation de ces projets proviennent de la Floride. Chaque année, nous actualisons le budget en y ajoutant nos fonds propres. Nous recevons également des fonds d'autres agences gouvernementales, des donateurs, des organisations et de contributions individuelles.

Nous avons mis sur pied un programme de jumelage des activités des fermiers d'Haïti et ceux des autres pays de la Caraïbe. Les résultats de ce jumelage renvoient à la manière d'organiser une ferme, à l'irrigation et à l'identification de différents besoins ou requêtes nécessaires à un fermier ou à une organisation. Ils nous ont fait parvenir leurs desiderata et nous les prendrons en considération aussi longtemps que nos compétences nous permettront de le faire et qu'il y aura des ressources ayant les capacités et la disponibilité pour le faire.

Nous avons constaté qu'en ce qui a trait à la capacité de résoudre les conflits, peu de projets ont été réalisés en Haïti. Aussi, nous avons présenté quelques études de cas sur la résolution de conflits à des étudiants de la Faculté de Droit des Gonaïves et à un plus large public. Tout le monde semblait apprécier ce projet.

Nous avons aussi de concert avec la Chambre de Commerce, élaboré plusieurs projets, quelques-uns à Port-au-Prince, d'autres à Jacmel et d'autres encore au Cap-Haïtien.

En ce qui a trait aux municipalités, il y a 2 ou 3 années de cela, suite à la création de l'Association des Maires, nous avons établi un partenariat entre les maires de la Floride et ceux d'Haïti. Les maires de la Floride peuvent se rendre en Haïti et leurs homologues haïtiens se rendre aux Etats-Unis en vue de se partager des informations et de se renseigner sur la façon d'administrer les municipalités.

Nous avons reçu des requêtes de plusieurs organisations nous demandant de l'aide pour pouvoir réaliser une page web et pour pouvoir bénéficier des multiples avantages pour leurs activités commerciales et pour leurs entreprises; la technologie étant de nos jours incontournable.

L'environnement est un domaine qui nous intéresse. Nous avons conçu plusieurs projets en partenariat avec les associations traitant des affaires environnementales. Concernant la gestion des parcs, nous avons recruté des administrateurs de parcs à Washington. En fait, nous avions le privilège d 'avoir avec nous l'Assistant Secrétaire d'Etat américain en visite en Haïti qui aidera à l'élaboration d'un programme de formation entre les administrateurs américains et haïtiens.

Au point de vue culturel, le projet que nous avons exécuté est un projet relatif à l'enregistrement sur bande magnétique de la production musicale d'un groupe évoluant à Fonds-des-Nègres. En effet, c'est un projet qui a été conçu par les membres de la communauté de cette localité.

Pour ce qui relève de la pêche, nous avons travaillé de concert avec l'Association des Pêcheurs de la Côte des Arcadins. Il fut décidé un échange d'équipement entre les différentes associations de pêcheurs. Aussi quelques pêcheurs de la côte sud de la Floride convinrent d'envoyer quelques outils et équipements aux pêcheurs haïtiens.

Un autre point sur lequel nous nous sommes penchés est la gestion des catastrophes. Il y a cinq ans de cela la première requête qui nous avait été acheminée provenait d'Haïti. La teneur de cette correspondance était de solliciter de l'aide pour savoir comment faire face aux catastrophes naturelles. Ayant étudié la gestion des désastres, je me suis mis à l 'oeuvre dès réception de cette correspondance. Les catastrophes sont un thème qui préoccupe tous les pays de la région. Le temps qu 'il fait en Haïti a des répercussions en Floride et sur les autres Etats. Aussi, nous avons dépêché en Haïti des ressources humaines capables d'élaborer des plans d'urgence et d'aider à la formation de cadres. Le gouvernement haïtien à travers l'Office de la Protection Civile dispose à date d'un plan de gestion de désastre. Je me sens d'autant plus fier que j'ai moi-même participé à l'élaboration de ce plan. J'espère que lors de la prochaine catastrophe, au moins théoriquement, grâce à ce plan on saura y faire face.

Dans le domaine de la santé et de l'assistance sociale, nous avons réalisé une formation sur la prévention du Sida et nous sommes intéressés à poursuivre ce programme de formation. La Société Haïtienne d'Oncologie (SHONC) tient son quatrième ou cinquième congrès dans quelque temps, nous dépêcherons un représentant pour y participer.

Nous nous sommes également penchés sur le système hydraulique.

Nous nous intéressons à la réforme judiciaire. Nous sommes très fiers d'accompagner les avocats haitiano-américains de l'Etat de Floride venus participer à la conférence, aux travaux en ateliers et séminaires relatifs à cette réforme.

Ceci n'est qu'une liste non exhaustive des différents types de projets que nous avons à notre actif. Nous essayons de satisfaire le plus de demandes possibles qu'elles viennent tant du secteur privé que du secteur public, du secteur informel ou du secteur des affaires. Toutes les associations ou organisations qui voudraient bénéficier de notre savoir-faire n'ont qu'à produire une demande et attendre que nous ayons trouvé des ressources disponibles pour donner suite à leurs requêtes. Seul un manque de fonds peut être la cause d'un refus de satisfaire à une requête. Aussi, nous essayons de contourner cet obstacle en développant des partenariats.

En Haïti, grâce au concours de l'USAID qui s'est révélé un partenaire de choix, nous avons appuyé les initiatives prises par certaines villes comme Jacmel, Cap-Haïtien, et bientôt Jérémie et Port-au-Prince. Nous sommes satisfaits d'avoir pu réaliser 23 projets. L'un d'entre eux concernait la gestion des incendies.

J'aimerais partager une petite histoire relative à ce projet. L'année dernière, la FAVACA avait projeté d'organiser une formation sur la gestion des incendies. L'intervenant principal, un pompier venant de Jacksonville, Floride constata qu'il n'y avait aucune voiture de pompier à Jacmel et que la pression hydraulique était très faible dans les conduites d'eau. Il réalisa que c'était impossible d'organiser un séminaire sur la façon de combattre le feu sans matériel approprié. Alors, un partenariat fut établi. Ceci a permis à 18 pompiers haïtiens de se rendre en Floride pour la formation. Ce fut l'un des partenariats les plus fructueux que nous avons eus. Non seulement le gouvernement américain avait facilité les démarches entreprises pour l'obtention des visas pour les participants à la formation, mais encore, il leur a octroyé des frais. La partie la plus délicate de ma mission a été de m'assurer que les pompiers retourneraient en Haïti après la formation. Ils y étaient retournés et à date ils sont en mesure de former d'autres pompiers du Cap-Haïtien et de Jacmel.

Outre l'USAID, nous avons aussi un partenariat avec la Fondation Panaméricaine pour le Développement (PADF).

Récemment le rôle que peut jouer la diaspora a été débattu au mois d'avril dernier, au cours d'un séminaire organisé grâce au concours de l'Agence Américaine pour le Développement International USAID). Près de 250 participants y ont assisté. La réflexion produite lors des travaux en ateliers a tourné autour du fait que ce rôle ne peut être circonscrit aux envois d'argent ; ce serait ignorer toute la contribution en terme de formation et d'assistance technique qu'elle pourrait apporter dans le processus du développement en Haïti.

Panel 4





Marchés de la Diaspora

et opportunités d'Investissement

Pierre CHAUVET Fils

" Outre cette insuffisance constatée dans l'organisation de tours qui constitue une assez grande contrainte limitant le nombre de visiteurs issus de nos communautés en diaspora, il en existe une plus grande encore. Celle-ci affecte tous les marchés potentiels en matière touristique, c'est l'obligation faite aux citoyens de ces pays de se procurer un visa. "

J'aurais voulu au cours d'un exposé qui serait d'ailleurs assez bref vous entretenir des potentialités de la diaspora en terme de marché, mais je préfèrerais plutôt vous parler de quelques facteurs qui empêchent à Haïti de bénéficier de la riche contribution de ses communautés d'expatriés.

J'ai pensé pour ce faire me référer à un texte qui a été produit, il y a de cela trois ans, lors de la toute première " Semaine de la Diaspora " organisée par le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE).

Proposer ce texte à la réflexion sera, j'en suis certain, profitable pour les échanges qui se tiendront d'autant plus qu'il est, à une nuance près, toujours d'actualité.

Plusieurs panélistes ont eu à parler du potentiel touristique que représente le marché de la diaspora. Le chiffre avancé de 90.000 visiteurs, l'an, venant de la diaspora sur un total de deux millions et demi d'Haïtiens vivant à l'étranger, ce qui représente un pourcentage de 3,6 de ce potentiel, est à mon avis, extrêmement bas.

Aussi, ce texte essaiera d'identifier les raisons pour lesquelles il existe très peu de tours organisés pour les Haïtiens de la Diaspora.

Un des premiers constats qui peut être dressé est de reconnaître qu'il y a très peu de tours organisés en Haïti que

Pierre CHAUVET Fils
Membre fondateur du Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED), Pierre Chauvet Fils y est de-puis mars 2002 un Conseiller.

Il est le Président Directeur Général de l'Agence Citadelle S.A. et co-propriétaire du Journal Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien d'Haïti.

Ancien président et membre de l'Association Haitienne des Agences de Voyage (ASHAV), M Pierre Chauvet Fils est aussi membre du Comité Directeur de la Fédération des Amis de la Nature (FAN) et de l'Association Touristique d'Haiti (ATH). ce soit au bénéfice des Haïtiens de la diaspora ou des visiteurs traditionnels d'autres nationalités et même des touristes locaux.

Le principe du tour organisé part de l'existence d'un marché, donc d'un groupe d'individus ayant les besoins, disposant de solides moyens économiques pour les satisfaire et également de l'existence d'un produit prêt à être commercialisé en vue de satisfaire les besoins de ce marché. Haïti avec ces différents avantages et ces inconvénients est dans ce contexte, considéré comme un produit touristique. Le défi est de s'assurer que les avantages surpassent les inconvénients afin de stimuler la demande pour la destination.

Ce principe présuppose l'existence de circuits de distribution allant de l'agent de voyage détaillant au tour opérateur appelé également voyagiste ou grossiste, en passant par les compagnies de transport aérien, maritime ou terrestre, les agences de voyages réceptrices, les agences de location de voitures, les transports terrestres privés ou publics, les taxis, les autobus, les transports d'aéroports, de gares routières...

Les hôtels, auberges et pensions de famille, les restaurants et night club, les magasins de souvenirs, les galeries d'art, les attractions culturelles, historiques et naturelles sont autant de secteurs impliqués d'une manière ou d'une autre, à agrémenter le cerveau d'un visiteur d'une manière très organisée ou non.

Quelques-uns des maillons de cette chaîne fonctionnent tant bien que mal d'une manière saisonnière. Pour obéir à une coutume, les membres de notre Diaspora se rendent dans leur pays d'origine pour participer à des évènements intéressants avec leurs fa-milles respectives. Cette activité, se répétant de manière périodique, constitue le pivot autour duquel tourne le fonctionnement des différents circuits de distribution. Les compagnies aériennes, les agences de location de véhicules, quelques hôtels et pensions de famille et plus récemment les lignes aériennes nationales en sont des exemples concrets.

Ces circuits de distribution font face à certaines difficultés. Par exemple, la location de véhicules à Port-au-Prince, en période de fêtes champêtres, s'avère quasiment impossible.

Résoudre ou améliorer ces contraintes pour une catégorie de touristes sans tenir compte d'une autre catégorie, les nôtres, peut ressembler à une forme de discrimination qu'il faut essayer d'éviter à tout prix. Cela exige de grands efforts. Le segment de marché appelé "Diaspora" étant formé d'une mosaïque de sous-segments ayant des besoins différents des uns des autres basés sur des critères, comme la langue et les coutumes du pays d'adoption, le niveau économique et culturel, l'âge, il ne sera pas très aisé de parvenir à satisfaire ces demandes.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces critères sont ceux appliqués aux " programmes " de marketing bien structurés pour la clientèle touristique étrangère traditionnelle, dans tous les pays pour lesquels le tourisme constitue l'un des secteurs prioritaires au développement.

La Diaspora haïtienne d'Amérique choisit pour ses vacances les destinations suivantes : la Jamaïque, les Bahamas et les îles de la Caraïbe, parfois se rend à Saint-Domingue à partir d'Haïti où elle séjourne un jour ou deux.

Elle participe également à des croisières, vacances organisées très prisées.

Souvent aussi, nos compatriotes sont remarqués à Labadie, fiers d'informer à leurs amis de bord que cette escale est organisée sur un point du territoire national.

Outre cette insuffisance constatée dans l'organisation de tours qui constitue une assez grande contrainte limitant le nombre de visiteurs issus de nos communautés en Diaspora, il en existe une plus grande encore. Celle-ci affecte tous les marchés potentiels en matière touristique, c'est l'obligation faite aux citoyens de ces pays de se procurer un visa.

En dépit du fait que les visas aient été abolis, il n'en demeure pas moins vrai que quatre nationalités sont obligées aujourd'hui encore de souscrire à cette formalité contre 170 pays auparavant.

Ce texte fait donc état des contraintes qui expliquent les raisons pour lesquelles il n'y a pas de tour organisé.

Le marché touristique de la diaspora reste certainement un potentiel, un marché à satisfaire à exploiter, comme d'autres îles de la Caraïbe ont su le faire.

Il suffirait pourtant d'un peu plus d'organisation pour qu'un visiteur, n'importe lequel effectuant un voyage de plaisance en Haïti, en revienne satisfait.

Nous parviendrions par conséquent à porter les compatriotes de la diaspora à séjourner plus longtemps dans leur pays d'origine soit en voyageant plus souvent soit en leur offrant la possibilité de participer à des activités, apportant ainsi plus de devises au pays.

Ce sont là quelques éléments de réflexion que j'ai voulu partager au sujet du potentiel touristique.

Je vous remercie beaucoup.

Karla HOSTETLER

" C'est un pays où il est aussi difficile de vivre, qu'il l'est de le quitter. C'est sans doute la raison pour laquelle tant d'Haïtiens et d'étrangers y retournent. "

S'il fallait décrire Haïti nous dirions que c'est un pays de petite superficie mais d'une grande complexité. Pourtant décrire ce pays à une personne se trouvant hors de ses frontières et de surcroît n'ayant aucun lien avec lui est une tâche peu facile.

C'est un pays où il est aussi difficile de vivre, qu'il l'est de le quitter. C'est sans doute la raison pour laquelle tant d'Haïtiens et d'étrangers y retournent. Pour ceux qui n'ont aucune raison particulière de s' y intéresser personnellement, ou qui n'attachent aucune importance au progrès du pays, l'image d'Haïti peut être facilement réduite à quelques grossiers clichés comme pauvreté, crise politique etc… Heureusement, toutefois, Haïti est aussi maintenant défini par son art.

L'art haïtien - y compris non seulement la peinture, mais aussi la sculpture, le travail sur bois et les motifs " vodou " - a été apprécié à travers le monde depuis les décennies quarante (40) et cinquante (50). Cette appréciation a encouragé presque autant de marchés que les perceptions négatives en ont détruit.

Puisque le colloque de ce matin a pour objet les marchés, il s'agit donc d'influencer les perceptions. En ma qualité de directrice du Programme de l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID) d'Aide aux Artisans, mon rôle consiste à encourager les gens, et en particulier les potentiels acheteurs, à envisager de mieux payer ces artisans pleins de talent et de bonne volonté, et à reconnaître les possibilités d'affaires qu'ils offrent. Je voudrais inviter

Karla HOSTETLER

Mme Hostetler est le Chef de Projet de Aid To Artisans (ATA), un projet de développement de l'artisanat haïtien pour le marché extérieur, financé par l'USAID. les membres de la diaspora, la communauté haïtienne en général, la communauté internationale et, tout particulièrement, la presse à nous rejoindre dans cette démarche.

Pour connaître et aimer l'art haïtien, il faut d'abord connaître et aimer Haïti. L'art haïtien, dans la plupart des cas, reflète certains aspects du pays. C'est bien cette qualité qui plaît aux connaisseurs et qui a rendu si appréciables les beaux-arts et l'art populaire haïtiens. Par leur apport à l'industrie touristique au cours des années 70 et 80, artistes et artisans ont joué un rôle considérable dans l'économie haïtienne pendant plusieurs décennies. Beaucoup de collectionneurs d'œuvres d'art visitaient le pays. Haïti devint une source de production importante pour le ravitaillement du commerce américain en cadeaux et fournitures de maison.

Haïti compte un grand nombre d'artisans habiles et pleins de talents. Pendant une certaine période, il existait en Haïti des centaines de milliers de personnes vivant de leurs travaux d'art et d'artisanat. Vu le grand nombre d'artisans travaillant dans les rues et la multitude de galeries d'art, on pourrait croire que ce secteur n'a guère besoin d'être aidé. Il n'y a pourtant rien de plus faux. Suite à la perte des liens commerciaux survenue pendant les années 90, beaucoup d'ateliers fermèrent définitivement leurs portes et des milliers d'artistes perdirent leur gagne-pain, ce qui fut aussi préjudiciable aux systèmes de distribution de matières premières qu'aux liens entre les artisans et les marchés en plein changement. La concurrence croissante de la Chine et d'autres régions de l'Asie a détourné les acheteurs d'Haïti et créé un marché où la compétition fait la loi, au grand dam d'Haïti. Les événements politiques, les poussées périodiques de violence, ainsi que l'image qu'en ont projetée les médias ont également contribué à décourager le retour d'éventuels acheteurs ou investisseurs. S'y est ajouté le déclin du tourisme. Tout ceci a contribué à affaiblir davantage ce secteur.

Les plus petites entreprises s'efforcent de capter les marchés existants - à travers les galeries d'art, les ventes de rue, les rares acheteurs qui se décident enfin et le commerce informel avec les Caraïbes, les États-Unis et même l'Amérique du Sud. Quelques ateliers ont pu survivre. Ils méritent l'admiration parce que, malgré vents et marées, ils luttent encore pour se maintenir en vie. Les exportations sur petite échelle, souvent vers la diaspora, ont pendant longtemps aidé les artisans à continuer à travailler. Les succès que l'art haïtien a connus dans le passé, la réputation dont il jouit, l'amour qu'il inspire, les vestiges de la structure industrielle, ainsi que l'immense force de production encore présente dans le pays sont autant de facteurs qui rendent possible la reconstruction de ce secteur. Il peut revivre grâce aux investissements, à une bonne stratégie, et à la coopération.

C'est à cause de ce potentiel et dans le cadre de la lutte que mène cette agence contre la pauvreté que l'USAID a commencé à financer en Haïti l'Association d'Aide aux Artisans [Aid to Artisans] (ATA) en 1998.

L'Association d'Aide aux Artisans (ATA) est une ONG américaine qui s'applique, de-puis la fin des années 70, à revitaliser le secteur artisanal dans plusieurs régions du monde et à créer des emplois par la production et la commercialisation. Comme dans d'autres pays, nous travaillons dans la conception des produits, la formation à travers quatre antennes régionales en Haïti, dans la conception des produits, la formation en affaires et le développement de liens infrastructurels. Nous avons aussi aux États-Unis un centre chargé de la commercialisation de produits haïtiens par le biais de notre réseau d'échanges, qui comprend à la fois de petits importateurs, de grandes sociétés de vente par catalogue et des magasins à succursales.

Loin de chercher à recréer la production haïtienne d'autrefois, notre stratégie consiste plutôt à atteindre un autre type d'acheteur, capable et désireux de s'accommoder de l'actuel environnement de production en Haïti. Tout ce qui fait partie de notre programme d'aide - y compris la conception des produits, le choix des producteurs, ainsi que la commercialisation et la clientèle ciblée - est axé sur ce nouveau type d'acheteur, qui ne fonctionne pas nécessairement sur une petite échelle. L'acheteur en question s'intéresse à l'évolution d'Haïti, à son image ethnique et à une production de grande qualité, d'un niveau supérieur à la production en série provenant d'Asie, et placée en dehors d'une concurrence basée sur les prix. Ce type de marché comprend toute une gamme d'acheteurs allant des petits grossistes, dont l'activité s'étend à un millier de comptes et moins, aux grands catalogues tels qu'Orvis, Smith and Hawkin, Sundance, Azeba et d'autres encore.

L'Association d'Aide aux Artisans (ATA) n'a pas d'intérêts commerciaux propres, mais essaie d'établir des liens directs entre les producteurs et exportateurs haïtiens, et des acheteurs des États-Unis, des Caraïbes et d'Europe. Nous apportons notre aide en attirant de tels acheteurs, en les rassurant au sujet de la sécurité de leurs investissements, et en faisant tout ce qui nous est possible pour préserver cette sécurité. Une fois leur commande passée, ils reçoivent les produits dans les délais prévus. Nous essayons aussi de nous assurer que les relations continuent après notre départ.

L'Association d'Aide aux Artisans (ATA) et l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID) ont jusqu'à présent généré plus de 325 000 $ de ventes sur une durée de trois ans, et cette tendance augmente rapidement à mesure que les acheteurs investissent davantage. Nous nous attendons à doubler ce chiffre au cours des prochains 18 mois. Nous avons créé plus de 4 000 emplois, et environ 1 200 d'entre eux sont des emplois permanents. Plus de 125 entreprises haïtiennes travaillent avec nous dans quatre régions distinctes. Il s'agit d'entreprises diversifiées, surtout petites, employant entre 5 et 30 personnes, et dont certaines ont peu d'expérience dans l'exportation. A mesure que notre présence devient plus significative sur le marché, ce genre de diversité revêt toute son importance, car elle signifie que même les petits achats sont directement canalisés là où leurs effets se font le plus sentir. Les résultats sont pour le moins tangibles : la construction de leur nouvelle maison par des artisans, la scolarisation des enfants, la location d'espaces pour les ateliers et la production, l'achat de téléphones portables et l'investissement par des personnes visant à élargir leur commerce. Selon les journaux jacméliens, quelques artisans ont créé des entreprises de taxi à motocyclette. Ce succès des entreprises est vraiment passionnant.

Nous pensons que ce modèle, que nous avons testé avec succès, peut servir d'exemple non seulement aux petits mais également aux grands producteurs. En dépit de la publicité négative, beaucoup d'acheteurs veulent participer à l'évolution des arts et métiers en Haïti ainsi qu'à l'expérience que sont en train de vivre cette association. et d'autres entreprises dans ce pays. Loin de vouloir chercher à faire l'aumône ils veulent certes gagner de l'argent mais voudraient aussi aider Haïti à résoudre ses problèmes et contribuer à l'amélioration du sort des artisans. Pour certains acheteurs, le marché chinois exige trop de dépenses. Ils se tournent vers Haïti par pur intérêt commercial. Ils ne veulent pas se rendre en Asie deux fois l'an, et de plus les frais d'expédition depuis les Caraïbes sont moins élevés.

D'autres acheteurs encore s'intéressent à des produits spéciaux que les producteurs en série ne peuvent pas fournir. Ils acceptent de faire face à certaines difficultés pourvu que leurs investissements rapportent. Notre rôle est d'assurer que ces investissements rap-portent.

Ce type d'acheteur convient parfaitement à Haïti. Il peut, en fait, passer des commandes à hauteur de 5.000 à 50.000 $ et se charger de la conception de ses propres produits, ce qui épargne au petit entrepreneur, géographiquement ou culturellement isolé, le besoin de surveiller les tendances du marché. Souvent, ces acheteurs acceptent de financer leurs propres commandes et versent d'avance les fonds nécessaires à l'acquisition de matériaux et aux salaires, ce qui permet de surmonter un obstacle majeur. Le crédit ne pose pas seulement un problème aux petits producteurs bénéficiant d'une marge faible et éprouvant des difficultés à absorber les intérêts à taux élevés. Les grandes usines, dont les dossiers peuvent présenter des problèmes par suite de difficultés rencontrées au cours des 10 dernières années, pourraient attirer de gros acheteurs vers Haïti. Elles sont incapables d'accepter les commandes de ceux-ci en raison de l'impossibilité de financer les six premières semaines de production. Quand il s'agit de commandes de plusieurs centaines de milliers de dollars entraînant des dépenses importantes pour couvrir les salaires et l'acquisition des matériaux, ainsi que des frais d'assurance et d'achat, ce n'est pas facile pour une entreprise qui s'efforce de renouer avec les anciens acheteurs traditionnels. Nous croyons vraiment aux avantages du commerce avec le nouveau type d'acheteur. Nous pouvons illustrer ceci par un exemple. Il y a deux semaines de cela un grossiste américain par amour pour l'art haïtien s'est rendu pour la deuxième fois en Haïti dans le cadre du projet (ATA). Son premier voyage date d'un an. Ses dépenses ont graduellement augmenté : à son premier voyage, elles s'élevaient à dix mille (10.000) dollars, à son second, vingt mille (20.000) dollars et à son troisième voyage, à quarante mille (40.000) dollars. Cela ne représente certes pas des sommes extraordinaires par rapport aux normes de cette industrie, mais, pour un petit producteur haïtien, ce sont là des montants considérables. L'un de ces producteurs, de la Croix-des-Bouquets, a fait l'acquisition d'un terrain et d'une maison et élargi son entreprise, qui passa de 15 employés à temps partiel à 30, à temps plein. Il a ouvert un bureau de prêts sur gages et va bientôt embaucher deux personnes dans une entreprise de briques. Un autre producteur, fournissant ce même acheteur, est établi à Fonds-des-Nègres, hors des sentiers battus des acheteurs habituels. Son entreprise a progressé de 10 à 36 employés au cours de l'an dernier, et, grâce à l'argent dont il disposait et au crédit établi chez nous, il a également pu s'acheter un terrain et bâtir une maison. Il se prépare à lancer son atelier de production. Ce sont là des situations qui se répètent souvent. L'investissement dans l'art haïtien peut se faire à tous les niveaux, et contribuer à changer des vies.

C'est une industrie qui offre d'autant plus de souplesse qu'il existe en Haïti différents types de production artisanale et d'entreprises. Je pense réellement que cette industrie peut survivre dans un environnement impossible à beaucoup d'autres, qu'elle vaut les investissements et qu'elle mérite d'être soutenue.

Comment travailler ensemble pour y parvenir ?



Il faudrait enfin que nous tous nous participions à un effort positif pour aider le commerce haïtien L'art haïtien, sa production artisanale, ses fournitures de maison, ses artistes et ses artisans peuvent être de formidables ambassadeurs pour ce pays. Soyons à notre tour leurs ambassadeurs.

Joseph BAPTISTE

"Personne ne semble se pencher sur l'explosion démographique en Haïti, sur son rapide déclin économique et sur l'étendue de ses problèmes sanitaires, c'est ce qui oblige la NOAH et quelques expatriés en particulier à jouer un rôle majeur dans la stabilisation de ce pays. "

L'augmentation continuelle du nombre d'Haïtiens résidant aux États-Unis, alliée à l'intensification de leurs activités transnationales avec leur pays d'origine, a porté le gouvernement d'Haïti à ériger la diaspora haïtienne en dixième département. Afin d'en souligner l'importance , le gouvernement a, en 1994, créé le ministère de la Diaspora, le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE). Plus récemment encore, le Président Aristide a confirmé son engagement auprès des expatriés en nommant à la tête de ce ministère son principal conseiller, l'Honorable Leslie Voltaire. Autrement dit, le Président accorde beaucoup d'importance à la diaspora et, à mon avis, il devra ressortir du symposium d'aujourd'hui que le secteur privé en fait de même.

L'Organisation Nationale pour l'Avancement des Haïtiens [National Organization for the Advancement of Haitians] (NOAH), ou est une organisation à but non lucratif qui s'est engagée à travailler à l'amélioration du niveau socio-économique des Haïtiens vivant au pays et à l'étranger. Depuis sa fondation, cette organisation diffuse aussi des informations au sujet d'Haïti. Nous bénéficions de la fructueuse collaboration de citoyens américains d'origine haïtienne, d'Haïtiens vivant au pays, d'amis d'Haïti, ainsi que de différents organismes dans le traitement de dossiers se rapportant à l'immigration, à la démocratisation au niveau de la base, à la santé et à l'assistance sociale. La NOAH continue encore à coordonner les démarches engagées par les gouvernements d'Haïti et des États-Unis, ainsi que par certains organismes, et à travailler au service du

Joseph BAPTISTE M. Baptiste est membre fondateur de NOAH, une organisation haïtienne de la Diaspora à but non-lucratif, spécialisée en politique sociale et développement économique. Cette organisation, basée aux Etats-Unis, travaille dans le domaine du plaidoyer (advocacy) pour une politique sociale pour Haïti, et dans la création de groupes de coalition dédiés à la reconstruction socio-économique du pays tant en Haïti qu'aux

L'un de nos objectifs prioritaires consiste à faire connaître et comprendre la communauté haïtienne établie aux États-Unis. Les données statistiques dont dispose l'organisation sont accessibles.

La diaspora haïtienne s'est installée très récemment aux États-Unis, par comparaison à d'autres communautés ethniques en provenance d'Europe, d'Asie et des Caraïbes. Cette diaspora s'est constituée à l'occasion de trois vagues d'immigration dues à des raisons politiques et économiques. Les immigrés de la première vague quittèrent Haïti entre 1957 et 1963 ; ceux de la deuxième, entre 1963 et 1965 ; et ceux de la troisième, entre 1986 et 1994. En 42 ans, le nombre d'Haïtiens de la diaspora a progressé de 50.000 à 2 000.000. Les membres de la diaspora soit 60% sont nés aux États-Unis ; 19,9 % d'entre eux ont conservé la citoyenneté haïtienne et 19,4 % se sont naturalisés. Ainsi , 80 % des Haïtiens vivant aux États-Unis sont vraiment de nationalité américaine, ce qui représente un nombre important. Les quelque 200 000 à 500 000 Haïtiens sans papiers vivant aux Etats-Unis ne sont pas inclus dans les statistiques. Nous attendons de nouvelles données de recensement qui nous permettront d'établir des chiffres sur la présence d'Haïtiens en différents endroits.

Les transferts d'argent représentent l'essentiel des activités économiques et sociales et des dons de la diaspora à Haïti. Il arrive, à un moment quelconque, à 90 % des expatriés haïtiens d'envoyer de l'argent et, comme peut le confirmer UNITRANSFER, ces sommes s'élèvent à un total d'environ 850 millions de dollars l'an, ce qui équivaut à 50 % du Produit Intérieur Brut (P.I.B.) d'Haïti ou à peu près deux fois la valeur totale des chiffres d'exportation du pays.

La diaspora est aussi d'une aide considérable dans d'autres domaines tels que le tourisme, la construction et la télécommunication. Malheureusement, l'engagement de la diaspora haïtienne à aider Haïti a également pesé sur sa propre santé financière aux États-Unis.

Tout au long de son histoire, Haïti a été un pays isolé. Suite aux effets désastreux de la mondialisation, les investisseurs étrangers et les sociétés multinationales ne considèrent pas Haïti comme un partenaire dans l'économie mondiale. Personne ne semble se pencher sur l'explosion démographique en Haïti, sur son rapide déclin économique et sur l'étendue de ses problèmes sanitaires. C'est ce qui oblige la NOAH et quelques expatriés en particulier à jouer un rôle majeur dans la stabilisation de ce pays. Pour Haïti, les enjeux sont actuellement multiples et à plusieurs dimensions. C'est la raison pour laquelle il nous faut absolument un grand nombre de personnes adéquatement formées pour accroître l'efficacité des expatriés haïtiens et soutenir le développement futur de l'économie et du potentiel humain. Nous pouvons dresser un bref parallèle entre le potentiel humain en Haïti et ce que peut offrir la diaspora installée aux États-Unis, en terme de savoir-faire. Alors que 90 % des expatriés de plus de 25 ans vivant aux Etats-Unis ont été scolarisés à des degrés divers, seulement, 40 % des Haïtiens de la même tranche d'âge vivant au pays n'ont jamais fréquenté l'école. Parmi les expatriés haïtiens vivant aux États-Unis, on compte 3 000 détenteurs de diplômes universitaires, ou deux fois autant qu'en Haïti. En outre, plus de 13 % d'entre eux sont employés dans l'industrie à des postes requérant des attestations de compétence, de savoir-faire ou de formation de niveau supérieur, grâce auxquelles ils peuvent travailler efficacement comme gestionnaires, spécialistes des travaux de précision, techniciens, opérateurs, fabricants et administrateurs. Cela signifie qu'actuellement Haïti se trouve dans l'obligation, à court terme, de recourir au savoir-faire de ses expatriés pour promouvoir le développement, à moins que ce pays n'accepte de faire venir des travailleurs étrangers qualifiés, ce qui lui coûterait trop cher.

Pour comprendre la provenance de ces 800 millions de dollars faisant l'objet des transferts, nous nous sommes livrés à des observations sur des familles haïtiennes vivant aux États-Unis. Nous avons constaté que même les " boat people " arrivés sans le sou aux États-Unis envoyaient en Haïti une partie des fonds de subsistance reçus de la NOAH. Les parents restés en Haïti sont aussi importants que ceux qui sont ici, aux Etats-Unis, même aux yeux des personnes complètement démunies. Nous évaluons les avoirs des Haïtiens vivant aux Etats-Unis à environ 150 milliards de dollars. Nous essayons de déterminer comment ces avoirs peuvent profiter au pays. Aussi, la NOAH se propose-t-elle d'établir un fonds d'investissement en actions pour les petites et moyennes entreprises d'Haïti. Le capital initial proviendrait d'une mise en commun de fonds propres, de subventions et de prêts alloués par des sociétés d'investissement multinationales, et de fonds versés et placements effectués par des Haïtiens vivant aux États-Unis. Nous aurions en Haïti une organisation jumelle chargée de la gestion des fonds, de la création d'emplois et de la formation. Puisqu'il existe en Haïti beaucoup d'entrepreneurs qui ont de bonnes idées; mais ne disposent pas de capitaux pour les réaliser, le but de ce fonds serait de fournir le capital permettant aux petites entreprises de croître et de s'épanouir.

La NOAH s'est engagée à contribuer à l'amélioration du niveau de vie des Haïtiens résidant aux États-Unis. Nous sommes très fiers d'être, aux États-Unis, le premier groupe d'expatriés d'origine haïtienne propriétaire d'une station de radio, Radio Carnivale à Miami, qui est devenue, après une année d'investissement, la plus importante station antillaise de cette ville et l'une des meilleures aux Etats-Unis. Plus nous devenons forts aux Etats-Unis, mieux nous pourrons promouvoir les intérêts d'Haïti. Nous sommes, à 80%, des citoyens américains jouissant du droit de vote. Nous essayons de nous organiser pour pouvoir nous faire entendre des décideurs et responsables politiques, afin de les informer de ce qui se passe en Haïti. La NOAH en appelle à tous les Haitiens pour leur demander de bien vouloir la contacter instamment à l'avance toutes les fois qu'ils auront à venir à Washington pour faire part aux législateurs des problèmes d'Haïti, afin quelle puisse envoyer aux décideurs le même message.

Panel 5



Comment la Diaspora

Haïtienne peut-elle contribuer

au développement du pays ?

Leslie VOLTAIRE

" J'invite le secteur privé à accompagner le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Étranger (MHAVE) quand il prend son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des communautés vivant en terre étrangère."

Je remercie encore une fois le CLED et la Fondation Inter Américaine (IAF) pour cette invitation à participer au colloque sur la diaspora. Mon exposé sur les relations entre l'État haïtien et la diaspora haïtienne montrera la volonté du gouvernement de faire en sorte que les Haïtiens vivant à l'étranger soient considérés comme des citoyens à part entière. L'objectif est donc le rétablissement de la confiance au-delà du soutien politique qui est largement acquis. En effet, la confiance se vérifie à partir du soutien économique direct que les communautés sont prêtes à accorder au gouvernement pour la réalisation de ses actions.

Il est tout à fait normal que cela demande beaucoup d'efforts du gouvernement pour arriver à un résultat tangible. L'on peut se demander laquelle des différentes diasporas au monde accorde sans bénéfice d'inventaire un soutien total au gouvernement de son pays, puisque son existence même en tant que diaspora résulte quelque part d'une incapacité des gouvernements à les maintenir sur place au pays.

A ce titre, Haïti a une excellente diaspora si l'on peut s'exprimer ainsi. Si l'on compare la diaspora haïtienne à la diaspora cubaine qui est en guerre contre son pays ou même si l'on risque la comparaison entre cette diaspora de migration récente et celle de migration datant de l'époque des Duvalier, nous pouvons dire que notre diaspora n'attend qu'un signe du pouvoir de Port-au-Prince pour traduire la

Leslie VOLTAIRE M. Leslie Voltaire est l'actuel Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etranger (MHAVE). Il a été Conseiller du Président René Préval en infrastructures et urbanisme, Coordonnateur de la politique nationale de l'habitat en Haïti et Coordonnateur de l'étude Profil Environnemental de Port-au-Prince. M. Leslie Voltaire a présidé la Commission Analyse des sites pour la résolution de la zone d'Utilité Publique de l'extension Nord de Port-au-Prince, la Commission du Plan de Développement Urbain de Port-au-Prince, et le Comité de Pilotage des Logements Sociaux. Il été entre autres, Directeur du Cabinet Particulier du Président Jean-Bertrand Aristide, Ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse, et des Sports, Membre du Conseil d'Etat de la République d'Haïti et Directeur de la Planification à l'Office Nationale du Tourisme.

confiance en apportant sa contribution dans les investissements collectifs. C'est un point qui nous intéresse et autour duquel nous allons situer notre intervention.

Quel développement pour Haïti?

La question peut sembler pompeusement académique mais mérite d'être posée quand on sait que notre diaspora a enfoui dans sa mémoire le souvenir que les périodes de prospérité qu'a connues Haïti depuis deux siècles n'ont profité qu'à une minorité et que bien souvent dans le pays sévissait une crise qui obligeait déjà leurs aînés à chercher ailleurs une vie meilleure.

Quel développement d'Haïti articulé sur quelle politique économique peut inciter notre diaspora à miser sur les projets?

Notre diaspora sait de manière intuitive que les règles économiques en vigueur sont celles du libéralisme. Même quand cela aurait pu être possible les investisseurs ne choisissent pas automatiquement les pays à planification politique. Ils auraient pu s'en aller à Cuba. Les pratiques des pays d'accueil montrent à nos ressortissants que l'économie de marché libéral obéit à des règles très strictes liées à l'état de droit ; celles de leur pays leur montrent une image caricaturale du libéralisme. Bien qu'ils s'accommodent très bien de ce dérèglement évoqué quand ils reviennent au pays même pour quelques jours, cela ne leur inspire aucune confiance pour y investir au-delà de l'aide à la famille restée sur place. Leur pratique à l'étranger les familiarise avec le concept de politique économique comme moyen de mise en oeuvre par un gouvernement pour optimiser le système économique, par là même optimiser leur participation en terme économique.

Quel discours économique peut capter l'attention d'abord, la confiance ensuite de notre diaspora ?

Au risque d'étonner je pense que le discours de la double citoyenneté revêt toute son importance. Comment nos ressortissants à l'étranger supportent-ils la situation de parias dans laquelle ils sont enfermés ?

Ils la supportent parce que l'environnement d'état de droit protège leurs options économiques jusqu'à leur permettre de progresser et même d'assurer cette couverture de huit cents millions (800.000.000) de dollars américains par an.

Je considère dès lors que leur propre pays ne peut dans le cadre d'une lutte formelle que contribuer à leur développement, à leur offrir au moins une citoyenneté qui les reconnaît vraiment comme des ayants droits économiques, aménager des structures pour qu'ils puissent élaborer les règles de marchés.

Leurs droits de tirages spéciaux correspondent aux privilèges que leur garantit le pro-jet de loi que nous avons présenté, tant pour eux que pour leurs familles restées sur place et leur descendance vivant à l'étranger. Comment maintenant décoder les flux de transferts pour évaluer la part non comptabilisée ou informelle qui a pour seul effet le soutien pour notre monnaie ?

Bien d'éléments de réponse pour la grille de lecture doivent nous permettre de comprendre la rationalité économique qui sous-tend les choix effectués. Nous avons constaté que progressivement les transferts se métamorphosaient d'argent cash en matériaux de construction, en riz et autres.

Il serait intéressant de suivre le phénomène pour voir dans quelle proportion évolue cette métamorphose. Cependant, je souhaiterais que nous laissions cet aspect des choses à la perspicacité des institutions financières qui avec leurs moyens d'investigation et leurs ressources humaines peuvent très vite éclairer notre lanterne. Je retiendrai un point plus subjectif mais dont les conséquences économiques sont loin d'être négligeables. Les Haïtiens vivant à l'étranger seraient-ils aussi méfiants à l'égard de leurs familles restées au pays qu'ils le sont à l'égard des pouvoirs publics ? Je répondrai que oui car ils n'ont plus confiance. Ils n'envoient plus de liquidités mais de la nourriture et des matériaux de construction ou des biens qui ne peuvent pas être gaspillés.

Des transferts en biens de consommation constituent certainement une piste à suivre car si le gouvernement ou les institutions financières formulent des offres en terme d'investissements pour leur famile restée au pays, peut-être verrons-nous une évolution dans la transmission des transferts avec une augmentation des flux dès lors que la matérialité de l'offre rencontre une double satisfaction en terme économique tant au niveau de la famille qui émet que de celle qui bénéficie du produit du transfert. Nous ne sommes cependant pas au bout de nos peines car cette grille de lecture doit s'enrichir d'un canevas sociologique et démographique. En effet, quel groupe sociologique dans la diaspora privilégie le transfert informel ? La première hypothèse explique que tous les Haïtiens ont une préférence marquée pour " la main amie " c'est-à-dire l'envoi de transferts à leurs proches restés en Haïti par tierce personne avec tous les risques que cela comporte.

D'après la seconde hypothèse, seuls les Haïtiens de migration récente, ne disposant d'aucun compte bancaire, préférant les contacts fréquents directs ou par persone interposée, privilégient l'informel. La troisième hypothèse considère que la décision prise par les pays d'Europe et des départements français d'Amérique qui assurent les couvertures sociales importantes de renforcer la transparence des comptes bancaires décourage nos ressortissants et les condamne à l'informel.

Il y a une autre matière à étude. C'est à partir de ces éléments que nous pourrons commencer à élaborer les propositions capables d'optimiser les transferts formels pour qu'ils entrainent dans leur sillage de rentabilités économiques une part importante des flux informels. Notre réflexion doit encore aller plus loin comme nous recommandait Georges Anglade.

Les deuxième et troisième générations de professionnels vont intégrer Haïti dans la globalisation avec un code de lecture cadre sur les avantages comparatifs offerts par le pays de leurs parents. Si nous les intéressons à des partenariats dans le cadre du projet " bon retour sur l'investisement " dans le tourisme et les grandes infrastructures en matière de communication et de télécommunication, notre pays aura gagné ses parts de marché et les communautés futures seront certainement fières de montrer à la génération de leurs parents qu'il y a une autre manière d'aimer son pays.

Je dirai que cette modernisation de l'offre doit se travailler et doit être médiatisée sur un mode de partenariat entre l'État et le secteur privé qui n'écarte pas la possibilité pour les tenants du secteur privé d'accompagner le Ministère des Haïtiens Vivant à l'Étranger (MHAVE) quand il prend son baton de pèlerin pour aller à la rencontre des communautés vivant en terre étrangère.

En terminant, je voudrais préciser que le gouvernement loin de chercher à contrôler les transferts qui nous viennent de la diaspora et de considérer notre communauté vivant à l'étranger comme une " vache à lait ", souhaiterait de préférence aider nos compatriotes de l'extérieur voulant investir dans le secteur des affaires en leur donnant accès à certaines facilités. Il cherche en outre à favoriser en Haïti un environnement juridique et à entreprendre des études sur le circuit informel de crédit et des enquêtes sur le marché pour que les Haïtiens vivant à l'étranger deviennent non seulement nos ambassadeurs mais aussi nos vendeurs et nos investisseurs.

Je voulais terminer aussi en disant qu'il y a une quantité impressionnante d'Haïtiens qui vivaient à l'étranger qui sont considérés comme diaspora. Ils sont propriétaires d'entreprises commerciales et participent aussi à la vie publique haïtienne en se positionnant soit dans le secteur gouvernemental soit militent dans l'oposition et puisqu'on ne peut pas vraiment faire la différence entre un Haïtien vivant en terre étrangère et un Haïtien vivant en Haïti, autant modifier les lois qui considèrent nos communautés vivant à l'extérieur comme des communautés étrangères. Il faudrait d'abord considérer les Haïtiens vivant à l'étranger comme des citoyens à part entière : la constitution de 1987 leur refusait le droit de succession et leur offrir en-suite la capacité d'acquérir la double nationalité. C'est ce qu'ils réclament d'ailleurs comme condition d'investissement dans le pays.

David ADAMS "A mon avis, si les conditions favorables à l'investissement étaient réunies en Haïti, on assisterait à une ruée des investisseurs de la diaspora ".

Je voudrais tout d'abord vous dire combien j'apprécie les efforts déployés par le Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED), la Fondation Inter-Américaine (I.A.F.) et les autres partenaires du CLED qui ont travaillé à la réalisation des deux journées de réflexions fructueuses et de débats organisés autour d'un thème, qui, depuis longtemps joue un rôle important dans les domaines politique, économique, social et culturel en Haïti. Ce thème revêt la plus haute importance, vu l'ampleur des interventions d'une diaspora haïtienne en croissance, devenant de plus en plus prospère, et s'assumant, fort du pouvoir politique qu'elle acquiert progressivement en terre d'adoption. Jusqu'à la chute du régime des Duvalier en février 1986, les membres de la diaspora haïtienne, pour la plupart, se bornaient à fournir une aide financière à Haïti, en effectuant régulièrement des transferts de fonds en dollars américains, en francs français, en pesos dominicains au bénéfice des leurs proches restés en Haïti. La dictature resserrait alors ses griffes et tuait dans l'œuf toute initiative qu'elle jugeait perverse et contagieuse. Par conséquent, l'impact des interventions de la diaspora sur les fronts politique, culturel et social demeurait de portée limitée. Il est clair, qu'au lendemain du 7 février 1986, le rôle de la diaspora s'est imposé sur l'échiquier politique. Par la suite, comme le nombre de visiteurs et d'Haïtiens de retour en terre natale augmentait, ces derniers ont, chacun de son côté, introduit de nouvelles idées, de nouvelles façons de percevoir

David ADAMS M. Adams est Directeur de la Mission de l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID) en Haïti depuis septembre 2001. Avant d'occcuper ce poste, il a été Directeur Adjoint pour l'Europe et Coordonnateur de l'USAID au Kosovo.

M. Adams a travaillé en mission spéciale sur les crises africaines pour cette même agence. Il a été Conseiller Senior, au Bureau du Secrétaire d'Etat et Conseiller du Secrétaire d'Etat Adjoint de 1993 à 1995. Sa carrière lui a permis d'offrir ses services à Washington, au Congrès, à la Chambre des Représentants, au Comité des Appropriations, et à l'étranger, notamment en Belgique, au Guatemala, en Haïti pour l'USAID; et en Italie et au Bengladesh pour les Nations Unies.

Détenteur d'une licence en Relations Internationales du Collège William et Mary, et d'une Maîtrise en Affaires Internationales avec une Spécialisation en Economie de l'Université de George Washington en Virginie. M. Adams, a complété un cycle avancé post-gradué à l'Université de Georgetown. les choses, mené des activités nouvelles et, avec un recul, réévalué les anciennes pratiques en affaires, en politique, au niveau des relations familiales et de la culture. Quelle est l'orientation actuelle de la diaspora haïtienne? Que lui réserve l'avenir? Que peut-elle offrir au pays avec ses quelque deux millions de personnes représentant environ le sixième de la population haïtienne ? Essayons de placer la diaspora dans son contexte économique: les investissements directs effectués en Haïti par des haïtiens-américains et des haïtiens résidents aux Etats-Unis n'ont totalisé que 80 à 100 millions de dollars, au plus, au cours des dix dernières années. Cet appui n'est donc qu'une pitance, comparé aux $600 à 800 millions de dollars que fournit la diaspora haïtienne à Haïti annuellement - la grande majorité de ces fonds provenant des Etats-Unis d'Amérique, évidemment. Cette contribution, soit 20 % du Produit Intérieur Brut (P.I.B.) haïtien, sert de soupape de sûreté à l'économie haïtienne. Les liens affectifs qui sous-tendent les transferts garantissent la régularité et la constance des envois qui se révèlent beaucoup plus fiables que tout investissement privé, relation commerciale ou aide officielle au développement. Et naturellement, ces transferts ne sont pas assujettis aux conditions préalables de réformes économiques et politiques.

Inutile de dire, ce flot d'aide financière est affecté principalement à la consommation des produits de base, aux frais de scolarité et de logement. Il existe, néanmoins, encore de nombreux points obscurs autour de la caractéristique et de la dynamique des transferts de fonds. Comme l'ont démontré Donald Terry du Fonds Multilatéral d'Investissement et l'Ambassadeur Léon Rodriguez du Salvador, les envois de fonds à Haïti ne représentent que 40% du montant atteint en République Dominicaine ou à El Salvador. Il y a certainement des différences de profils d'immigrants, - tel le nombre d'années écoulées depuis l'émigration - mais la similitude des données demeure des plus flagrantes pour chacun de ces pays - plus ou moins même nombre d'immigrants, plus ou moins même pourcentage de la population, par exemple.

L'une des opportunités de contribution de l'Agence Américaine pour le Développement National (USAID) dans ce domaine pourrait être celle de nous aider tous - donateurs, diaspora, gouvernement et secteur privé en Haïti - à trouver des réponses à certaines inconnues, et, qui sait, à influencer les niveaux de transferts. Mais, limiter la portée des transferts de fonds effectués par la diaspora haïtienne serait faire preuve d'étroitesse d'esprit. Eu égard au développement économique, politique et social de leur pays natal, il est clair que les communautés de la diaspora peuvent non seulement se révéler, à travers l'investissement, des donateurs de taille; ils le peuvent aussi, comme nos partenaires et nous l'avions prouvé dans le cadre de notre Programme d'Agriculture de Montagne (HAP), par la commercialisation des produits haïtiens ciblés, destinés aux haïtiens et autres communautés ethniques vivant aux Etats-Unis d'Amérique.

A titre d'exemple: Connaissez-vous la valeur annuelle de l'igname produit par la Jamaïque pour être exporté aux USA? $5 millions ? $10 millions ? La réponse : plus de $40 millions de dollars d'ignames produits à la Jamaïque, presqu'exclusivement pour la consommation des communautés de la Caraïbe, de la Floride, de New York et de Boston, y compris celles de la diaspora haïtienne qui s'y trouve.

Ainsi, les partenaires du Projet HAP se sont arrangés pour travailler avec les agriculteurs de montagne - qui sont les plus démunis en Haïti - et avec leurs associations en vue d'améliorer la production, tisser des liens entre producteurs et secteur privé, créer des occasions de marché local et porter au maximum les opportunités d'exportations de produits occupant déjà une place de choix sur le marché tels: les mangues, le café gourmet " Haitian Blue " et peut-être, plus prometteur pour le long terme, développer la commercialisation et les circuits de ventes desservant les communautés haïtiennes (et autres ethnies) pour l'igname (blanc et jaune), le malanga, les quenèpes, le giraumon et les piments. En 2001, au début du projet HAP, la valeur CIF des exportations supportées par la HAP (mangues non incluses) était de $1,5 millions de dollars environ. Nous prévoyons pour l'année en cours un montant total pour lesdites exportations (mangues non comprises) de plus de $3 millions de dollars.

Que peut-t-on attendre des années 2003, 2004, 2005 ?

Les perspectives de croissance exponentielle d'exportations agricoles en provenance d'Haïti dépendront non seulement du travail acharné des planteurs de montagne, de Timothy Aston et de toute sa cohorte du HAP et de l'USAID, mais encore plus des consommateurs de la diaspora, ceux-ci peuvent soutenir le programme en encourageant les magasins de quartier, les chaînes de supermarché, les vendeurs de fruits et de légumes à écouler ces produits sur le marché. Notre projet assurera l'exportation continue de ces produits, mais la diaspora haïtienne doit jouer sa partition. Le Salvador et le Mexique représentent deux exemples révélateurs des possibilités offertes par les exportations tournées vers la diaspora. Aujourd'hui, les Etats-Unis représentent le marché le plus vaste - dépassant de loin celui du Salvador lui-même - pour un bon nombre de produits d'origine salvadorienne. Le parcours de la Corona pour se classer au premier rang de toutes les bières importées sur le marché américain a débuté avec son exportation destinée aux Mexicains et aux Mexicains-américains résidant aux Etats-Unis.

Il ne serait pas mal venu d'affirmer que les entraves à l'investissement de la diaspora haïtienne ne diffèrent en rien de celles qui font obstacle en Haïti aux investisseurs étrangers de toutes sortes. Ainsi, l'une des questions-clés traitant du développement économique d'Haïti pourrait s'énoncer comme suit: Que faudra-t-il faire pour mobiliser les sources d'investissements de la diaspora ou autres? Quels efforts devra-t-on déployer pour atteindre la valeur maximale des flux de transfert de capitaux provenant des épargnes de la diaspora vers Haïti?

Et j'ose l'affirmer si la diaspora haïtienne se décide à emboîter le pas sur la voie du développement économique d'Haïti, elle aura à user de son poids, de ses muscles économiques, elle devra devenir un partisan actif et acharné des réformes économiques et structurelles, sans lesquelles, tout entrepreneur éventuel, diaspora ou non, se gardera d'investir en Haïti.

La diaspora haïtienne n'est en ce sens nullement différente des éventuels autres investisseurs étrangers, qui cherchent à placer leurs épargnes durement réalisées là où ils sont assurés de trouver la stabilité macro-économique, la discipline fiscale, l'état de droit, l'électricité en quantité suffisante, les autres infrastructures nécessaires à la production et la stabilité politique ; en fait, tout ce qui peut assurer un profit raisonnable sur leur investissement. A mon avis, si les conditions favorables à l'investissement étaient réunies en Haïti, on assisterait à une ruée des investisseurs de la diaspora, ce qui produirait pour Haïti d'autres avantages tels que:

L'expérience approfondie dans les domaines de la production, de la commercialisation et du tourisme, etc.

Je voudrais ajouter quelques mots sur d'autres moyens de contribution de la diaspora au développement. Au Salvador, le programme de fonds de contrepartie à part égale en appui aux investissements sociaux a démarré avec $125.000. Il s'est depuis multiplié pour atteindre un montant de plusieurs millions de dollars. La politique de l'immigration légale peut s'avérer le meilleur programme de réduction de la pauvreté par l'effet multiplicateur des transferts de fonds unilatéraux, par l'orientation de la demande pour des produits alimentaires et autres provenant de la terre natale et en saisissant les opportunités d'investissement qu'offre un climat propice à l'investissement. Pour mieux servir Haïti, la diaspora haïtienne peut se positionner en formant des associations ou en regroupant formellement les Haïtiens originaires d'une même ville ou d'une même zone, vivant actuellement dans les grandes agglomérations urbaines de l'Amérique du Nord, de la France et des Petites Antilles. La reconnaissance officielle de ces associations devrait être recherchée dans les pays d'adoption de même qu'en pays natal.

Ces associations et groupes devraient solliciter la reconnaissance légale des fédérations à l'échelle nationale en vue de pouvoir, par exemple, profiter des avantages fiscaux. Des liens devraient être établis entre ces entités et les institutions haïtiennes qui se concentrent sur la diaspora, comme les banques, les maisons de transferts, et des ministères tels que les Affaires Etrangères, la Planification, le Tourisme et les Haïtiens Vivant à l'Etranger, aussi bien qu'avec les Chambres de Commerce et d'Industrie et les élus locaux dans les zones d'origine des membres de ces associations.

Les groupes de la diaspora peuvent aussi vouloir identifier des projets d'investissements, sélectionner les domaines d'intervention prioritaires et préparer les plans pour l'exécution des projets retenus.

Carlo DADE " Au Mexique, au Salvador, en République Dominicaine et ailleurs, nous assistons à des échanges de produits, de capital humain, d'idées, de connaissance, d'esprit d'entreprise et d'investissement qui influencent le développement local. C'est précisément le type de relations qui, selon nous, importe le plus dans la mobilisation du soutien au développement à partir de la base. "

L'objectif de mon intervention est de présenter la Fondation Inter-Américaine (IAF) et le travail qu'elle effectue en collaboration avec les diasporas. Agence autonome du gouvernement des États-Unis, créée pour servir d'appoint aux organismes traditionnels d'aide aux pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, la Fondation Inter-Américaine (International American Fondation-IAF) finance depuis plus de trente ans, des projets de développement à partir de la base conçus et gérés par des organisations non gouvernementales, des groupements communautaires et d'autres composantes de la société civile. Son principe de financement repose sur l'esprit de collaboration, tel que défini dans une précédente étude effectuée par cette Fondation même.

" Au cœur des activités menées par la Fondation dans l'expérimentation en matière d'aide au développement, réside la volonté de collaborer avec les peuples d'Amérique Latine et des Caraïbes, et non de les diriger, dans leurs initiatives visant à l'amélioration de leur vie. Toutes les leçons que nous tirons dérivent de ce concept fondamental de collaboration, de cette conviction que les peuples dont la vie sera directement influencée par les activités de développement savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin, ce qu'ils veulent obtenir et comment y arriver. Notre devise "

Carlo DADE Représentant de la Fondation Inter-Américaine (Inter-American Foundation - ( IAF) pour la République Dominicaine et Haïti, M. Dade détient une Licence ès Science de l'Université de Virginie et une Maîtrise en Etudes Arabes de l'Université de Georgetown. De 1990 à 1995, il a travaillé au Département Technique pour la Région de l'Amérique Latine et des Caraïbes de la Banque Mondiale. En 1995, il lance Dade Communications, une firme de consultation spécialisée dans le développement des sites web et de l'internet.

M. Dade a entrepris des recherches et publié une étude sur les relations qui existent entre le secteur privé et les ONG au Chili. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur l'éducation, le secteur des affaires en Amérique Latine, et sur la responsabilité sociale des entreprises en Amérique Latine pour la Fondation Avina.

M. Dade a également coordonné des partenariats pour des projets d'investissements sociaux entre le secteur des affaires et les ONG dans les domaines du tourisme, de l'agriculture, de la manufacture et des services financiers. Il a organisé et dirigé en mai 2001 une conférence de l'IAF/ECLAC/Banque Mondiale sur l'utilisation des flux de versements et contributions et dons des émigrés pour le développement, à Washington, D.C. Il dirige actuellement les travaux de l'IAF sur le potentiel du flux de versements de la diaspora à catalyser le développement économique national et collabore avec les communautés de la Diaspora au niveau local.

They Know How " (Ils savent quoi faire) signifie exactement ceci : les populations que nous rencontrons en Amérique Latine et dans les Caraïbes ont démontré à de nombreuses occasions qu'elles savent comment reconnaître et résoudre leurs propres problèmes de développement1 ". Lançant chaque année, un appel d'offres concernant des besoins régionaux, cette Fondation fonctionne comme une société à capital-risque. Nous nous intéressons aux plans offrant un bon potentiel (offres), aux équipes de gestion dynamiques (organismes de société civile) et à des créneaux commerciaux (besoins non encore satisfaits) afin de fournir notre soutien en matière de finances et d'informations. S'il existe, bien sûr, des différences importantes entre l'IAF et les sociétés à capital-risque, bien des ressemblances, toutefois, permettent de risquer une analogie. l'IAF se contente de financer les idées de projets et ne s'en attribue pas la paternité : elle laisse aux concepteurs le soin de les réaliser.

Chaque année, nous faisons l'expérience de la richesse des idées sur le développement dans la région, et nous offrons à celles qui paraissent le mériter, une occasion de se concrétiser. C'est pourquoi l'IAF s'est placée, dans la région, à l'avant-garde de la responsabilité sociale de l'entreprise et de l'incitation du secteur privé à la participation au développement. Elle montre le chemin en prônant l'implication des gouvernements locaux dans des alliances axées sur le développement communautaire. C'est dans ce cadre que la question des transferts monétaires individuels a été abordée. Au cours des récentes années, l'IAF a reçu plusieurs offres impliquant directement ou indirectement les diasporas. En mars 2001, à Washington, D.C., elle organisa sa première conférence dont le thème prenait en compte cette tendance qui consistait en une " approche visant à accroître la valeur productive des transferts monétaires individuels "; (Approaches to Increasing the Productive Value of Remittances) tendance que l'on gagnerait à encourager. " Approaches to Increasing the Productive Value of Remittances " Cette conférence fut organisée grâce au parrainage de la Banque Mondiale et de la Commission Economique des Nations-Unies pour l'Amérique Latine et les Caraïbes.

Nous avons, depuis, entamé le dialogue avec des bailleurs de fonds, des bénéficiaires, des professionnels du domaine du développement, des représentants gouvernementaux et des immigrés vivant aux États-Unis sur le rôle des diasporas dans le soutien au développement dans les pays d'origine. La présente conférence, que nous organisons de concert avec le CLED et la UNITRANSFER, constitue une étape de ce dialogue.

Nous comprenons bien que la diaspora haïtienne fait partie intégrante d'Haïti et qu'elle représente son dixième département, plutôt que d'être considérée comme constituant une entité distincte des communautés que nous aidons financièrement. Mieux, nous arriverons à le comprendre, plus nous trouverons de moyens de travailler ensemble. La mission principale de la Fondation Inter-Américaine est de soutenir les peuples dans l'élaboration et l'application de leurs propres solutions à leurs problèmes de sous-développement et de pauvreté. La diaspora possède les connaissances, les ressources et l'intérêt essentiels à ce processus.

Dans sa vision de la diaspora comme partenaire potentiel, l'IAF transcende les envois individuels. Ceux-ci retiennent le plus l'attention de nombreuses personnes ayant récemment découvert leurs mérites. Les envois individuels sont d'une grande importance et, sans eux, Haïti connaîtrait des temps encore plus difficiles. Toutefois, l'intérêt que nous portons à la composante humaine du développement, ainsi que nos activités sur le terrain et notre processus de dialogue nous ont fait comprendre que les envois individuels ne constituent qu'une partie d'un ensemble complexe de relations formant ce que j'appellerais des communautés transnationales - tel le dixième département d'Haïti.

Au Mexique, au Salvador, en République Dominicaine et ailleurs, nous assistons à des échanges de produits, de capital humain, d'idées, de connaissance, d'esprit d'entreprise et d'investissements qui influencent le développement local. C'est précisément le type de relations qui, selon nous, importent le plus dans la mobilisation du soutien au développement à partir de la base. Loin de nous l'idée de persuader les gens d'essayer de nouveaux systèmes de transfert, ou d'investir dans nos priorités, ou de réorienter des ressources vers des projets conçus par d'autres personnes. Nous envisageons en accord avec les bénéficiaires les moyens de leur venir en aide à partir des données relatives à ce qu'ils font, ce qu'ils veulent faire, et à la façon dont nous pouvons les aider. Les groupes d'immigrés vivant aux États-Unis ont besoin d'assistance dans la création de capacités et dans le renforcement d'institutions leur permettant de participer plus efficacement et, dans certains cas, de participer effectivement au développement en partenariat avec des organisations telles que l'IAF. C'est une question qui doit être traitée. Étant donné que la loi ne permet pas à la Fondation Inter-Americaine de financer des organisations aux États-Unis, nous explorons des moyens de travailler avec des fondations et des organismes pouvant soutenir des associations d'émigrés domiciliées aux États-Unis. Pour des raisons d'ordre pratique, le coût des transactions étant trop élevé pour qu'il nous soit possible d'investir dans des projets à petite échelle pouvant intéresser des petits groupes d'immigrés et des associations basées dans la ville d'origine, nous aidons les associations et groupements pouvant nous permettre de rationaliser les coûts.

Nous savons également qu'il peut survenir certains conflits au sujet des priorités de financement. Comme tant d'autres organismes de développement, l'IAF privilégie les projets qui produisent des rendements quantifiables en termes de génération de revenus et d'infrastructure, par exemple. Les associations de personnes originaires de la même ville (HTA) préfèrent souvent des projets rapportant davantage de bénéfices sociaux. Bien des conflits potentiels, cependant, peuvent être écartés par le dialogue ouvert et les débats.

Nous pensons que nous pouvons actuellement maximiser nos actions en travaillant avec la diaspora. Ayant déjà fourni des fonds et de l'assistance technique, et réalisé le suivi de projets financés par la Diaspora, nous avons également appuyé les démarches de petits producteurs dans la commercialisation de produits destinés à la diaspora. Nous pouvons soutenir les activités de création de capacités et de répartition de ressources visant à préparer le terrain pour les investissements des membres de la diaspora. De même, nous nous efforçons activement de partager nos connaissances et notre savoir-faire avec des communautés impliquées dans le développement. Par-dessus tout, nous savons qu'il faudra du temps et de la persévérance pour étendre notre partenariat à la diaspora. Nous sommes cependant prêts et disposés à fournir l'effort soutenu si nécessaire. 1 They Know How…an Experiment in Development Assistance (Ils savent quoi faire... une expérience en matière d'aide au développement) Fondation Interaméricaine Washington, D.C., 1977. James MORRELL

" Ce n'est qu'avec le préalable d'une solution politique qu'on peut envisager la diaspora haïtienne en train d'apporter sa plus grande contribution. Cette diaspora pourrait ainsi transcender le rôle de vache à lait sans voix qui lui est actuellement réservé, pour assumer ses pleins droits de représentation en échange de sa participation." Mon exposé sera en quelque sorte un complément à celui de l'intervenant Ronel Céran qui a, au cours de son exposé, attiré notre attention sur l'importance majeure de la situation politique.

Il s'agit d'un contexte qui dépasse de loin la diaspora. C'est de lui que dépend l'efficacité même de l'aide étrangère. Un rapport de la Banque Mondiale daté du 12 février 2002 met en cause la mauvaise gouvernance qui a entraîné l'échec de la plupart de ses projets dans ce pays au cours des années 90.

Si l'aide étrangère ne peut être utilisée de façon efficace, celle de la diaspora ne peut pas l'être non plus. En fait, elle ne peut pas servir au-delà d'une certaine satisfaction des besoins individuels.

La contribution potentielle de la diaspora peut être répartie en deux principaux domaines : d'une part, les envois d'argent et, d'autre part, le transfert de compétences et la sensibilisation. Au cours de cette conférence, qu'il s'agisse aussi bien d'Haïti que du Mexique et du Salvador, nous nous sommes jusqu'ici focalisés sur les envois d'argent. Toutefois, je voudrais, tout en reconnaissant l'importance des envois d'argent, avancer que la diaspora représente plus qu' " une vache à lait ". Elle peut aider Haïti à accéder aux immenses James MORRELL

M. Morrell est Directeur du "Projet Démocratie Haïtienne" (Haitian Democracy Project), une extension du Haiti Project du Centre pour la Politique Internationale (Center for International Policy) basé à Washington, D.C. Le projet a pour but de développer et de recommander une politique étrangère américaine en Haïti plus efficace .

M. Morell a été Conseiller du Président Aristide lors des accords et de discussions de Governor's Island, et observateur pour l'OEA des élections de mai 2000.

M. Morrell a obtenu un Doctorat en Histoire de l'Université Harvard. avantages d'un État légitime, ce qui servira beaucoup plus à soutenir l'économie que l'aide étrangère et les envois d'argent combinés.

Lors d'une conférence pilote au local de la Fondation Inter-Américaine (IAF), le potentiel des transferts de devises en ce qui concerne le développement a été analysé. Le problème principal réside dans le fait qu'en raison de leur pauvreté, les receveurs de transferts monétaires d'envois dépensent cet argent pour leurs besoins de survie. L'ECLAC a découvert que 85% pour ne pas dire 97% des sommes expédiées en Amérique Latine sont utilisées pour des biens de consommation. Ces envois d'argent s'élevant annuellement à 810 millions de dollars représentent le quart du revenu national d'Haïti, proportion plus importante que pour tout autre pays des Caraïbes. Étant donné qu'une partie de l'argent envoyé est destinée aux frais de scolarité, on peut dire que cet argent est aussi investi dans le développement du capital humain, et qu'il sert, dans une certaine mesure, au développement en général. Toutefois, dans le domaine crucial de l'investissement productif, cette contribution est très limitée.

Une comparaison entre les fonds disponibles pour le développement chiffrés à près de 40 à 80 millions de dollars soit 5 à 10 % de ceux consentis par l'aide étrangère, fait ressortir le poids considérable de cette aide. La situation spéciale d'Haïti en a fait le premier allocataire de l'aide étrangère. En 1991, sous l'égide de la Banque Mondiale, un consortium avait promis à Haïti 1 milliard de dollars. Cette promesse, révisée à la hausse en 1995, atteignait alors 2.8 milliards de dollars à verser sur une durée de cinq ans, impliquant un engagement annuel de 560 millions de dollars. L'instabilité politique en a empêché le déblocage. Si toutefois une mobilisation majeure se réalisait en faveur d'Haïti par suite d'une amélioration de la situation politique, nous pourrions assister au retour à ce niveau. Une aide étrangère de 560 millions de dollars pourrait fournir un capital beaucoup plus grand pour le développement que le pourcentage des envois utilisé dans ce but, soit 40 à 80 millions de dollars.

On ne trouvera peut-être personne, parmi les partisans de l'aide à être d'accord avec cette opinion parce que, dans les conditions actuelles, il n'existe pas de mobilisation internationale en vue pour Haïti. Personne ne pense à retourner aux niveaux de 1994 et 1995 alors qu'Enrique Iglesias, Président de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), eut à dire : " Nous allons enfreindre les règles, en ce qui concerne Haïti. " Vraiment, à cette époque, c'était aussi difficile que " d'extraire un bouchon de liège d'une bouteille ". Le retour du gouvernement constitutionnel grâce à l'intervention de l'Organisation des Nations Unies (ONU) avait créé les conditions politiques nécessaires. Au cas où le processus de négociations mené par l'Organisation des Etats Américains (OEA) conduirait à une amélioration de la situation en matière de sécurité, ainsi qu'à des élections libres et honnêtes - deux conditions très hypothétiques - les normes psychologiques seraient alors satisfaites pour une nouvelle mobilisation internationale qui entraînerait une assistance dépassant de beaucoup les envois d'argent. À défaut de cela, Haïti ne connaîtra pas de développement, ni grâce à l'aide étrangère, ni grâce aux envois d'argent. En dehors des transferts financiers, je suggérerais que les moyens suivants soient utilisés pour une éventuelle contribution à la mobilisation du plein potentiel de la diaspora.

Je m'attarderai quelque peu sur le tourisme, le transfert de compétences en matière administrative et le transfert de pratiques démocratiques.

En ce qui a trait au tourisme, plus d'un million de visiteurs se rendent chaque année en République Dominicaine. 30% d'entre eux sont des Dominicains. En Haïti, actuellement, toutes les recettes touristiques proviennent virtuellement de membres de la diaspora. Avec la situation politique et structurelle incertaine que nous vivons actuellement, le vrai tourisme international est virtuellement au point nul. Les mêmes dysfonctionnements limitent aussi les voyages des membres de la diaspora. Avec ses valeurs naturelles et humaines, Haïti s'est toujours avérée capable de faire du tourisme l'une de ses principales sources de revenus nationaux. Les progrès en matière politique nous permettront de nous attendre à une hausse dans les voyages de membres de la diaspora dans une proportion semblable à celle dont bénéficie la République Dominicaine. Une telle hausse produirait un effet multiplicateur. Elle stimulerait les investissements nécessaires dans l'industrie touristique, ce qui attirerait des devises dans ce secteur tout en permettant à Haïti de profiter de son avantage comparatif. En ce qui a trait au " transfert de compétences " en matière d'administration et de gestion, nous pouvons avancer que sans un accord politique, il n'y aura pratiquement pas de mécanisme de circulation inverse. Les hauts salaires perçus aux États-Unis, que nos collègues mexicains et salvadoriens ont évoqué comme cause du non retour de leurs professionnels dans leurs pays respectifs, produiraient encore davantage cet effet dans le cas d'Haïti. Si de plus, l'insécurité et la situation politique s'y ajoutent, les patriotes haïtiens vivant à l'étranger concluront que tout sacrifice de leur part ne servira à rien. Le seul mécanisme valable de circulation inverse est la mobilisation internationale. Comme cela s'est passé lors de la mobilisation de 1994 à 1996, les organismes américains d'aide passeraient au peigne fin la communauté haïtienne aux États-Unis, à la recherche de compétences désireuses travailler pour quelque temps en Haïti à un niveau salarial de pays développé. Si les négociations en cours sous l'égide de l'Organisation des Etats Americains (OEA) portent des fruits et que la Banque Mondiale adopte une nouvelle approche visant à la bonne gouvernance, elle aura besoin d'administrateurs capables de réussir dans la lourde tâche qu'est la mise en place d'institutions. La plupart de ces cadres peuvent être recrutés sur place, en Haïti. Ce pays compte parmi ses citoyens assez de professionnels libres de toute allégeance partisane et qui considèrent la fonction publique comme un sacerdoce, et non comme une occasion de s'enrichir. Toutefois, le recrutement aux postes requérant certaines compétences ne pourra pas se faire sans difficulté. Certaines affinités linguistiques et culturelles nécessaires à la délicate mise en place des institutions font parfois défaut aux étrangers. Des membres de la diaspora haïtienne, professionnellement qualifiés, seront plus aptes à aider Haïti dans la lourde tâche d'établir des institutions. Puisque le recrutement de membres de la diaspora s'effectuerait seulement dans le cadre d'une mobilisation pour l'aide étrangère, les conditions seraient celles de création d'emplois plutôt que de compétition dans la recherche d'emplois. La plupart des nouveaux postes administratifs ainsi créés à l'occasion d'une telle mobilisation seraient alors confiés à des Haïtiens déjà en Haïti. On ferait alors appel aux Haïtiens de la diaspora en cas de besoins spéciaux.

Pour ce qui est du " transfert de pratiques démocratiques " par la diaspora, Manuel Orozco a fait ressortir un intéressant contraste entre les expériences du Salvador et du Nicaragua dans les efforts déployés pour rapatrier leur capital humain. De ces deux pays, c'est le Salvador qui a connu la moindre polarisation après sa guerre civile. L'accord de paix a fortement motivé les Salvadoriens à coopérer pour la reconstruction. La présence, à cette conférence même, de l'ambassadeur du Salvador et de représentants d'organisations non gouvernementales, au service de la même cause illustre cela. Pareil phénomène ne s'était jamais produit dans les années 70 ou 80. Au Nicaragua, la polarisation la plus notoire est celle qui persiste entre Sandinistes et partisans de Somoza. Les Nicaraguayens vivant aux États-Unis, majoritairement anti-sandinistes, se sentent peu enclins à rentrer au pays pour y travailler. Il en résulte, en partie, que le Produit National Brut (P.N.B.) est inférieur à 3 milliards de dollars au Nicaragua, alors qu'au Salvador, il se chiffre à 12 milliards. Il est important de retenir cette leçon de l'Amérique Centrale dans le cas d'Haïti. Un accord digne de ce nom, qui conduirait à une élection libre et honnête débouchant peutêtre sur un certain pluralisme, aurait pour effet de réduire la polarisation. Cela fournirait aux émigrés haïtiens la motivation nécessaire pour rentrer au pays dans le cadre de programmes d'aide où leurs services seront utilisés dans le domaine de la gouvernance. Les Haïtiens vivant aux États-Unis ont eux-mêmes notamment insisté sur ce point. Lors d'une importante conférence organisée l'an dernier par le " Haiti Study Group " à Trinity College, à Washington, un groupe d'intervenants haïtiens vivant aux États-Unis a clairement fait ressortir que l'enthousiasme suscité de la fin des années 80, puis de 1994 à 1996, s'était estompé et que la diaspora condamnait le gâchis politique qui existait en Haïti

Cette décision, que l'on peut bien comprendre, fut ratifiée à l'occasion d'une conférence de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR), en avril dernier à Miami. Il y fut établi que le premier souci des Haïtiens vivant aux États-Unis devait être de s'établir aux États-Unis et que, cela une fois fait, ils pourraient ensuite aider leurs frères et sœurs restés au pays. Certains conférenciers évoquèrent l'expérience d'hommes d'affaires, de professionnels et d'artistes haïtiens vivant aux États-Unis qui avaient réussi et les offrirent en modèle à la communauté. Ils examinèrent des moyens d'accroître la représentation de la communauté haïtienne aux États-Unis, aux niveaux local et national. Par cette décision consciente d'envisager leur avenir aux États-Unis, les Haïtiens qui y vivent s'engagent dans la même voie que les groupes d'immigrés précédents, qui étaient tous arrivés avec l'intention de rentrer dans leur pays d'origine mais ne l'ont jamais fait.

On ne peut pour autant dire qu'à la conférence organisée par la Coalition Nationale des Droits des Haïtiens (NCHR), on ne se soit pas préoccupé de la situation d'Haïti. L'organisation et ses membres, qui pourraient fournir à Haïti des cadres d'appoint honnêtes et dévoués dont le pays a besoin, maintiennent toutefois leur engagement. Cependant, les participants à ladite conférence ont clairement exprimé que la communauté haïtienne aux États-Unis n'est pas un robinet qu'on peut ouvrir ou fermer à sa guise. Il y aura, bien sûr, des cadres qui accepteront de rentrer moyennant un salaire adéquat. Mais sans le niveau d'enthousiasme et de dévouement des années 1994 à 1996, on peut se demander jusqu'où ira leur efficacité. Le succès des transferts et l'utilisation du capital humain de cette communauté sont inextricablement liés à la solution de la crise politique et ne peuvent être envisagés isolément. S'étant intégrée en quelque sorte dans le système américain, la diaspora sera également attentive au degré de détermination du gouvernement américain en ce qui a trait à une sortie de crise. Il faut s'attendre à ce que, dans la majorité, les Haïtiens vivant aux États-Unis ne se laisseront pas convaincre que Washington s'intéresse vraiment, cette fois, à la situation haïtienne, à moins de remarquer une détermination semblable à celle de l'administration Clinton en 1994. La première tâche à accomplir, dans l'approche d'élections libres et honnêtes en Haïti, est d'établir un lien entre les associations locales existantes et les instances gouvernementales de leur région. Celles-là n'ont aucun partenaire au sein de l'administration publique locale à cause de la crise gouvernementale actuelle dans le pays.

Les Haïtiens de la diaspora peuvent inciter leurs compatriotes restés au pays à exiger des services de leur gouvernement local parce que, dès leur arrivée au pays d'adoption, l'administration américaine leur reconnaît déjà des droits de citoyens. Ainsi, aux États-Unis, ils participent à l'élection des responsables locaux. Le peuple haïtien qui lutte pour construire la démocratie dans un climat de profonde déception, a beaucoup à apprendre de la diaspora surtout en ce qui a trait aux méthodes et aux moyens d'atteindre cet idéal démocratique. Bien qu'elle continue d'expédier d'importantes sommes d'argent en Haïti, il est difficile de s'imaginer que la diaspora haïtienne puisse donner son plein potentiel dans sa contribution au développement de ce pays sans une solution politique généreusement soutenue par la communauté internationale.

Je souhaiterais qu'un effort de l'envergure de la campagne de 1994 se déploie mais, cette fois, de façon soutenue et non avec une hâte de s'en sortir (comme cela s'est avéré être le cas de la stratégie de retrait planifiée par les États-Unis en 1994 et 1995). Il est vrai que la contribution de la diaspora hautement décentralisée échappe au contrôle du gouvernement. Elle offre ainsi la possibilité de créér, au bout d'un certain temps, une nouvelle réalité même indépendamment d'un accord politique et de la mobilisation internationale. Cette nouvelle réalité, toutefois, suffirait-elle à briser le carcan politique ? Cela ne semble possible que dans une perspective très éloignée. Haïti a entamé la seizième année de sa crise politique d'après-Duvalier, une crise qui, de loin, ressemble à une crise de légitimité ou de gouvernance, mais qui, dans la situation politique qu' Haïti a héritée, est plutôt une crise de succession. Néanmoins, de même qu'au Salvador l'Alliance Républicaine Nationaliste (ARENA), d'extrême droite et le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN ) issu de la guérilla ont décidé ensemble de mettre fin à la guerre civile, de même en Haïti l'idée d'une incontournable élection libre et honnête constitue la clé d'une solution définitive à la crise de l'après-Duvalier. Une telle élection devrait se dérouler dans un climat de sécurité permettant à tous de jouir de chances égales.

Ce n'est qu'avec le préalable d'une solution politique qu'on peut envisager la diaspora haïtienne en train d'apporter sa plus grande contribution. Cette diaspora pourrait ainsi transcender le rôle de " vache à lait sans voix " qui lui est actuellement réservé, pour assumer ses pleins droits de représentation en échange de sa participation. Elle voyagerait davantage et prêterait ses services seulement dans la préparation d'une élection libre et honnête d'où sortirait un gouvernement légitime. Tout en consolidant son influence politique aux États-Unis, elle exigerait que l'administration américaine aille beaucoup plus loin que son mode actuel de médiation isolée et qu'elle reprenne dans toute sa plénitude le programme de construction du pays entamé en 1994 et 1995, mais malheureusement interrompu puis abandonné à la fin des années 90.



Intervention



au cours du dîner-débat



de la deuxième journée



Manuel Orozco " Le terme Diaspora est un concept fondamentalement politique. C'est un terme précis dont le contenu dépasse le simple immigrant qui envoie des transferts à sa famille. C'est un terme qui implique fort souvent une reconnaissance explicite et positive de statut. " Je suis vraiment fier d'être en Haïti. Cela a été pour moi une expérience positive de rencontrer les communautés haïtiennes vivant tant à l'extérieur qu'au pays et de discuter avec elles. Peut-être ne serez-vous pas de mon avis, mais vos expériences ne sont pas différentes de celles des autres diasporas d'Amérique.

Je voudrais vous parler de la question même de la diaspora. J'ai promis à mes collègues mexicains que je n'allais pas utiliser le mot transferts plus de deux fois Aussi, je me suis mis à chercher pendant tout le dîner un synonyme au terme " transfert ". Mais avant d'aborder notre sujet du jour, je voudrais vraiment féliciter le CLED d'avoir pris l'initiative d'organiser cette conférence, ainsi que la Fondation Inter-Américaine (IAF). Je voudrais adresser mes sincères salutations à Nathalie Liautaud avec qui je partage deux points en commun: d'abord nous avons tous les deux fréquenté l' Université du Texas, à Austin qui est considérée comme l'une des meilleures universités des Etats-Unis et ensuite, nous appartenons tous les deux à la Diaspora. Je suis né au Nicaragua et comme la plupart d'entre vous, j'ai laissé très jeune mon pays pour des raisons politiques. J'ai connu l' exil et maintenant j'entretiens des relations non seulement avec ma communauté d'origine mais aussi avec diverses communautés latino-américaines et caraïbéennes et Carlo Dade qui appartient lui aussi à la Diaspora et qui porte un grand intérêt à cette question.

Manuel OROZCO Directeur du Programme de l'Amérique Centrale au sein de l'Inter-American Dialogue (IAD), M. Manuel Orozco supervise un projet spécial sur l'impact des flux de versements (remittances) sur le développement dans les communautés latino-américaines aux Etats-Unis et en Amérique Latine.

Détenteur d'un Doctorat et d'une Maîtrise en Administration Publique de l'Université de Texas à Austin et d'une Licence (B.A) de l'Université Nationale de Costa Rica, M. Orozco a enseigné à l'Université d'Akron, à Ohio. Ses domaines de recherches incluent la globalisation, les théories de relations internationales, la démocratie, les conflits dans les sociétés affligées par la guerre, et la politique des minorités. Il été chercheur pour l'Institut de Politique Tomas Rivera sur les problématiques liées à la migration, l'ethnie, les relations internationales et leurs implications pour les Etats-Unis.

M. Orozco est l'auteur de nombreuses études sur les flux de versement et contributions de la diaspora, tels que: "Associations de Villes Natales Latino-américaines en tant qu'Agents de Développement en Amérique Latine" (Latino Hometown Associations as Agents of Development in Latin America) et "Les Flux de Versements et les Marchés: Nouveaux Acteurs et Nouvelles Pratiques" (Remittances and Markets: New Players and Practices). Nous nous sommes rencontrés il y a trois ans environ lors d'une discussion sur certaines idées que j'avais émises dans un de mes travaux de recherche sur la Diaspora et nous avons depuis continué des relations professionnelles enrichissantes. La Diaspora est définitivement un sujet très important.

La plupart des intervenants ont abordé l'aspect économique, traitant ainsi de la contribution économique significative qu'apportent les émigrés à leurs compatriotes restés au pays natal et des canaux par lesquels elle transite. Selon ce que j'ai découvert, l'intégration économique se résume aux quatre "T" Transport, Télécommunications, Tourisme et Transferts auquel pourrait même s'ajouter un cinquième " Trade ", le commerce. Je crois que d'ici les quinze (15) ou vingt (20) prochaines années, les principaux échanges commerciaux entre l'Amérique du Sud et l'Amérique Centrale, la Caraïbe et les Etats-Unis se feront par l'intermédiaire d'un immigrant ou d'un expatrié. De toutes manières, les conclusions économiques sont établies. Aussi, j'aimerais aborder la politique de migration et la politique de diaspora. Certes, nous avons utilisé ce terme Diaspora très souvent et dans divers contextes alors que " diaspora " est un concept fondamentalement politique. C'est un terme précis dont le contenu dépasse le simple immigrant qui envoie des transferts à sa famille. C'est un terme qui implique fort souvent une reconnaissance explicite et positive de statut.

Dans cet ordre d'idée, l'immigrant entretiendra des relations avec son pays. Ce lien sera établi à différents niveaux : au niveau politique, porter un intérêt tant à la politique du pays d'origine qu'à celle du pays hôte ; au niveau développement, intervenir dans les sphères de développement. L'une des plus prestigieuses institutions traitant de promotion économique et de développement, la Commission Economique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes (ECLAC) a publié un rapport sur les stratégies pour le développement économique. Parmi les stratégies proposées, nous pouvons citer le commerce, l'éducation, les nouvelles technologies de l'information et la migration. L'inclusion de la migration dans cet ensemble marquait un tournant historique dans la conceptualisation et la compréhension du processus de globalisation.

La globalisation n'est plus simplement un phénomène lié à l'investissement financier ou aux échanges commerciaux, elle inclut aussi l'intégration des travailleurs. Et ceci a toute son importance. En premier lieu, essayons d'identifier les facteurs qui font de la diaspora une institution ou un groupe qui se mobilise en faveur du pays d'origine. En d'autres termes, le simple fait d'être immigrant ne confère pas forcément le statut de membre de la diaspora; c'est plutôt la capacité à s'engager en faveur du pays d'origine qui différencie un immigrant d'un membre de la diaspora.Il est donc essentiel de connaître ces facteurs qui peuvent être liés soit à des expériences douloureuses tel l'exil, soit au besoin de renouer avec un pays qui aura profondément changé dans l'intervalle. L'autre aspect d'importance est de déterminer les objectifs de cette diaspora. Les différentes diasporas ne s'organisent pas et ne se mobilisent pas nécessairement pour une cause unique mais leurs centres d'intérêt évoluent avec le temps. Cette évolution dynamique pose le problème de la faisabilité des projets appuyés par la diaspora. Je pense que trop souvent et la diaspora et le pays hôte nourrissent de trop grandes ambitions. Trop souvent les membres des communautés vivant en terre étrangère prétendent résoudre tous les problèmes dans leurs pays d'origine et les compatriotes restés au pays natal attendent tout de leurs diasporas. Par ailleurs, il s'agit de déterminer les objectifs que poursuit une diaspora. Les diasporas ne s'organisent ni ne défendent pas forcément une cause unique mais elles tendent à se mobiliser par différents mécanismes et à divers moments.

L'autre point que j'aimerais mentionner concerne la faisabilité des projets envisagés. Je pense que souvent, et la diaspora et la nation d'origine nourrissent de grandes attentes: les membres de la diaspora croient qu'ils peuvent résoudre les problèmes de leur nations d'origine et cette dernière s'attend à ce que sa diaspora y réussisse. Il est étonnant de constater les efforts que déploient les banques des nations d'origine pour tirer profit du marché des transferts. Tant et tant de réseaux divers de transferts d'argent ont été conçus parce qu'une diaspora de 80.000 âmes, comme dans le cas des Haïtiens résidant aux USA, se traduit par un marché de $800 millions en envois de transferts. C'est considérable surtout lorsqu'on tient compte des effets multiplicateurs de telles exportations, ce qui amène encore plus de millions dans l'équation. Les gens s'en remettent réellement à la diaspora pour résoudre leurs problèmes. Avant d'aborder les buts et mécanismes de fonctionnement des communautés de la diaspora, j'aimerais préciser, comme je l'ai dit tantôt, qu'à mon avis, n'importe qui par le4 simple fait d'être immigrant ne peut être considéré comme un membre de la daspora. Il est des immigrants qui, en laissant la terre natale, choisissent de couper les ponts. C'est une réaction commune à plusieurs groupes. D'une certaine manière, l'on peut dire que dans certaines sociétés, la majorité des immigrants tire un trait sur son passé et le range. Il ne s'agit pas tant de qualifier cette attitude mais d'admettre une réalité avec laquelle il faut compter. Puis, il y a les immigrants que je classe dans la diaspora active, ils appartiennent à deux catégories : d'une part, il y a la diaspora créée par l'exil qui comporte certains groupes ayant quitté leur pays pour des raisons strictement politiques et qui rêvent de revenir au pays natal pour prendre le pouvoir - ils constituent évidemment une minoritéet d'autre part, la diaspora d'immigration. Les immigrants de cette catégorie sont mûs par divers facteurs : politiques, économiques et culturels. Ils conservent généralement des liens culturels avec leur pays natal à travers leurs accointances familiales, ce qui entraîne des retombées économiques positives pour ce pays d'origine.

Mais ce que je voudrais approfondir se rapporte aux mécanismes d'organisation de la diaspora. Comme je l'ai déjà dit, le simple fait d'immigrer ne transforme pas l'immigrant en un membre de la diaspora. Il y a certains facteurs qui conditionnent le processus de reconnection et de réappropriation de l'identité. Un des facteurs que nous avons identifié comme déterminant dans la décision des communautés vivant à l'extérieur de renouer ou non avec le pays d'origine est la manière dont le gouvernement du pays d'origine perçoit sa diaspora. Nous avons pu l'établir à travers une étude relative à six pays de l'Amérique Latine et de la Caraïbe: la République Dominicaine, le Guatemala, le Salvador, le Nicaragua, le Mexique et la Colombie. Par extension, nous pouvons considérer le cas de Cuba et l'exemple mexicain qui nous a été précieux. Il a fallu longtemps au Mexique pour valoriser les communautés de Mexicains établies à l'extérieur et d'en reconnaître leur importance. Cette perception positive de la diaspora demeure non seulement l'une des leçons les plus importantes que la société et le gouvernement mexicains aient donnée mais c'est aussi un signe de maturation.

Pendant longtemps, les Mexicains vivant à l'étranger étaient méprisés. Ceci ramène à la perception qu'a le pays d'origine de ses immigrants. Le Mexique avait une perception négative des ses émigrants et les voyait comme des traîtres qui avaient fui le sol natal et ne faisaient que travailler; ce qui était plutôt mal vu. Mais ceci n'est pas une originalité mexicaine. La République Dominicaine, le Nicaragua ont vécu pareille situation. Si le pays d'origine a une perception négative d'un individu, il est compréhensible que cet individu ne ressente pas le besoin de renouer les liens avec sa communauté natale. Un autre facteur qu'il faudrait considérer est celui de l'intégration de la diaspora dans le pays hôte. En renouant avec le pays d'origine, elle essaie de maintenir des liens sous divers angles. Mais dans la plupart des cas, puisque les membres de la diaspora travaillent dans le pays d'accueil, ils souhaitent s'y intégrer et réussir selon les normes du pays hôte, ce qui peut les détacher du pays d'origine. Parallèlement, cette même intégration au pays d'accueil peut entraîner un besoin d'affirmation de sa différence et de son ethnicité qui encourage à renouer les liens avec le pays natal. L'expérience et la culture politiques de la diaspora comptent également parmi les facteurs prédisposant à la mobilisation. Ceci est très important parce que dans plusieurs cas la répression politique a été l'origine de la migration et ceux qui ont échappé à l'oppression parfois ne veulent maintenir aucun lien avec le pays d'origine. Ils tournent tout simplement la page. La simple culture politique peut constituer un obstacle au resserrement des liens avec le pays d'origine parce que nous vivions dans un environnement antidémocratique. Les pratiques anti-démocratiques de la majorité des pays latino-américains et caraïbéens dans les décennies 70 , 80 et 90 ont causé le départ de nombreux de leurs citoyens. Les immigrants ont emporté dans leurs bagages ces pratiques arbitraires et les organisations qu'ils mettent en place ne les ont pas aidés à se débarrasser de ces pratiques en raison des conflits d'intérêts … Tout ceci prouve que les expériences politiques exercent une influence sur la façon dont nous nous mobilisons en tant que Diaspora.

L'autre aspect que j'aimerais considérer, traite de l'impact de la disponibilité des res-sources matérielles et humaines sur la capacité d'engagement envers le pays d'origine. Plus la communauté est éduquée, et plus sa situation économique est élevée, plus elle dispose d'une meilleure structure qui lui permette de renouer avec le pays d'origine.

L'autre point que je voudrais souligner se réfère au type de préférences et de priorités que les immigrants ont. Si les priorités sont identifiées à partir des besoins internes, il arrivera que l'immigrant soit moins enclin à renouer avec son pays d'origine. La structure organisationnelle est un facteur important dans la possibilité de renouer ou non avec le pays d'origine. Une organisation qui s'intègre dans le pays hôte sera moins portée à développer des relations avec le pays d'origine. La concentration démographique est une question importante. Là où se constate une importante concentration démographique, les organisations se révèlent plus nombreuses : par exemple aux Etats-Unis, l'Etat de Floride et l'Etat de New-York comptent le plus d'organisations.

Les individus sont fortement attachés à leur pays d'origine par le biais de leur famille. Ils le sont un peu moins à leur communauté, un peu moins à la société et s'intéressent très peu à la politique. Ce qui explique cette attitude ce sont non seulement les expériences politiques souvent négatives qu'ils ont faites mais aussi la perception que la société a de l'immigrant ou parfois l'inexistence de structures d'intégration des communautés de la diaspora dans les pays d'origine. Même la société salvadorienne ne tient pas compte des apports de sa communauté vivant à l'extérieur malgré une contribution énorme au point de vue politique et économique au développement de ce pays. Ces groupes constitués d'expatriés font face à une série de défis qui à mon avis méritent d'être évoqués.

D'abord, automatiquement que les membres de la diaspora s'organisent, ils se doivent de satisfaire aux attentes du groupe, entre autres la légitimité. La simple velléité d'aider ne suffit pas à susciter la confiance des compatriotes. Les communautés de ces pays s'attendent à ce que ce groupe représente leurs intérêts ainsi que ceux des fondateurs. L'autre défi auquel font face les membres de la diaspora tient au besoin de renforcer leur capacité d'intervention dans leur pays d'origine et de sécuriser les fonds qu'ils y investissent. Pour ce faire, ils recourent à un nombre croissant d'organisations ; bien que l'organisation ne constitue pas le seul préalable au succès pour ceux qui veulent renouer avec leur pays d'origine ou y exercer une certaine influence. Il faut penser l'organisation, en avoir une vision qui se traduit dans un agenda d'action. Créer une structure implique avoir un projet, identifier des stratégies d'intervention, élaborer un chronogramme d'activités et développer une capacité de travailler en partenariat lorsque ceci s'impose. Bien qu'aucun groupe ne puisse vivre en autarcie, il ne faut pas non plus penser que le partenariat soit incontournable. Diverses organisations présentant divers schémas structurels, défendant divers intérêts peuvent réussir ou échouer.

Je vais aborder avant de terminer mon exposé, un facteur que j'estime fondamental le facteur confiance. Le plus intéressant c'est que lorsque l'on fait référence à ce concept, ils font le plus souvent allusion aux effets produits par le manqué de confiance. Cela ramène aux problèmes liés au manque de structure, au manque de participation, à une question de légitimité. La confiance en une organisation se perd faute de légitimité et de gestion. La question de gestion est très importante. Beaucoup de communautés ne collaborent pas avec le gouvernement et ne cherchent pas à le faire parce qu'elles ne lui font pas confiance. En effet, elles pensent que les décideurs détourneront les fonds et la plupart du temps doutent que le gouvernement soit capable de finaliser un programme. Ceci est un problème que l'on rencontre souvent. Je pense qu'il revient à la diaspora de définir sa tâche. Je pense que certains objectifs généraux doivent être poursuivis par les groupes et que les communautés de la diaspora ont à renforcer la capacité citoyenne en dépit des frontières. Cette capacité citoyenne recouvre au moins trois aspects: politique, économique, culturel. Au point de vue politique, nous avons à renforcer la capacité de la diaspora.

Une diaspora dont les membres ne sont pas impliqués dans les affaires républicaines, c'est-à-dire qui n'ont pas le droit de vote dans le pays hôte et qui n'exercent pas vraiment leurs droits politiques dans leur pays d'origine, est marginalisée et n'a pas d'impact au plan politique. Outre, cette possibilité de vote, la participation au processus politique est significative. Ceci est extrêmement important soit par l'exercice du droit de vote soit par la participation aux joutes électorales à titre de candidat. Nous en avons discuté avec les représentants du Congrès des Etats-Unis qui affirment vouloir discuter des droits des Latinos-américains et déplorent le fait qu'ils ne soient pas représentés. Or, cette communauté n'a pas de représentativité sur le plan politique tout simplement parce que la politique ne l'intéresse pas vraiment. Par exemple, des 35 millions de Latino-américains qui vivent aux Etats-Unis, entre 21 ou 24 millions sont habilités à voter. De ceux-ci, seulement entre 6.5 et 7 millions ont voté l'année dernière. Et c'est vraiment alarmant. Nous avons besoin de renforcer notre capacité d'intégration. Nous devons lutter pour que les communautés de l'extérieur puissent voter à la fois dans le pays d'origine et dans le pays d'accueil; ce, pour deux raisons : la première a rapport au principe que les individus ayant une double nationalité appartiennent par leur filiation au pays d'origine et par leurs activités économiques au pays d'accueil ; la deuxième, qui je pense est plus importante que la première et revêt un caractère plus pratique, concerne les sans-papiers. Les émigrés illégaux constituent le secteur le plus défavorisé de la société. Si nous ne réclamons pas le droit de vote dans le pays d'origine pour ces immigrants qui n'ont pas la citoyenneté du pays hôte, il leur sera impossible de voter quelque part. Ils continueront d'être marginalisés et défavorisés. En plus des questions politiques, la citoyenneté économique est importante dans certains pays, et aux Etats-Unis, elle l'est encore davantage. Nous sommes citoyens par l'économie d'abord et ensuite par l'exercice des droits politiques aux Etats-Unis. Les immigrants ont mis du temps à comprendre cela. La jouissance des droits économiques a été antérieure à celle des droits politiques. Les immigrants doivent s'imprégner de cette réalité. Certaines stratégies doivent être mises en place dans le but de les informer sur le système financier et de leur expliquer le fonctionnement des institutions et du marché, de renforcer leurs compétences par le biais de l'apprentissage technique et professionnel, d'identifier des opportunités et de prendre l'initiative de développer leur pays d'origine.

En saisissant ces opportunités, les communautés vivant à l'extérieur doivent disposer d'un agenda afin d'identifier les différents partenaires qui les aideront à atteindre les objectifs fixés. A ce point de vue, ces communautés ont besoin d'établir un partenariat avec les membres de la société civile du pays d'origine et de voir avec eux la façon de développer des relations en vue d'influencer le développement du pays. Je profite pour rappeler que l'organisation de la société civile est un indicateur de l'existence de la démocratie dans un pays. Elle permet aussi d'influer sur le devenir économique.

Pour terminer, j'aborderai la question de la double citoyenneté. Nous devons disposer plus d'informations sur cette question tant dans le pays d'origine que dans le pays d'accueil. Nous devons affirmer notre identité culturelle, ethnique et raciale. L'un des problèmes que rencontrent les personnes c'est la dichotomie entre le fait de ne pas se naturaliser et celui de devenir citoyens américains, ils pensent qu'en devenant citoyens américains, ils ont rejeté la citoyenneté d'origine et qu'ils ont trahi ainsi leur pays natal. Tel n'est pas le cas. Le fait pour un individu de jouir d'une double citoyenneté, de deux nationalités et de deux identités constitue une sorte de richesse dans beaucoup de domaines et les champs d'opportunités qui s'offrent à lui est énorme parce qu'il disposera de certains atouts. Le comprendre dépend du niveau d'éducation et de culture. L'un des exemples les plus patents est le multilinguisme. Souvent, les expatriés hésitent à utiliser la langue du pays d'accueil pour des raisons affectives. A ce point de vue, la concentration démographique joue un rôle déterminant dans l'apprentissage d'une langue étrangère. Plus une communauté est forte au point de vue démographique et moins elle est encline à utiliser la langue du pays hôte. Ils pensent en le faisant qu'ils trahissent quelque part la culture de leur pays d'origine. Nous avons aussi constaté que la méconnaissance de la langue peut constituer un sérieux handicap pour l'intégration dans les pays d'accueil.

Avant de terminer, je pense que par extension, la question de la diaspora est liée à celle de la citoyenneté. Ceci ne se résume pas à la manière dont les membres de la diaspora vont tisser à nouveau les liens avec le pays d'origine mais à la conception qu'ils se font de leur identité tant au point de vue culturel qu'au point de vue politique et économique et aussi sur leur capacité d'engagement. Cette capacité d'engagement est consécutive à l'élaboration d'objectifs clairs et précis et à l'élaboration des étapes permettant de les atteindre. " Quel est le prochain point à l'agenda " ? Cette question loin de signifier une incertitude est déterminante dans la façon d'orienter la lutte. Nous voulons des réponses immédiates pour un processus qui requiert le long terme. Et peut-être ce que nous avons à faire, ce serait plutôt d'entreprendre des initiatives à court terme comme un dialogue entre les communautés vivant au pays et à l'extérieur du pays et le gouvernement dans le but de définir un chronogramme d'activités. Ceci peut s'avérer impossible à faire, du moins cela aurait été tenté. Merci.

PRÉSENTATIONDU CLED

Le Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED) est une organisation haïtienne à but non lucratif, ayant un statut de fondation, créée par une vingtaine d'hommes et de femmes d'affaires désireux de prendre une part active à l'effort de modernisation de la vie politique, économique et sociale de leur pays.

La fondation a vu le jour en mai 1993 au plus fort de la crise politique causée par le coup d'état de septembre 1991 et en plein embargo économique. Revenant d'une visite d'informations à Washington D.C., organisée par le Consultant Lionel Delatour, ces hommes et femmes d'affaires ont compris qu'ils ne pouvaient continuer à assister passivement à l'aggravation de la crise et ont décidé de s'impliquer et d'inciter le secteur privé à s'impliquer davantage dans les affaires du pays.

Le CLED poursuit les objectifs suivants :



LE CONSEIL D'ADMINISTRATION (élu le 2 mars 2002 pour deux (2) ans)

LA COMMISSION CLED/FORUM 2000

LA DIRECTION EXECUTIVE